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    Economie

    SVP, qu'est-ce qu'on fait des chèques?

    Par L'Economiste | Edition N°:301 Le 23/10/1997 | Partager

    Le début de la lutte contre les chèques sans provision se fait dans le désordre. La révolution juridique ne s'est pas faite accompagner par la révolution de l'organisation. le Maroc est encore loin de la mise à niveau.


    Depuis le 3 octobre, les chéquiers devraient comporter une inscription supplémentaire. Ils doivent mentionner que des sanctions fiscales s'appliquent aux chèques sans provision. Si le mauvais payeur n'honore pas ses engagements, alors il s'expose à des sanctions pénales plus graves. Ceci doit être également inscrit sur le chéquier.
    Vous avez gagné! Les nouveaux chéquiers ne portent pas la moindre indication nouvelle pourtant imposée par la loi. Les banques auraient-elles manqué de temps? Elles avaient un an, puisque le code de commerce a été publié au BO en octobre 1996, soit pour aménager les chéquiers, soit pour faire un tampon ad hoc en attendant les nouveaux formulaires. Ce n'est qu'un détail, dira-t-on, mais un détail qui en dit long sur deux points. D'abord le système bancaire dans son ensemble et les banques prises individuellement n'ont pas de système efficace pour surveiller leur environnement légal et mettre en application, avec pourtant un délai d'une année, ce que veut la loi. Mais les états-majors n'ont pas le temps de surveiller ces petits détails, dira-t-on. On aura bien raison. C'est là que l'on trouve le deuxième point: Qui doit s'occuper du détail? Bien sûr que ce n'est pas l'affaire du président, car les banques sont trop grandes pour agir comme l'épicier du coin. Ce sont des cadres moyens, voire des employés de base qui doivent surveiller l'environnement puis prendre les décisions qui s'imposent, sans forcément remonter toute la pyramide hiérarchique pour avoir les autorisations de chaque échelon. Mais la culture sociale n'est pas prête à cette autonomie et à une telle répartition de la responsabilité.

    C'est bien loin dans le temps et dans l'espace, et pourtant que c'est actuel! Dans les années 60 et 70, la puissante armée américaine en était venue à bombarder ses propres positions pour lutter contre l'infiltration Vietmin dans la guerre du Vietnam. L'armée américaine a perdu la guerre, mais elle a appris une leçon fondamentale qu'elle a appliquée dans le Golfe. Un seul exemple décrit toute la révolution de l'organisation: lorsqu'un soldat repérait une erreur sur la carte, il transmettait immédiatement la rectification au Pentagone, voire même au National Geographic. La correction de l'erreur intervenait alors dans les 12 heures, au lieu de prendre les mois qu'auraient nécessité le suivi de la pyramide hiérarchique. Evidemment, le soldat de base capable d'initiatives pertinentes n'est pas, n'est plus, la brute épaisse qui servait de chair à canon dans les armées du XVIIIème sur le Vieux Continent. C'est un soldat capable d'avoir un oeil critique, de se servir d'ordinateur et de télécommunications. C'est aussi un employé de l'Armée qui adhère aux objectifs de l'entreprise qui l'emploie. Il est exactement comme les employés de banques qui ont peut-être ricané sous cape pendant un an en voyant «les grands chefs» oublier d'ordonner les changements sur les chéquiers.
    La révolution juridique est une révolution des comportements. Cela est écrit partout, dit et répété sans cesse, mais est-ce que la phrase est entendue, écoutée? C'est une autre affaire!

    Mais les rieurs ont trouvé mieux que les chèques non-modifiés parmi les bêtises de l'inorganisation. Le code de commerce prévoit, avant d'envoyer le mauvais payeur en prison, la possibilité de se rattraper, en payant une amende fiscale. Le législateur n'a rien oublié dans le texte qui est donc très progressif et plus dissuasif qu'il n'est pénalisant. Mais il y a un problème. Trois fois rien: personne n'a pensé qu'il fallait prévoir quelque chose pour organiser le paiement de l'amende. Les percepteurs ne sont pas au courant. Les employés des banques en agences n'ont pas la moindre idée sur ce qu'il faut faire pour appliquer la loi. l'Administration s'est portée aux abonnés absents. La boucle est bouclée: dans les hautes sphères, le gouvernement et les parlementaires ont voulu et créé un texte, qui ne vaut pas grand-chose puisque personne, sur le terrain, ne peut l'appliquer.
    Et si c'était là la vraie mise à niveau: apprendre à s'organiser.

    Nadia SALAH

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