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Economie

Marché de gros et ALE: Quelle chance de survie?
Par Hamid LOUALE, président de la Fédération marocaine des marchés de gros

Par L'Economiste | Edition N°:1918 Le 16/12/2004 | Partager

Dans quelques mois, le Maroc devra affronter un environnement international de plus en plus exigeant, mais avec un système de mise en marché des fruits et légumes présentant un grand nombre de dysfonctionnements au sein de la filière. Il s’agit du: -manque de structures commerciales d’envergure nationale. A ce niveau, à part le marché de gros de Casablanca, tous les autres marchés souffrent d’un certain nombre de contraintes techniques, organisationnelles ne leur permettant pas de supporter les exigences de la libéralisation des échanges;-l’insuffisance de la synergie commerciale à tous les niveaux de commercialisation. Il s’agit là de la conséquence du mauvais encadrement public du secteur des fruits et légumes et l’existence de multiples centres de décision et d’intervention: le niveau de production dépend du ministère de l’Agriculture, le niveau échanges et commercialisation dépend théoriquement du ministère du Commerce mais en pratique du ministère de l’Intérieur, le niveau de détail dépend de plusieurs départements (commerce, affaires économiques, intérieur…);-la gestion traditionnelle du secteur et le manque de conscience des opérateurs de la filière des mécanismes commerciaux de la distribution.- la limitation du rôle des marchés de gros avec comme corollaire une inadaptation aux besoins actuels;- une consommation des fruits et légumes en perte de vitesse au Maroc (une consommation des légumes de moins de 100 kilos par habitant et par an alors que l’Egypte affiche 200 kilos par habitant par an).Tous ces évènements militent, comme nous l’avons souvent réclamé, pour une réforme sérieuse. Un autre problème s’ajoute à la donne, à savoir celui de l’élargissement de nos marchés et de leur insertion au sein de plusieurs zones de libre-échange (Maroc-UE, Maroc-USA, Maroc-pays arabes).A priori, selon le discours lénifiant sur cette «ouverture heureuse», ces accords sont très favorables pour le Maroc. Cependant, la question qui se pose est celle de savoir si notre pays n’a pas fait un choix risqué dans la mesure où plusieurs faits doivent être rappelés.Tout d’abord, la spécificité du secteur agricole au Maroc. Sa participation au PIB est de 14% et le secteur des fruits et légumes est le plus important de toutes les productions végétales. Il représente 44% de la valeur des cultures végétales et 25% de la valeur agricole totale. Il offre au seul niveau de la production plus de 90 millions de jours de travail/an et des millions d’emplois au niveau de la commercialisation et des marchés de détail. Ceci étant, l’agriculture marocaine ne s’est jamais bien accommodée de la libre concurrence (on se rappelle de la crise de la banane importée).Autre donnée, la France a accepté de s’intégrer dans un système de libre-échange avec les Etats-Unis d’Amérique. Il s’en est suivi une grave crise du revenu des agriculteurs, d’où la décision d’instaurer des dispositifs protectionnistes sous la IIIe République. Ce choix de politique économique a marqué fortement l’agriculture française. Un autre exemple peut être donné aussi avec le Mexique, qui avant l’entrée en vigueur du traité de l’Alena, avait importé 2 millions de tonnes de maïs. Ce volume est passé en quelques années à 148 millions de tonnes en 2001. Du fait de cette importation excessive, le prix payé au producteur mexicain a diminué de 64% et celui des haricots de 45% entre 1985 et 1999.. Protection raisonnée du système agroalimentairePar ailleurs, les marchés agricoles du monde entier sont tout d’abord orientés vers la satisfaction de la demande locale ou nationale, seuls 10% des produits sont échangés sur les marchés internationaux. Il s’agit dans la plupart des cas d’échanges d’excédents, et de déficits alimentaires soumis à des marchés extrêmement volatiles. Cela dit, les prix de marché au Maroc vont devenir de moins en moins stables. Ce sont de nouvelles formes de gestion du risque de prix qui doivent être prises en compte. Ainsi, en libéralisant les échanges, les règles du commerce des fruits et légumes vont changer. Dans ce cas, le marché local sera accessible aux producteurs européens, américains ou arabes et n’appartiendra pas aux agriculteurs locaux. Par conséquent, les résultats vont dépendre de la nature des interventions publiques et aussi de la capacité des opérateurs locaux à répondre aux défis de la concurrence mondiale. Ils doivent trouver surtout un équilibre entre l’obligation d’être compétitif et une protection raisonnée du système agroalimentaire.Enfin, l’Europe et l’Amérique restent deux puissances agricoles et par ricochet, deux grandes nations exportatrices de produits agroalimentaires (avec respectivement 184,7 milliards de dollars et 52,7 milliards de dollars).Pour toutes ces raisons, l’ensemble productif et distributif des fruits et légumes a aujourd’hui peur. D’autant plus que l’Etat n’a rien encore fait pour amortir le choc et mettre à niveau le secteur et surtout une mise à niveau juridique par une évaluation de la législation existante. Pour s’en convaincre, l’article 54 de la loi sur la concurrence et la liberté des prix dispense les fruits et légumes importés du passage par les marchés de gros et qui fait obligation pour les fruits et légumes locaux d’y passer et de payer 7% sur le prix de vente (voir encadré). C’est un dispositif dangereux, un cas de concurrence déloyale qui pourra, si rien n’est fait, affecter les revenus et même la survie des opérateurs de la filière agroalimentaire.Par ailleurs, l’utilité des accords de libre-échange est politiquement incontestable, mais ceux-ci doivent s’inscrire dans le cadre d’un certain nombre d’outils de régulation. Ils doivent tenir compte avant tout des exigences d’équité et de solidarité. La première exigence de solidarité est que les accords ne viennent déstabiliser les marchés de gros du pays. La deuxième exigence d’équité est que ces accords doivent permettre à l’Etat de prendre des mesures de régulation de nos marchés intérieurs. Et de définir une politique de protection intelligente de nos marchés à l’instar de ce qui se fait d’une manière «très rusée» par les pays développés (exigence de qualité très élevée, barrières réglementaires et sanitaires…). Ainsi, comme disait un auteur, «le principal piège pour le libéralisme n’est pas d’être valeureusement attaqué, mais avant tout d’être piteusement défendu».


Ce que dit l’article 54

Selon l’article 54 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence, «Il est interdit à tout producteur, importateur, grossiste ou prestataire de services:1- de pratiquer, à l’égard d’un partenaire économique ou d’obtenir de lui des prix, des délais de paiement, des conditions de vente ou des modalités de vente ou d’achat discriminatoires et non justifiés par des contreparties réelles en créant de ce fait, pour ce partenaire, un désavantage ou un avantage dans la concurrence;2-de refuser de satisfaire aux demandes des acheteurs de produits ou aux demandes de prestations de services, pour une activité professionnelle, lorsque ces demandes ne présentent aucun caractère anormal et qu’elles sont faites de bonne foi;3-de subordonner la vente d’un produit où la prestation d’un service pour une activité professionnelle, soit à l’achat concomitant d’autres produits, soit à l’achat d’une quantité imposée, soit à la prestation d’un autre service;4-dans les villes où existent des marchés de gros et des halles aux poissons:a) de ravitailler les grossistes, semi-grossistes ou détaillants en fruits, légumes ou poissons destinés à la consommation et vendus en l’état et qui ne seraient pas passés par le carreau de ces marchés et de ces halles;b) de détenir, de mettre à la vente ou de vendre des fruits, légumes ou poissons destinés à la consommation et vendus en l’état et qui ne seraient pas passés par le carreau de ces marchés et de ces halles.Exception est faite pour les denrées susvisées importées ou destinées à l’exportation ou à l’industrie».

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