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Les singes ont-ils des droits?
Par Peter Singer

Par L'Economiste | Edition N°:2350 Le 30/08/2006 | Partager

Peter Singer est un philosophe d’origine australienne. Il enseigne la bioéthique à l’université de Princeton aux USA. Parmi ses récents ouvrages figurent «Writings on an Ethical Life» et «One World» qui traitent de la bioéthique, du point de vue de la vie quotidienne. Il met actuellement la dernière main à un ouvrage sur l’éthique et l’alimentation. Un de ses slogans est que l’éthique doit entrer dans l’action quotidienne de chacun (Ph. Princeton)Dans son «History of European Morals» [histoire de la morale européenne], publiée en 1869, le philosophe et historien irlandais W. E. H. Lecky a écrit: «A un moment, les affections bienveillantes n’embrassent que la famille. Bientôt le cercle, s’élargissant, inclut d’abord une classe, puis une nation, puis une coalition de nations, puis toute l’humanité et finalement son influence se fait sentir dans les rapports entre l’homme et le monde animal...»L’expansion de la communauté morale pourrait bien être sur le point de faire un grand pas en avant. . Les animaux… presqu’humainsFrancisco Garrido, député espagnol expert en bioéthique, a soumis une résolution exhortant le gouvernement à “déclarer son adhésion au Projet Grands Singes et à prendre toute mesure nécessaire dans les organisations et les forums internationaux pour protéger les grands singes des mauvais traitements, de l’esclavage, de la torture, de la mort et de l’extinction”. La résolution n’aurait pas force de loi, mais son approbation marquerait la première fois qu’une législation nationale reconnaîtrait un statut spécial aux grands singes et la nécessité de les protéger, pas seulement de l’extinction mais aussi des mauvais traitements individuels.Chimpanzés, bonobos et gorilles entretiennent des relations sur le long terme, pas seulement entre la mère et l’enfant mais aussi entre singes sans liens de parenté. Lors de la mort d’un être aimé, ils ont du chagrin pendant longtemps. Ils peuvent résoudre des casse-tête qui laisseraient perplexes la plupart des humains de deux ans. Ils peuvent apprendre des centaines de signes et les organiser en phrases obéissant à des règles grammaticales. Ils manifestent un sens de la justice en désapprouvant ceux qui ne rendent pas les services en retour.Lorsque nous classons les chimpanzés dans la catégorie “animaux” avec, par exemple, les serpents, nous sous-entendons que le fossé entre nous et les chimpanzés est plus grand que le fossé entre les chimpanzés et les serpents. Mais en termes d’évolution, cela n’a pas de sens. Les chimpanzés et les bonobos sont nos cousins les plus proches et nous les humains, pas les gorilles ou les orangs-outangs, sommes leurs cousins les plus proches aussi. En effet, il y a trois ans, un groupe de scientifiques mené par Derek Wildman a exposé, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, qu’il a été prouvé que les chimpanzés étaient si proches des humains génétiquement qu’ils devraient être inclus dans le genre Homo.Comme pour toute idée importante et nouvelle, la proposition de Garrido a provoqué un débat considérable en Espagne. Certains craignent qu’elle n’interfère avec la recherche médicale. Mais le seul institut de recherche biomédicale ayant utilisé des grands singes récemment est le Centre de recherche biomédicale sur les primates de Rijswijk, aux Pays-Bas. En 2002, une étude de l’Académie royale des sciences néerlandaise a découvert que sa colonie de chimpanzés ne servait aucun but vital de recherches. Le gouvernement néerlandais a donc interdit la recherche biomédicale sur les chimpanzés. Il n’y a donc pas de recherche médicale européenne conduite sur les grands singes, et l’un des obstacles empêchant de leur accorder des droits élémentaires s’est effondré.Une partie de l’opposition est née d’incompréhensions. Reconnaître les droits des grands singes ne signifie pas qu’ils doivent tous être libérés, y compris ceux nés et élevés dans des zoos qui seraient incapables de survivre en liberté. Cela n’implique pas non plus l’interdiction de l’euthanasie si c’est dans l’intérêt de singes dont les souffrances ne peuvent être soulagées. Tout comme certains humains sont incapables de pourvoir à leurs propres besoins et à qui il faut des tuteurs, c’est ainsi que seront les grands singes qui vivront parmi des communautés humaines. Etendre les droits élémentaires aux grands singes signifie qu’ils cesseront d’être de simples choses qui peuvent être possédées et utilisées pour nous amuser ou nous divertir.Un dernier groupe d’opposants reconnaît la force de l’argument qui consiste à étendre les droits élémentaires aux grands singes, mais s’inquiète que cela puisse ouvrir la voie à l’extension des droits à tous les primates, ou tous les mammifères, ou tous les animaux. Ils pourraient bien avoir raison. L’avenir nous le dira. Mais cela n’a rien à voir avec le fait de vouloir accorder des droits élémentaires aux grands singes. Nous ne devons pas nous laisser détourner de faire le bien maintenant par peur de nous laisser persuader plus tard de le faire à nouveau.


Mon Projet Grands Singes et ses controverses

J’ai créé le «Projet Grands Singes» en 1993, en collaboration avec Paola Cavalieri, philosophe italienne et défenseur des animaux. Nous avions pour but d’accorder des droits élémentaires aux grands singes non humains: la vie, la liberté et l’interdiction de la torture.Le Projet s’est avéré controversé. Certains opposants avancent qu’étendre les droits au-delà de notre propre espèce va trop loin, alors que d’autre clament au contraire que limiter ces droits aux grands singes, ce n’est pas aller assez loin.Nous rejetons entièrement cette première critique. Il n’existe pas de raison morale valable de réduire la jouissance de droits élémentaires aux membres d’une espèce particulière. Si nous rencontrions des extraterrestres intelligents et sympathiques, leur refuserions-nous des droits élémentaires simplement parce qu’ils ne font pas partie de notre espèce? Nous devrions au moins reconnaître des droits de base à tous les êtres qui font preuve d’intelligence et de conscience (y compris un niveau de conscience de soi) et qui manifestent des besoins sociaux et émotionnels.Nous nous rapprochons davantage de la seconde critique. Le «Projet Grands Singes» ne rejette pas l’idée des droits élémentaires accordés aux autres animaux. Il ne fait que défendre que ce cas s’applique davantage aux grands singes. Les travaux de chercheurs comme Jane Goodall, Diane Fossey, Birute Galdikas, Frans de Waal et beaucoup d’autres démontrent amplement que les grands singes sont des êtres intelligents éprouvant des émotions fortes qui sous beaucoup d’aspects ressemblent aux nôtres. -Francisco Garrido Pena, homme politique et philo-sophe espagnol, est le premier à avoir déposé une «résolution» exhortant son gouvernement à “prendre toute mesure nécessaire dans les organisations et les forums internationaux pour protéger les grands singes des mauvais traitements, de l’esclavage, de la torture, de la mort et de l’extinction”.-Copyright: Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Bérengère VIENNOT

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