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Guerre Israël-Hezbollah (3e et dernière partie)
La victoire singulière du Hezbollah
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2350 Le 30/08/2006 | Partager

Voici la dernière des trois parties que notre consultant militaire, le colonel Jean-Louis Dufour, consacre à l’agression du Liban par Israël. Après avoir jugé le bilan médiocre (www.leconomiste.com, du 16 août 2006), puis rappelé les principes de la guerre (L’Economiste du 23 août 2006) il analyse aujourd’hui la singularité de la victoire du Hezbollah.Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 Le Moyen-Orient a connu cet été un évènement sans précédent depuis 1948. Une armée israélienne s’est attaquée à une entité arabe sans parvenir à la battre. Là où Tsahal avait remporté cinq succès (1948, 1956, 1967, 1973, 1982), elle a échoué en 2006. Voilà bien une sorte de tremblement de terre géopolitique(1), susceptible de transformer profondément les attentes et les comportements des acteurs régionaux et de leurs tuteurs respectifs. . Une victoire politiqueEt pourtant, le Hezbollah n’a pas défait Tsahal(2)! Sur le terrain, son succès est relatif. La milice chiite a certainement subi des pertes considérables, probablement sans rapport avec celles d’Israël. Son organisation dans la Bekaa et à Beyrouth a été durement frappée, ses éléments militaires au Sud Liban ont dû être très éprouvés par un mois d’affrontements et de bombardements ininterrompus. Ceux-ci, pourtant, n’ont pas fait s’effondrer sa résistance. A une minute du cessez-le-feu, les miliciens se battaient encore, tiraient leurs roquettes, infligeaient des pertes sévères aux unités israéliennes, une vingtaine de tués le dernier jour. Le Parti de Dieu a ainsi démontré qu’il était capable non pas de battre son adversaire mais de lui faire préférer un cessez-le-feu à la victoire. Le Hezbollah a changé la donne: contre Israël, une défaite arabe n’est pas inéluctable. Relative autant qu’éclatante, la victoire du Hezbollah est plus politique que militaire. Mais que les admirateurs de la milice chiite se rassurent, celle-ci a bel et bien gagné! Les Israéliens l’admettent. A la guerre, le vaincu est d’abord celui qui reconnaît l’être!Reste le militaire! La manière dont les chiites libanais s’y sont pris pour obtenir pareil résultat va désormais être disséquée dans les Ecoles de guerre. On observera sans doute qu’au contraire d’Israël, le Hezbollah a employé les vieilles recettes, au premier rang desquelles figurent le courage, la motivation, la discipline des combattants.Mais ces qualités ne sont pas suffisantes. Se souvenant de son entrée en campagne en août 1914, De Gaulle avait écrit: «Toute la vertu du monde ne prévaut point contre le feu». Il faut donc trouver autre chose pour expliquer le succès libanais. Surpris par l’ampleur de la réaction d’Israël, le Hezbollah a tenu sous le choc grâce d’abord à une préparation et une organisation minutieuses!La milice chiite a passé beaucoup de temps à étudier les forces et les faiblesses d’Israël. Soucieuse de ses pertes, Tsahal évite le combat rapproché et privilégie trois domaines, son aviation puissante, des unités blindées manœuvrières, un renseignement tactique performant. A l’aide de quoi, les axes logistiques de l’ennemi sont coupés, ses PC détruits, ses formations déstabilisées car isolées. Le Hezbollah devait donc disperser ses forces et camoufler leurs installations pour les rendre moins vulnérables, décentraliser son organisation pour ne pas dépendre d’un centre de commandement unique jusqu’à conférer aux miliciens de base la charge de défendre leurs propres villages, approvisionner à l’avance ses cellules de combattants pour les prémunir d’une logistique aléatoire en pleine bataille.L’arsenal de la milice chiite est finalement restreint: armement individuel classique, roquettes imprécises à l’efficacité militaire médiocre, missiles antichars performants, ces derniers exigeant une instruction spécifique régulièrement entretenue(3). Supposé posséder des missiles antiaériens, le Hezbollah semble les avoir peu utilisés. Le bilan n’est pas extraordinaire. Dix à vingt blindés détruits ou endommagés ne pouvaient empêcher Tsahal de progresser. En 1982, en quelques heures, les Gazelle-Hot(4) syriennes dans la Bekaa avaient obtenu un résultat comparable.La défense sur place, sans esprit de recul ni de reddition, est finalement le vrai fait d’armes du Hezbollah. Menés par des miliciens connaissant intimement le terrain, les combats, tout d’embuscades et de harcèlements, s’articulent autour de 38 bunkers, enterrés sous six mètres de pierre et de béton, qui servent à la fois de refuge, de protection, de base opérationnelle. A condition de n’être pas repérés. Assez vite, Tsahal connaît les emplacements précis des bunkers mais l’aviation, non dotée des bombes ad hoc, ne peut les neutraliser(5); restent alors pour s’en charger les fantassins auxquels il va manquer le temps, l’énergie et la détermination nécessaires. Le Hezbollah a conduit sa guerre de manière exemplaire. Il l’a déclenchée au moment où, à l’inverse d’Israël, sa préparation était maximale. Il a contraint son ennemi à livrer une bataille terrestre qu’il ne souhaitait pas mener. Le bombardement d’Haïfa obligeait Tsahal à venir détruire au Liban les positions de tir; les soldats chiites l’ont ainsi amenée à se battre sur leur propre terrain, aux endroits précis qu’ils avaient choisis. Là où les buts de guerre d’Israël étaient multiples, voire contradictoires(6), l’objectif du Hezbollah était remarquablement simple: survivre à l’attaque israélienne. Le Hezbollah a survécu!Aujourd’hui une force internationale d’interposition se met en place avec l’accord des deux parties. Le cessez-le-feu va donc durer, le temps au moins pour les deux belligérants de se refaire. En attendant la revanche, sauf si les esprits sont disposés au compromis. Après tout, le succès tactique initial de Sadate en octobre 1973 avait suffi pour créer les conditions de la paix entre l’Egypte et Israël. Et s’il en allait de même, cette fois, entre Hébreux et Phéniciens ? Rêver n’est pas interdit !


Repères chronologiques

12 juillet  Enlèvement par le Hezbollah de deux soldats israéliens, Israël réplique par des raids massifs contre le Liban.13 juillet  Israël annonce un blocus aérien et naval du Liban, bombarde le sud de Beyrouth, dont l’aéroport est fermé. Le Hezbollah tire des roquettes contre Haïfa.14 juillet  Les bombardements israéliens s’intensifient; Jacques Chirac juge « tout à fait disproportionnée l’offensive d’Israël» mais dénonce «l’attitude inacceptable et irresponsable du Hezbollah»16 juillet Une roquette du Hezbollah tue huit Israéliens à Haïfa17 juillet  Brèves incursions terrestres de Tsahal au Liban 21 juillet Israël masse des chars à la frontière, rappelle des réservistes, demande aux populations de fuir le Sud Liban23 juillet Israël se dit prêt à accepter la présence d’une force internationale24-26 juillet Durs affrontements pour le contrôle de Bint Jbaïl30 juillet Le bombardement de Cana (28 tués dont des enfants) suscite l’indignation de la communauté internationale2 août Le raid d’un commando israélien au Liban fait 16 morts3 août Huit morts lors de tirs de roquettes sur le nord d’Israël4 août 28 morts dans une frappe israélienne contre un entrepôt libanais5 août Accord franco-américain sur un projet de résolution demandant un arrêt complet des combats6 août Regain de violences-12 réservistes tués par des roquettes dans le nord d’Israël- le Hezbollah rejette le projet de résolution7 août Bombardements et combats font 49 morts au Liban9 août Jacques Chirac déclare à l’intention de Washington: «Renoncer au cessez-le-feu serait la plus immorale des solutions »Le gouvernement israélien annonce l’extension de son offensive terrestre11 août Adoption de la résolution 170113 août Kofi Annan annonce que le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah entrera en vigueur le 14 août à 5H GMT Le Hezbollah tire 200 roquettes sur Israël Le Liban fait état de 763 morts, Israël de 147, depuis le 12 juillet.------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) L’expression est de George Friedman, in “Cease-Fire : Shaking core beliefs in the Middle East”, Stratfor, 15 août 2006.(2) Initiales en hébreu de Force de Défense d’Israël.(3) En France, la norme est de faire tirer cinq missiles Milan à tête inerte au tireur lors de sa formation initiale + trois engins par an pour l’entretien.(4) La Gazelle est un hélicoptère d’attaque dotée de missiles antichars HOT de 5000 m de portée.(5) Selon TIME Magazine, du 21 août 2006, le général Dan Halutz avait refusé en 2002 les bunker-buster, bombes anti bunker, que le Pentagone proposait aux Israéliens, par souci d’économie et aussi parce qu’il croyait l’industrie israélienne capable de concevoir ce type de munitions. Une commande passée en catastrophe début juillet n’a pu être honorée à temps. (6) Les buts de guerre d’Israël étaient au nombre de cinq : faire cesser les tirs de roquettes, récupérer les soldats capturés, détruire l’organisation militaire du Hezbollah, subir un minimum de pertes, donner l’image d’une force armée irrésistible.

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