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Comment des mafias pillent le patrimoine forestier

Par L'Economiste | Edition N°:2288 Le 01/06/2006 | Partager

. Organisées avec éclaireurs, 4x4 et armées de fusils, elles terrorisent les gardes forestiers. Moins de 5% des PV dressés sont exécutés . La coupe de bois représente plus de 36% du contentieux pénalDes mafias organisées opérant la nuit, avec des éclaireurs, des téléphones portables, des voitures 4x4. Elles sont équipées de groupes électrogènes et armées de fusils de chasse et de sabres. Elles terrorisent les gardes forestiers. Cela ressemble à s’y méprendre à un film américain, avec des braconniers qui viennent piller les meilleures essences d’arbres de la forêt (un cèdre coûte entre 20 et 50.000 DH). Sauf que ce n’est pas de la fiction mais bel et bien une réalité qui se déroule dans les forêts du Moyen-Atlas ou de celles du Rif. Ce phénomène est un véritable casse-tête pour Abdelâdim Lhafi, Haut-commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification. Que peuvent les gardes forestiers contre ces mafias? Quand ils surprennent ces malfaiteurs, ils courent d’énormes risques. Au cours des sommations d’usage, suivies d’une bagarre avec une bande armée jusqu’aux dents qui pillait la forêt, une balle perdue a touché l’un d’entre eux qui décède après. Le garde forestier sera condamné à 10 ans de prison. Un autre cas est devant les tribunaux. Un autre garde forestier a surpris un groupe en train de couper le bois avec du gros matériel. Il est intervenu avec des tirs de sommations. Dans leur retraite, un membre du gang est tombé d’une falaise et décède. Le forestier a été arrêté et jeté en prison. Ces cas similaires, semant le doute dans la tête des forestiers, sont nombreux. Aujourd’hui, plusieurs d’entre eux s’interrogent sur la conduite à suivre. Si empêcher les délits forestiers mènent en prison, beaucoup préfèrent s’abstenir. Et la crainte de voir les troupes démobilisées se fait de plus en plus sentir.Abdelâdim Lhafi est conscient de cette donne. Il sait que la profession opère dans des conditions difficiles et dangereuses. Il multiplie les initiatives pour faire face à cette situation. D’où la création de brigades mobiles composées de 2 personnes, avec des moyens de locomotion. L’expérience a démarré dans le Moyen-Atlas et a fini par diviser le nombre de délits par deux dans cette région. Deux autres brigades seront créées dans le Gharb et le Rif. A cela s’ajoute un plan de sécurisation du foncier du domaine forestier. En 50 ans, à peine 9.000 ha ont été immatriculés. Aussi, le département a-t-il lancé une grande opération d’immatriculation. Outre la révision du système des coopératives. Ainsi, le département a ouvert des négociations avec les riverains et signé des contrats de partenariat pour que des coopératives utilisent le droit d’usage et effectuent des travaux pour l’Etat comme le nettoiement par exemple. La formule marche dans l’Atlas. Elle sera étendue à la Maâmoura. «Nous accordons aux coopératives 250 DH pour chaque hectare mis en défens. Nous les aidons à développer des activités alternatives comme l’apiculture», souligne Lhafi.Il faut reconnaître que le nombre de délits contre le patrimoine forestier est grand. Le total des procès-verbaux (PV) dressés en moyenne chaque année renseigne sur l’ampleur des dégâts. Sur les 29.000 PV établis, seule la moitié est traitée par les tribunaux. Sur ce nombre, 10% à peine des jugements sont exécutés. Au bout du compte, moins de 5% du total des PV sont jugés et exécutés, note le Haut-commissaire. D’autant qu’il est nécessaire de relativiser la valeur dissuasive des PV, dit-il. Lorsque l’auteur du délit défriche la terre, il n’est condamné souvent qu’à une amende sans obligation d’évacuation. Or, comme l’explique Lhafi, le défrichement des terres, sorte de prélèvements illicites sur les ressources forestières, est un délit très répandu. Il représente près de 30% du contentieux pénal au cours de l’année passée. Les villageois mitoyens des forêts ont recours à cette technique pour s’approprier les terrains. Près de 6.000 hectares sont ainsi agressés chaque année. Sur cette superficie, 4.500 ha se trouvent dans le Rif. Ces villageois saccagent la forêt par le feu ou la coupe. Le sol sous le chêne-liège est très recherché pour la culture du cannabis. L’appropriation des terrains est également motivée par la volonté de s’adonner à l’agriculture. Pour sa part, la coupe de bois représente plus de 36% du contentieux pénal. Cette activité est suivie par des bandes de mafias qui opèrent la nuit, principalement dans le Moyen-Atlas où le cèdre est très important. A Douar Al Hancha par exemple, l’acacia ou l’eucalyptus sont coupés et remplis dans une charrette pour les vendre. Sur le même registre, la pratique de la carbonisation pour fabriquer le charbon de bois. Autre opération illicite à laquelle sont confrontées les autorités, la coupe du bois de chauffe pour l’hiver. La demande pour chauffer les maisons et cuisiner dans les montagnes et les zones froides est très forte. En tout cas, selon la loi, les riverains ont le droit de récupérer les bois morts. Cette demande est quatre fois supérieure à l’offre. Autre infraction, les délits de parcours. Il s’agit de permettre la pâturage dans des zones mises en défens dans des réserves. Le droit d’usage est gratuit pour les riverains. Seulement, la charge pastorale est quatre fois supérieure aux potentialités de la forêt. En plus, les troupeaux séjournent dans la forêt toute l’année. Rappelons que la superficie forestière est étalée sur 9 millions hectares dont près de 3,2 millions d’alpha.


Déforestation organisée

Les chiffres font bondir. Au Maroc, les forêts participent à hauteur de 30% dans le bilan énergétique. Les fours publics et les bains maures à Casablanca consomment 5.000 hectares de forêts par an. Cela s’apparente à une déforestation organisée. Les pouvoirs publics doivent prendre en main ce dossier pour lutter contre ce phénomène. La Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement ne manquera pas de se saisir de ce dossier. Mohamed CHAOUI

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