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    Courrier des Lecteurs

    Les obstacles qui empêchent le Maroc d'émerger

    Par L'Economiste | Edition N°:272 Le 20/03/1997 | Partager

    Investissements en portefeuille: bien. Investissements directs: passable. Le Maroc se défend bien mais ne peut encore être considéré comme un pays émergent «clé». Les obstacles restent nombreux, selon l'étude d'un consultant anglais.


    Pas d'illusion, les investis-seurs étrangers ne voient pas, mais connaissent la partie immergée de l'iceberg. Les obstacles aux flux d'investissements directs et de portefeuille au Maroc sont en effet bien connus, affirme une étude en cours de GMA Capital Markets. Rassurant, cependant... le sondage réalisé auprès des entreprises européennes montre que la plupart des obstacles identifiés sont communs aux pays de la région. Le résultat est là. Sur les entrées d'investissements directs dans le monde en 1995, soit 315 milliards de Dollars, les pays en développement en ont reçu 100 milliards, dont 65% vers les pays asiatiques, 27% vers l'Amérique latine/Caraïbes et seulement 4% vers les pays du MENA (Moyen-Orient/Afrique du Nord). Dans la région MENA proprement dit le Maroc arrive en 3ème position en 1996 après la Turquie et l'Égypte. «Selon la Banque Mondiale, il faudrait 30 milliards de dollars d'investissement au Maroc pour créer suffisamment d'emplois pour tous les nouveaux participants au marché du travail jusqu'en 2010», explique M. David Pollock, consultant GMA Capital Markets. Pour lui, la nécessité d'attirer l'investissement extérieur est liée au défi posé par la zone de libre-échange.

    Profiter de la ZLE


    Mais les obstacles sont là et persistent. Ils sont principalement au nombre de cinq: lourdeur des procédures administratives, manque d'infrastructures, absence d'informations, coûts/contraintes de financements domestiques, difficulté à faire valoir les droits légaux...
    Les lourdeurs administratives arrivent en tête de liste. Il est vrai qu'un effort important pour créer un environnement favorable à l'accueil des investisseurs. Cependant, les mentalités ne suivent pas. Il faut simplifier au maximum les démarches pour obtenir une autorisation, préconise le consultant. Un maximum de coordination entre les différents intervenants administratifs est nécessaire. Actuellement, la Direction des Investissements Extérieurs du Ministère des finances joue de facto ce rôle d'intermédiaire entre l'investisseur et l'ensemble de l'Administration. Mais, pour plus de transparence, il serait souhaitable que l'agence centrale et coordinatrice prévue dans la Charte des Investissements soit rapidement mise en place.
    Un autre intervenant de l'Administration, la Douane, est montré du doigt. Il est évident qu'une simplification de la réglementation en vue d'accélérer les délais de dédouanement s'impose. L'enjeu est clair. Des sociétés internationales vont s'implanter pour profiter de la ZLE avec l'UE avec pour objectif principal l'exportation.

    Attente de signaux clairs

    En matière d'infrastructure, le grand problème rencontré est le manque de terrains industriels à des prix abordables situés dans les régions clés pour l'exportation, et surtout aménagés. L'étude estime qu'il est nécessaire d'associer les opérateurs des secteurs privés marocain et étranger à l'aménagement des parcs industriels. Pour les services, la concurrence, les concessions et la privatisation devraient réduire les coûts et augmenter l'efficacité. Il faut donner des signaux clairs aux investisseurs. «Il est souhaitable que les contrats en cours de négociation avec la Lyonnaise des Eaux et ABB-CMS soient rapidement conclus et suivis d'autres concessions», précise M. Pollock. La privatisation d'Itissalat-Al-Maghrib constituerait également un signal fort à l'intention des investisseurs.
    Autre grand point noir du Maroc: la Justice. La difficulté de faire valoir ses droits est un obstacle cité par les investisseurs déjà implantés au Maroc. Un effort est en cours, avec les mises en place des tribunaux de commerce et de juges spécialisés et d'une commission d'arbitrage reconnue au niveau international par les investisseurs étrangers.
    En revanche, les coûts et les contraintes de financement ne sont pas réellement perçus comme de véritables obstacles à l'investissement.
    Côté investissements de portefeuille, la politique du Maroc pour attirer les investisseurs étrangers est réussite, puisque ces investissements progressent de 33,4% en 1996. o

    «Les grands groupes pensent peu à la région MENA»

    · Entretien avec David Pollock, consultant GMA


    - L'Economiste: Quel est l'objectif de votre étude?
    - M. David Pollock: L'étude vise à mette en exergue les obstacles aux flux d'investissements, soit directs, soit indirects, dans la région MENA. Elle est financée par l'UE. C'est la vision des investisseurs étrangers. Un sondage a été effectué dans cinq pays européens. L'étude exploite également le rapport annuel de la CNUCED, dans lequel on note bien que la région MENA ne reçoit que 4% des investissements. Le manque d'intérêt pour la région est notable. Dans cette même région, le Maroc se classe en 3ème position, après la Turquie et l'Egypte. L'étude distingue entre les investissements directs et de portefeuille. Les obstacles sont moins importants dans le second cas.

    - Quelle est la position du Maroc dans la région MENA?
    - Le Maroc a fait des progrès importants sur les plans macro-économique et législatif, avec des mesures concrètes comme la mise en place de la Charte des Investissements. Il a suivi ainsi le chemin adéquat pour attirer les investisseurs. Les négociations avec Daewoo et Accor reflètent cette situation. Mais, selon notre sondage, il reste de nombreux problèmes à résoudre. Il faut aussi rappeler que le Maroc se situe dans une région où les flux d'investissements sont faibles et qu'il est en concurrence avec les pays de la région qui ont mis en place les mêmes incitations. Aussi, le Maroc a-t-il intérêt à lever rapidement les obstacles.

    - Quelles sont les solutions que vous préconisez?
    - Selon notre étude, la priorité devrait s'orienter vers une politique de promotion des atouts du Maroc. Pour des pays comme l'Egypte, les investisseurs ne parlent pas de problèmes d'informations, contraire-ment au Maroc. Ce dernier doit coordonner sa politique. Beaucoup de ministres font de la promotion, mais il vaut mieux coordonner pour mieux cibler dans le cadre d'une stratégie globale. Le Maroc doit mettre rapidement en place une agence centralisée de promotion et d'assistance aux investisseurs comme prévu par la Charte. Ce type d'organisme a réussi dans les différents pays où il existe. Les grands groupes ont des stratégies de développement vers des pays, notamment asiatiques, mais très peu pensent à la région MENA.
    Cela n'empêche pas que les autres obstacles doivent également sauter.

    Propos recueillis
    par Fatima MOSSADEQ




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