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Economie

Rentrée scolaire: Gros cafouillage sur fond de fracture numérique

Par Amin RBOUB | Edition N°:5838 Le 08/09/2020 | Partager
Equipements, contenu, connectivité, zones blanches... Les limites du distanciel
Plusieurs prérequis font défaut pour les classes à distance
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Le gouvernement a sollicité la contribution de l'Apebi. Des réunions seront bientôt tenues pour valider l'implémentation d'un vaste programme d'enseignement à distance (Ph. L'Economiste)

Une rentrée scolaire chaotique qui soulève beaucoup d'inquiétudes tant chez les parents d'élèves du primaire jusqu'au lycée et collège, que les étudiants de l'enseignement supérieur. Aujourd'hui, la grande question, qui est aussi l'un des sujets collatéraux de cette rentrée en distanciel, porte sur l'accessibilité, ou plutôt l'inaccessibilité, de la majorité des foyers et ménages marocains en équipements informatiques. Or, tout le monde en convient, l'on ne peut faire du e-learning sans équipements (PC ou tablettes), de contenu adapté ou encore de connexion Internet.

Pour cette rentrée, 8,5 à 9 millions d'enfants et jeunes doivent intégrer les classes et les amphithéâtres. 80% des parents et familles ont opté pour l'enseignement en mode présentiel pour la scolarité de leurs enfants... Mais coup de théâtre, le communiqué officiel publié dimanche dernier tard dans la soirée remet tout en question, à Casablanca. Tout le monde se résigne à suivre l'enseignement à distance. «Cette formule pédagogique tiendra-t-elle ses promesses?» s'interroge le think tank Digital Act. Selon un rapport de la Banque mondiale, «l'impact du Covid-19 sur l'éducation devrait être particulièrement dramatique dans les pays affichant déjà de faibles résultats d'apprentissage». Et c'est malheureusement le cas pour le Maroc.

«De manière générale, si l'on veut passer à l'enseignement en distanciel, il y a plusieurs prérequis. Or, aujourd'hui au Maroc, nous sommes encore analphabètes sur le plan numérique. L'équipement n'est que la partie visible de l'iceberg. C'est la première couche. Plus important encore, la généralisation de la connexion, le coût et la qualité de la connectivité, le contenu, la formation des enseignants, la pédagogie de l'apprentissage à distance...», tient à préciser Mehdi Alaoui, vice-président général de l'Apebi (Fédération des technologies de l'information, des télécoms et de l'offshoring).

Plus que les équipements et les infrastructures, il y a aujourd'hui un sérieux problème de contenu. «Malgré les efforts du gouvernement, le contenu n'est pas bon. Je vois mal comment aider les élèves à distance via la télévision. C'est une solution de dépannage, mais qui est loin d'être efficace», estime Mehdi Alaoui. Aujourd'hui, tout le défi est de travailler le contenu, la formation des enseignants, la pédagogie, la maîtrise de l'outil technologique, des techniques de l'apprentissage numérique, l'assimilation du e-learning... poursuit le vice-président de l'Apebi. S'y ajoutent des problèmes techniques liés à la connectivité, l'infrastructure numérique, les zones blanches... Une bonne partie du monde rural est aujourd'hui complètement déconnectée. A noter que la France vient d'accorder un budget de 7 milliards d'euros pour développer le numérique dans l'ensemble des régions.

Pour parer au plus urgent, l'Apebi est en train de préparer des solutions au cas par cas. «Toute une stratégie est en cours de préparation afin de permettre d'apporter des cours à distance et former les enseignants à ce type d'apprentissage», annonce Mehdi Alaoui. «Nous sommes en train de travailler sur un programme spécial et plus global sur le digital qui rassemble l'ensemble des dispositifs. Le gouvernement a sollicité la contribution de l'Apebi. Des réunions seront bientôt tenues pour valider l'implémentation de ce vaste programme», explique Alaoui.

Une chose est sûre, le gouvernement n'a pas su capitaliser sur le 2e semestre de l'année dernière pour développer un contenu et des outils efficients en distanciel. Ce qui soulève des problèmes liés au modèle économique, aux chaînes de valeur, aux infrastructures, au contenu, à la pédagogie des enseignants... Pourtant, il y a des modèles qui marchent, notamment celui de la London Academy. Il s'agit d'un programme e-learning adapté pas uniquement à la classe mais à chaque niveau d'élève. Ce programme baptisé «Blended Learning» s'adresse ausi bien à l'enseignement en présentiel qu'à distance. Une technologie avérée qui existe depuis 10 ans et qui a montré ses preuves.

Autre expérience probante, celle de packages développés par DBM Maroc. Il s'agit de packages et outils développés pour des écoles. Des solutions plug & play made in Maroc qui s'exportent bien et réussissent à l'étranger. Il s'agit de valises pédagogiques à 20.000 DH. Le package comprend 20 tablettes pour élèves en plus de celle de l'enseignant avec un contenu adapté à tous les niveaux. «Le gouvernement devra faire preuve d'audace et privilégier le made in Maroc tout en développant du contenu qui repose sur les orientations du programme national», recommande l'Apebi.

Genie

Pour rappel, le Maroc avait tenté il y a quelques années la parade du fameux programme Genie. Malgré les acquis de ce programme ambitieux sur le papier, il a connu des déficiences. Entre-temps, le dispositif a été mis en stand-by, faute de budget. Le programme Genie avait, rappelons-le, pour mission d'équiper les salles de classes de l'ensemble des régions du Maroc en valises multimédia, avec tablettes, PC, datashow... Depuis, silence radio!

                                                                              

Bricolage

«Il faut souligner que le département de l'Education n'a pas encore établi un retour d'expériences structuré et formalisé sur l'enseignement à distance pratiqué durant le confinement. Un tel exercice est fondamental afin d'identifier les forces et faiblesses de l'expérience vécue. Ce qui permet de capitaliser sur les acquis ainsi que les initiatives probantes de certains établissements scolaires, certains enseignants, voire certains parents...», relève le think tank Digital Act. Rappelons qu'en mars dernier, le système scolaire s'était trouvé dans une situation sans précédent. Face à la pandémie, l'Etat avait décidé de fermer les écoles, collèges, lycées et universités. L'enseignement à distance s'est donc imposé à tous.  Cette période a connu beaucoup d'improvisations même si le ministère de tutelle a mis en place des classes virtuelles via des plateformes numériques, des devoirs en ligne... Du coup,  «les enseignants ne pouvaient pas s'improviser du jour au lendemain en pédagogues du numérique...», relève le think tank. Beaucoup d'enseignants ont tenté de se mobiliser via des tutoriels, des capsules, partagé des SMS, messages sur WhatsApp... Certes, ce sont des efforts louables... En même temps, «c'est la définition même du bricolage»...

Amin RBOUB

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