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    Economie

    Déficit budgétaire: Attention aux dérapages

    Par L'Economiste | Edition N°:301 Le 23/10/1997 | Partager

    Au-delà de la maîtrise de l'inflation, la rigueur budgétaire répond aux exigences d'une économie qui se veut ouverte aux investissements étrangers. La détente des prix, elle, s'explique en partie par la baisse du coût des intrants importés.


    La détente des prix est à présent consommée. Faut-il pour autant desserrer la contrainte budgétaire?
    En fait, le déficit budgétaire n'a pas pour seul objectif la maîtrise de l'inflation. Bien plus, les perfor-mances réalisées au niveau des prix ne résultent pas exclusivement de la politique budgétaire.
    Au-delà de son impact sur les prix, le déficit budgétaire constitue l'un des fondamentaux les plus suivis par les gestionnaires de fonds et investisseurs étrangers. En clair, un pays qui ambitionne d'attirer les capitaux étrangers n'a d'autre choix que de garder les yeux rivés sur son déficit budgétaire.
    Autre contrainte: fixer le déficit budgétaire tolérable à 5%, comme le préconise le Centre Marocain de Conjoncture, revient à chercher 15 milliards de DH supplémentaires, est-il indiqué auprès du Ministère des Finances. Pour l'heure, deux sources de financement sont possibles. D'emblée, les ressources externes sont à écarter, car depuis la sortie du Plan d'Ajustement Structurel en 1992, les flux sont négatifs et le besoin de financement s'alourdit. Le Trésor peut au mieux annuler l'effet négatif de ces flux par une gestion active de la dette sur le marché international.

    Le financement du déficit ne peut donc provenir que des ressources internes et notamment bancaires. Il se trouve que le statut du Trésor instauré par la réforme
    s'est banalisé. Dé-sormais, les ban-ques interviennent librement sur le marché des adju-dications, selon l'état de leur liquidité et le niveau des taux offerts. De ce fait, si le Trésor désire mobiliser des ressources, il doit mettre la pression sur la grille des taux d'intérêt. Quant au plancher d'effets publics (PEP) fixé à 10%, il est appelé à disparaître d'ici juin 1998. Les ressources non bancaires émanent, elles, des fonds de pension, des compagnies d'assurances, de la CDG, du grand public... En cas de besoin, le Trésor n'a d'autre choix que de détourner cette épargne pour financer son déficit. "Il peut aussi augmenter la pression fiscale au risque de tuer l'investissement privé productif", souligne M. Fouzi Mourji, professeur d'Econométrie à l'Université Hassan II. A supposer qu'un déficit budgétaire de 5% soit soutenable, il ne pourra être compensé que par une gestion de la masse monétaire via la planche à billets avec en prime la relance d'une inflation mal-saine.

    Par ailleurs, il n'est pas sûr que la détente des prix résulte directe-ment de la politique budgétaire. "Pour analyser l'évolution des prix, il faut suivre les tendances lourdes à la fois de l'indice du coût de la vie, des indices des prix des gros et des prix à la production industrielle", précise M. Mourji.
    Dans tous les cas, la réduction des tensions inflationnistes peut également s'expliquer par la baisse des droits de douane et par la bonne tenue du Dirham par rapport aux monnaies européennes, suite à la flambée du Dollar. Ces deux facteurs ont pour effet de baisser le coût des inputs importés et donc du produit fini. "De plus, en période de stagnation, les opérateurs renoncent, dans certains secteurs comme l'immobilier, à une bonne partie de leur marge".
    Il apparaît donc que le déficit budgétaire n'a pas pour objectif unique la maîtrise de l'inflation. En outre, celle-ci ne résulte que partiellement de la rigueur budgétaire.
    En revanche, une donnée demeure incontournable: la contrainte financière est réelle et durable. La question de fond consiste à fixer les moyens de la desserrer. La solution se trouve, selon les experts, dans la rationalisation des dépenses et des recettes de l'Etat.


    Comment fixer les objectifs monétaires


    Les objectifs monétaires annuels sont fixés sur la base de plusieurs hypothèses.
    La première concerne le taux de croissance économique (PIB). A ce stade, il est supposé que l'objectif monétaire coïncide avec celui du PIB. Les corrections sont ensuite apportées sur la base de l'analyse de l'historique des données. Une fois la grandeur globale de la masse monétaire arrêtée, les autorités monétaires s'attaquent aux prévisions des différentes contreparties.
    Il s'agit ici d'estimer le taux de progression des différents moyens de financement.
    En premier lieu, les prévisions des avoirs extérieurs sont réalisées sur la base des hypothèses liées aux différentes composantes de la balance des paiements.
    En deuxième lieu, il est supposé que le volume des crédits à l'économie doit satisfaire la demande exprimée. Entrent en ligne de compte les prévisions de croissance des secteurs secondaire et tertiaire. Il existe en effet une corrélation entre la croissance de ces deux secteurs et la distribution du crédit. Pour le secteur primaire, il est difficile d'en estimer la croissance du fait des fluctuations pluviométriques.

    En troisième lieu, l'hypothèse de croissance des créances sur le Trésor est résiduelle. En d'autre termes, l'objectif de croissance de la masse monétaire (7% pour cette année) est fixé compte tenu des objectifs en avoirs extérieurs et des crédits à l'économie. Le financement du Trésor est, lui, fixé de manière à éviter une création monétaire de nature inflationniste. Toute la difficulté va consister à respecter cette contrainte durant l'exercice.
    Depuis la levée de l'encadrement du crédit, l'objectif monétaire est annoncé différemment. Jusqu'en 1991, la distribution des crédits était soumise à un objectif chiffré avec autorisation annuelle pour chacune des banques. Depuis la levée de l'encadrement du crédit, la distribution des crédits bancaires est libre et les autorités monétaires recourent, le cas échéant, à une régulation indirecte.
    La réserve monétaire et le refinancement auprès de Bank Al-Maghrib (BAM) constituent les deux instruments de la politique monétaire. Le maintien du premier fait l'objet de débats. Le second est basé sur un système de taux directeurs de BAM. Cependant depuis leur mise en place en 1995, ces taux ont été réduits une seule fois d'un demi-point au moment même où la grille des taux créditeurs a changé et où le Trésor a baissé à trois reprises le taux de l'Emprunt National.


    L'investissement, clé de voûte de la politique monétaire


    LA contrainte financière est bel et bien là, et pour quelques années encore. Les prévisions du Ministère des Finances montrent qu'il faudra s'acquitter au titre de la charge de la dette extérieure (principal et intérêts) de 22 milliards de DH par an en moyenne d'ici 2001. Opter pour une dette additionnelle en portant le déficit budgétaire à 5% du PIB revient à alourdir le service de la dette.
    Pour les experts, la solution se trouve davantage du côté de la rationalisation des dépenses. Il faudra réduire le train de vie de l'Administration et réorienter les dépenses vers les secteurs sociaux et les infrastructures. Sur le plan des recettes fiscales, il est possible d'améliorer le recouvrement et d'élargir l'assiette.
    En fait, au-delà de la maîtrise du déficit budgétaire et du taux d'inflation, les autorités monétaires veulent créer les conditions propices à la détente des taux d'intérêt, l'objectif final étant de les ramener à un niveau suffisamment bas pour relancer l'investissement... et suffisamment élevés pour rémunérer l'épargne. Une arme à double tranchant.
    Bien entendu, les experts s'accordent à reconnaître que la relance de l'investissement productif n'est pas tributaire uniquement du coût de l'argent. Il n'en demeure pas moins que le niveau des taux débiteurs est perçu comme une variable essentielle. La politique monétaire peut donc constituer un instrument de relance de l'investissement parmi d'autres. En favorisant la détente des taux, les autorités monétaires cherchent à optimiser l'allocation des ressources en faveur du secteur privé.
    D'autres ingrédients, tels que l'allégement des contraintes administratives, la disponibilité des terrains industriels, l'identification de projets viables, les perspectives de croissance, sont tout aussi déterminants. En clair, la dynamisation de l'investissement privé suppose une synchronisation de l'ensemble de ces
    actions.
    Pour M. Mourji, il apparaît toutefois que les banques sont confrontées depuis quelque temps à un problème de surliquidité. "Preuve que les projets bouclés se font rares". Alors, pourquoi ne pas relancer la machine en partant de la base via le micro-crédit? Ce sont là des investissements productifs qui ont de fortes chances de déboucher sur une demande solvable.

    Mouna KABLY

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