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Le chaos en l'an 2000, à moins que

Par L'Economiste | Edition N°:291 Le 31/07/1997 | Partager

Le passage à l'an 2000 constitue un événement sans précédent dans l'histoire de la technologie moderne. Les ordinateurs risquent d'agir de façon imprévisible lors du passage du 31/12/1999 au 1/01/2000. Qu'en est-il au juste?


Tic, Tac, Tic, c'est l'histoire de l'horloge qui laisse égrener les minutes le soir d'un 31 décembre 1999. Il est 23 heures 59 minutes. Nous abordons le troisième millénaire. Adieu 99, bonjour l'an 00: scénario futuriste de chaos informatique qui nous attend dans moins de 3 ans. Le problème de l'année 2000 découle du fait que de nombreux systèmes gèrent les années dans des dates uniquement sur deux chiffres, le préfixe 19 étant pris automatiquement comme valeur par défaut.

Le syndrome «00»


Pour des raisons essentiellement économiques puis techniques, les dates ont été codées sur deux caractères dans les systèmes électroniques et informatiques. Ainsi, nous sommes en «97» et non en «1997».
Lors du passage à l'an 2000, les dates reviendront en «00» provoquant erreurs et blocages.
Les causes du problème du passage à l'an 2000 sont de deux ordres: les causes générales et les causes spécifiques.
Pour les causes générales, il s'agit tout d'abord de la durée de vie des réalisations informatiques (les logiciels et les bases de données) qui est supérieure à ce que l'on prévoyait dans les années 60. Ensuite, des logiciels furent développés en l'absence de toute méthode, sans commentaires et en faisant appel à de nombreuses hypothèses implicites; la do-cumentation fait trop souvent défaut. Aussi, bien souvent, l'ensemble des conséquences à long terme d'un choix sont-elles impossibles à prévoir, et lors de la réalisation d'applications in-formatiques, les programmeurs ont tendance à considérer que les ordinateurs ont une capacité illimitée et savent manipuler l'infini. Des spécialistes répondent que cela est faux bien évidemment, et l'ignorer peut conduire à d'énormes difficultés.
Les causes spécifiques sont beaucoup plus nombreuses. Notons d'emblée que le numéro du siècle a été systématiquement ignoré, ainsi l'année 1997, par exemple, sera connue comme étant 97.

Ce même numéro de siècle est figé de façon à ce qu'il puisse malgré tout apparaître lorsque cela est nécessaire, il est souvent ajouté a posteriori et de façon statique, ainsi un «19» sera édité devant les deux chiffres de l'année. Par ailleurs, de nombreux logiciels, lorsqu'ils rencontrent dans un fichier certaines années particulières (par exemple «00» ou «99») considèrent qu'elles ne font pas partie d'une date et sont en fait un indicateur spécifique (de fin de fichier, d'espace libre ou à libérer...), souligne M. Belmâachi, directeur du Marketing à Microsoft Afrique du Nord.
Les années correspondantes sont donc inaccessibles. Ainsi, dès 1999 des anomalies liées à ceci pourrait apparaître.
Concernant le format des dates, suivant certains critères (géographi-ques, économiques...), les différentes composantes d'une date peuvent apparaître dans des ordres différents. La date courante (ainsi que l'heure) est déterminée à l'aide d'un compteur réglé automatiquement et de façon périodique. Bien souvent, ce compteur a une capacité très limitée; lorsqu'il déborde, c'est un retour vers le passé.
Les conséquences de ce branle-bas informatique sont immenses et touchent pratiquement tous les serveurs, précise M. Belmâachi. L'an [20] 00, par exemple, sera considéré comme étant 1900 (ou encore 1970, 1980, suivant des choix spécifiques de chaque constructeur). Les calculs de durée pourront être faux s'ils sont effectués en ignorant le numéro de siècle (par exemple, quelqu'un né en [19] 72 aura 99-72=27 ans en [19] 99 et, par exemple, 00-72=-72 ans en [20] 00).

La voie du salut...


Des traitements informatiques pourront ne pas avoir lieu et des systèmes de contrôle d'accès pourront faire le contraire de ce que l'on attend d'eux.
Des spécialistes prédisent même que des documents et des objets (des fichiers notamment) seront détruits ou recyclés par erreur.
Il est patent que des activités sont beaucoup plus sensibles (assurances, banques, commerces, caisses de retraite...) que d'autres aux perturbations liées aux dysfonctionnements de la date.
Le problème est donc bien réel et les dangers y afférent sont eux d'une grande ampleur.
Quelles sont alors les solutions?
M. Jean François Colonna, chercheur français, affirme qu'il faut cesser d'utiliser deux chiffres pour l'année.

Selon lui, il convient de mémoriser le numéro de siècle, et donc d'étendre de 2 à N octets la mémoire nécessaire au stockage des années. La valeur de N égale à 4 est la plus indiquée et la plus logique. Seulement, le problème se posera dans les mêmes termes en 9999. D'ici là, on verra bien. Gérons d'abord le présent, comme dirait l'autre.
Il convient aussi de rendre «accessibles» toutes les années et donc de programmer différemment certaines circonstances particu-lières.
Les fonctions de calcul de dates doivent être aussi corrigées afin de traiter correctement les an-nées bissextiles et la détermination du nom d'un jour quelconque...
Au fait, 2000 est une année bissextile et le jour de l'an est un samedi.

Salim LAHJOMRI

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