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    Enseignement: Les Etats-Unis dépensent 14 fois le PIB du Maroc

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5670 Le 07/01/2020 | Partager
    Un budget astronomique, mais pas forcément les meilleurs résultats
    Inégalités, faible mixité sociale, des systèmes à plusieurs vitesses…
    Des points communs entre les écoles américaine et marocaine!
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    En 2017-2018, les institutions éducatives américaines, publiques et privées, ont dépensé près de 1.398 milliards de dollars en éducation (presque 14 fois le PIB du Maroc), tous niveaux confondus. Cela représente 7,2% du PIB du pays. Uniquement pour le primaire et secondaire publics, 726 milliards de dollars ont été engagés. Par rapport à 2000, les Etats-Unis ont doublé leurs dépenses éducatives

    Aussi surprenant que cela puisse paraître, et à des échelles différentes, les systèmes éducatifs marocain et américain possèdent quelques traits en commun. Même pour la plus grande puissance mondiale, l’éducation reste un grand défi.

    Certes, les meilleures universités au monde se trouvent aux Etats-Unis, mais pas les meilleures écoles primaires et secondaires. Les dépenses engagées pour l’éducation sont faramineuses, avec 790 milliards de dollars en 2017-2018 pour le primaire et secondaire (voir tableau), et 1.398 milliards tous cycles confondus, y compris le privé. Cela représente près de 14 fois le PIB du Maroc.

    Le pays dépense en moyenne 13.440 dollars (près de 129.000 DH) par élève du primaire et secondaire publics. Dans certains Etats, ce montant peut dépasser les 18.000 dollars (environ 173.000 DH). Au Maroc, un élève coûte 7.000 DH au primaire, 7.800 DH au collège et 11.700 DH au lycée, selon l’Education nationale.

    Malgré les montants astronomiques engagés, les élèves américains ne sont pas premiers de la classe. Dans les rankings internationaux, ils sont loin du peloton de tête, dominé par des pays asiatiques. Dans le dernier test PISA (Programme for International Student Assessment), réalisé en 2018 auprès des élèves de 15 ans de 78 pays et économies à revenu intermédiaire ou élevé, les Etats-Unis se sont classés 16es en sciences, 11es en compréhension de l’écrit et 28es en mathématiques. Leurs résultats restent dans la moyenne de l’OCDE en lecture et sciences.

    En revanche, en maths, ils sont en dessous du score moyen de la zone (478 contre 489 pour l’OCDE). La situation est, bien sûr, loin d’être catastrophique (comme au Maroc). Néanmoins, les performances sont en stagnation sur les deux dernières décennies et les écarts entre les élèves les plus performants et les moins performants ne cessent de se creuser, notamment en lecture, en dépit des efforts consentis.

    A l’instar du Maroc, l’école américaine primaire et secondaire (elementary, middle et high school) est gratuite. La part du privé n’y représente qu’environ 10% (près de 14% au Maroc). Le préscolaire n’est pas obligatoire, mais «conseillé» (vient d’être rendu obligatoire dans le Royaume).

    Le système américain souffre lui aussi d’énormes inégalités, avec des écoles dotées de moyens abondants et d’autres plus démunies. Etant financés par les revenus de l’impôt local, les établissements situés dans des quartiers économiquement prospères profitent de budgets confortables.

    Tandis que ceux des quartiers et régions défavorisés se retrouvent avec des financements réduits. Dans les études internationales, l’école américaine, au même titre que la marocaine, figure parmi les plus inégalitaires. Le passé ségrégationniste du pays est, par ailleurs, souvent visible dans les établissements scolaires, avec une faible mixité sociale et raciale.

    C’est le cas de cette école primaire, Woodward School, dans la ville de Kalamazoo (en plein centre des Etats-Unis, dans l’Etat du Michigan), que nous avons visitée en août dernier, dans le cadre du programme américain phare dédié aux visiteurs internationaux, IVLP (International Visitor Leadership Program). Sur ses 250 élèves, de 4 à 11 ans, sept sur dix sont issus de familles pauvres, avec une majorité d’origines afro-américaine et hispanique.

    «Les parents appartiennent en général à la classe ouvrière et n’ont pas accès à la technologie», relève son proviseur, Frank Rocco. «Dans le nord de la ville, certains établissements comptent jusqu’à 99% d’Afro-Américains. Seulement 54% d’entre eux terminent le lycée», témoigne une responsable de l’ONG KYD Network, aidant les jeunes à intégrer des études supérieures et à s’insérer dans le monde professionnel.

    L’école Woodward assure, cela dit, aux enfants (36 par classe) l’accès à un ordinateur chacun. Grâce à des subventions reçues il y a quelques années, de près d’un million de dollars, l’établissement a pu se doter de nouvelles technologies: ordinateurs, imprimantes 3D, projecteurs…

    Même en étant considérée comme une école «de pauvres», son niveau d’équipement est plutôt correct. C’est là la différence avec l’école marocaine. Aux Etats-Unis, les établissements peuvent postuler pour des subventions, étatiques ou fédérales, et recevoir des financements conséquents leur permettant de se mettre à niveau.

    Les enfants démunis, pour leur part, peuvent bénéficier de produits alimentaires gratuits du département de l’Agriculture et de repas à des tarifs réduits. Les initiatives privées en faveur de l’école et des jeunes sont, en outre, multiples. Dans la ville de Kalamazoo, par exemple, chaque jeune issu de l’enseignement public a droit à une bourse pour ses études supérieures, offerte par des donateurs privés.

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    Pas d’obsession pour un modèle unique

    Des écoles publiques, privées, religieuses, des charter-schools (publiques à gestion privée), des magnet-schools (publiques avec des budgets conséquents favorisant la mixité sociale), du home schooling (scolarisation à domicile)… Plusieurs modèles éducatifs coexistent en Amérique. Voilà un autre point commun avec le Maroc, où l’on trouve aussi plusieurs types d’écoles (publiques, privées, missions étrangères, enseignement originel…) à plusieurs vitesses.

    Les enfants américains n’ont, certes, pas accès au même système, ni à la même qualité, avec souvent des inégalités patentes. Néanmoins, l’on ne prêche pas pour une école unique pour tous, comme c’est le cas au Maroc, où des syndicats se dressent contre tout nouveau modèle. Le projet de charter-schools publiques, cofinancées par des partenaires privés par exemple (de l’ancien ministre Rachid Benmokhtar), a été rejeté par les syndicats, car «discriminatoire».

    La langue d’enseignement, c’est l’autre contrainte commune des deux systèmes. Aux Etats-Unis, également, les enfants issus de l’immigration se heurtent à une langue d’apprentissage qu’ils ne maîtrisent pas, l’anglais. Un accompagnement particulier leur est offert, y compris via des outils numériques, afin de faciliter leur intégration à l’école.

    Citoyenneté numérique et équité digitale

    Dernier défi partagé, celui du numérique. Même aux Etats-Unis, l’intégration du digital dans l’enseignement reste un sérieux challenge. Car il ne suffit pas de remplacer des tableaux et des marqueurs par des tablettes. Il s’agit de transformer l’acte d’enseigner et d’apprendre aux élèves à utiliser les outils technologiques pour créer de la valeur ajoutée.

    L’expression à la mode, outre-mer, est «la citoyenneté numérique». L’idée est d’apprendre aux enfants à se comporter en réels citoyens en ligne, en utilisant un langage approprié, en protégeant leurs données personnelles…

    Chez l’Oncle Sam, les enseignants ne font pas exception à la tendance dans le reste du monde. Ils sont nombreux, tous cycles confondus, à manifester de la résistance aux IT. Ils ne sont, par ailleurs, pas tous suffisamment formés dans le domaine.

    «En matière de technologie, les profs ne sont souvent pas aussi performants que leurs élèves. Ces derniers ont plus d’expérience dans le digital. Le gap est considérable», souligne Louis Edelblut, responsable du département de l’Education au New Hampshire.

    «Malheureusement, les enseignants n’ont pas le temps de se former. Il existe un vrai déficit à ce niveau, et c’est un grand défi», regrette, pour sa part, une cadre du district scolaire de Kalamazoo. Le degré d’équipement des écoles est, par ailleurs, très variable en fonction des localités. Dans les établissements les mieux lotis, chaque élève a droit à un PC ou une tablette. Dans d’autres, aux budgets moins conséquents, les élèves doivent se partager des postes.

    En avril 2019, un projet de loi, baptisé «The Digital Equity Act 2019» a été introduit au Congrès par la sénatrice de l’Etat de Washington, Patty Murray, afin de réduire la fracture numérique et garantir l’inclusion digitale. Selon la sénatrice, trop d’Américains manquent encore de compétences digitales et de technologies leur permettant de prendre avantage de toutes les opportunités d’internet.

    Il est donc question de lancer des projets d’éducation digitale pour les populations à faible revenu et d’améliorer l’accès aux services en ligne, y compris en milieu rural. Cela dit, aux Etats-Unis, on tente déjà le tout numérique, avec des écoles et universités entièrement en ligne (voir page IX). Oser des nouveautés, c’est l’autre caractéristique du modèle américain, et qui manque cruellement au mindset marocain.

    Seul 1/3 des lauréats du lycée s’oriente vers le supérieur

    Dans le système américain aussi, l’abandon scolaire est problématique. En 2017, quelque 2,1 millions de jeunes de 16 à 24 ans n’étaient pas inscrits à l’école et ne possédaient aucun crédit d’établissement secondaire ou certificat. Le taux d’abandon de cette catégorie est de près de 5,4%, selon le Centre national pour les statistiques de l’éducation (NCES). Cette part est plus élevée chez les communautés hispanique, afro-américaine et amérindienne. Selon une cadre du département de l’Education à Washington, seul un tiers des lauréats du lycée s’engage dans des études supérieures. Le coût exorbitant des frais de scolarité y est pour beaucoup. Toutefois, les jeunes sont également nombreux à opter pour une insertion professionnelle avant de revenir plus tard vers les études, ou bien pour un parcours dans des community colleges (formation professionnelle).

    Ahlam NAZIH

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