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Cette Amérique qui a voté, un voyage avec Guy Sorman
Etape XIX: Le capitalisme américain, de la rouille

Par L'Economiste | Edition N°:1896 Le 12/11/2004 | Partager

Tous les dix-quinze ans, un pan entier de l’industrie, souvent une activité symbolique de la réussite américaine, quitte le territoire. Un ensemble de drames personnels, qui pourtant, se transforment encore en réussites collectives…Detroit n’est plus la capitale de la rouille. Dans les années 1980, la ville symbolisait la désindustrialisation des Etats-Unis sous les coups de la concurrence japonaise. Mais des “grands” de l’automobile ont recouvré leur panache, et General Motors a installé son siège de manière symbolique sur les rives du lac Erié, dans une tour de verre appelée Renaissance Center.Longtemps, Detroit avait incarné les effets pervers de la mondialisation. Le débat historique sur la mondialisation et ses effets avait commencé ici au début des années 1980. La controverse dressait alors les syndicats de salariés de Ford et General Motors contre l’importation des automobiles japonaises et la sous-traitance d’une partie des activités. La ville était à l’époque tout entière mobilisée pour sauver l’emploi et le mode de vie des “cols bleus ” américains. . Merci aux Japonais…!Déjà la sidérurgie avait été détruite par la concurrence asiatique. Comment les syndicats auraient-ils accepté que l’automobile, quintessence de l’industrie américaine, disparaisse à son tour? Des banderoles et des graffitis témoignaient du soutien de la population à la cause protectionniste. Les automobilistes qui avaient l’audace de circuler à bord de voitures importées du Japon se voyaient refuser le stationnement dans les parkings. Bien entendu, en dehors de Detroit, les Américains achetaient toujours plus de voitures japonaises, parce qu’elles étaient moins chères et de meilleure qualité que les offres américaines.Vingt ans plus tard, à Detroit, le débat sur la mondialisation est retombé. On ne sait plus trop bien ce qu’est une voiture américaine ni une voiture japonaise. Les constructeurs américains ont acquis des marques japonaises, des constructeurs japonais ont ouvert des usines aux Etats-Unis. Toutes les marques sont mondiales sur un marché également mondialisé. Les syndicats ouvriers de l’automobile ont épousé le raisonnement de la direction: pour que General Motors ou Ford continuent à employer deux cent mille salariés chacun sur le territoire américain, il faut aussi être présent en Chine ou en Russie. . Pourquoi là et pas ailleurs?Il y a vingt ans, les partisans du libre-échange, en conflit avec les antimondialistes, proclamaient: “Merci aux Japonais de venir sauver l’automobile américaine!” Les syndicats ouvriers partagent maintenant cette devise. La concurrence, sauvant Detroit de sa léthargie, la ville entière, et pas seulement l’industrie automobile, en a bénéficié; Detroit n’est plus le symbole de l’inéluctable décadence de l’industrie américaine. La controverse sur la mondialisation ne s’est pas éteinte pour autant, mais elle s’est déplacée vers de nouveaux territoires: à la Silicon Valley en particulier. Ce qui était plutôt inattendu. L’industrie de l’informatique est née et prospère entre San Francisco et San Jose. Suivre l’autoroute 101 qui relie ces deux villes, c’est compulser un annuaire de toutes les marques de logiciels, de services et de production des métiers de l’information. Pourquoi ici et pas ailleurs? Comment expliquer que, de Hewlett-Packard, le pionnier du transistor en 1938, à Intel, l’inventeur du circuit intégré, ou à Macintosh, toutes les percées décisives se soient produites ici? La Silicon Valley est une “ serre ” économique unique au monde: on y trouve des universités, des centres de recherche, des banquiers en quête de risques, de jeunes entrepreneurs.Ces aventuriers de la Silicon Valley sont disposés à se priver de salaire et d’assurance pour participer à de nouvelles entreprises à condition de participer aux bénéfices, s’il y en a.Grâce à cette prise de risques personnelle, la création est aisée, le coût d’entrée sur le marché est bas, et la sortie, tout aussi rapide. La Silicon Valley est un modèle de destruction créatrice où l’innovation naît de la relative facilité de l’expérimentation.Pour l’observateur en quête de sensationnel, la scène est idéale. Si l’on veut montrer que la Silicon Valley est en crise, et, par-delà, le capitalisme américain, à l’agonie, il suffit de compter les victimes. Et pour démontrer le contraire, dénombrez les succès! A ces succès, les étrangers de tradition ont beaucoup contribué ; aucun laboratoire de la Silicon Valley n’aurait prospéré sans les ingénieurs indiens, chinois, coréens ou originaires d’autres nations qui représentent la moitié des effectifs des départements scientifiques des universités californiennes.. Délocalisation des cols blancsL’industrie informatique innove et se développe en puisant dans le stock de talents mathématiques mondial, qui n’est pas infiniment extensible. Autant de règles du jeu qui favorisent la Silicon Valley, puisque les meilleurs du monde souhaitent travailler là et pas ailleurs.Mais la situation change depuis que la Chine, l’Inde et la Corée se sont ralliées au modèle capitaliste mondialisé. Un jeune ingénieur indien ou chinois formé aux Etats-Unis ne rêvait jusque dans les années 1980 que de devenir américain et de travailler dans la Silicon Valley ; maintenant, après avoir acquis la maîtrise de son métier en Californie, le même est tenté de retourner dans son pays, d’y créer sa propre entreprise et de proposer ses services à des clients américains. L’avantage comparatif va aux Indiens, non parce qu’ils sont géniaux, mais parce qu’ils parlent anglais. Dans un premier temps, entre 1990 et 2000, les services simples qui furent expédiés en Asie, comme les centres d’appels téléphoniques ou le traitement comptable, n’inquiétèrent pas les Américains. Mais de la Silicon Valley partent maintenant vers l’Inde des emplois de programmeurs, des métiers intelligents dans lesquels les Américains s’estimaient insurpassables. Ce ne sont plus les “cols bleus ” que la mondialisation délocalise, mais les “cols blancs” ; les diplômes ne protégent plus contre la disparition d’un travail expédié en Inde. La mondialisation qui faillit emporter Detroit coulera-t-elle la Silicon Valley?Le mondialiste observera qu’il est de l’intérêt général, Etats-Unis inclus, que l’Inde se développe et devienne un client possible aussi bien qu’un fournisseur. Dans la même veine, il rappellera qu’hier les industries textiles sont passées des pays du Nord vers l’hémisphère Sud, que les industries lourdes ont suivi, et qu’à chaque fois les mêmes inquiétudes se sont manifestées. Or, à terme, tout le monde s’est retrouvé plus prospère, au Sud et au Nord, les emplois américains devenant simplement plus sophistiqués. L’antimondialiste rétorquera que l’éducation et les progrès techniques ont effectivement permis au salarié américain de passer de l’agriculture à l’industrie, et de l’industrie à l’information; mais, au-delà de ces métiers dits intelligents, n’est-il pas à redouter qu’il n’y ait plus rien?


Drame personnel/avantage global

La mondialisation, avantage global et drame personnel, est maintenant à l’œuvre dans la Silicon Valley.En se déplaçant vers le haut de la pyramide sociale, la controverse sur la mondialisation s’en trouve renouvelée, mais les arguments échangés ne le sont guère. Les mondialistes font valoir que la concurrence stimule l’innovation, que la sous-traitance à l’étranger fait baisser les prix pour le consommateur américain. Les entreprises qui sous-traitent augmentent leurs profits, ce qui est bon pour l’épargnant-actionnaire américain: ces profits permettront à leur tour de créer des activités nouvelles aux Etats-Unis. L’institut McKinsey a ainsi calculé qu’un dollar investi en Inde rapporte aux Etats-Unis 1,12 dollar, et à l’Inde, 33 cents. Les deux parties y trouvent leur avantage : un bilan dit win-win (gagnant-gagnant). Mais comment parvient-on à cet heureux résultat ? Le dollar investi en Inde permet d’économiser 58 cents par rapport à un même investissement aux Etats-Unis ; à quoi s’ajoutent 5 cents d’achats indiens acquis aux Etats-Unis, 4 cents de profits gagnés en Inde mais rapatriés aux Etats-Unis, plus 45 cents produits par les employés qui seront recrutés aux Etats-Unis grâce aux gains obtenus par la délocalisation. Du côté indien, le gain est obtenu par l’addition des salaires, des fournitures locales et des impôts prélevés par le gouvernement indien. Ce calcul macroéconomique ne rend pas compte (car il ne le peut pas) de l’impact local et des conséquences personnelles de ce cycle globalement vertueux. Pour les antimondialistes, cet avantage économique global, s’il existe, n’élimine pas les souffrances locales et individuelles: l’Américain qui perd son emploi au profit d’un Indien ou d’un Chinois ne tire aucun bénéfice de la mondialisation, et rien ne garantit qu’il retrouvera un métier comparable.


La solution à la pauvreté de masse

Longtemps, jusque dans les années 1980, l’école de Chicago eut en économie la réputation d’être procapitaliste, voire ultracapitaliste. Elle l’est toujours, mais, depuis la disparition de l’économie socialiste, (…) aucun économiste de Chicago ne se pose plus de questions sur l’efficacité comparée du capitalisme et du socialisme, ni sur les vertus de la mondialisation face au protectionnisme. Pour tous, ces énigmes n’en sont plus, la réponse est connue, à la fois théorique et expérimentale.Comme le dit Robert Fogel, fondateur de l’histoire économique scientifique et Prix Nobel, qui règne sur le département d’économie, “la question du développement est résolue”. On sait en théorie quelle est la solution à la pauvreté de masse: il suffit de laisser faire l’économie de marché. Que dans bien des nations “on” ne laisse pas faire et que le capitalisme reste objet de controverse relève de l’esprit de parti et n’intéresse plus les économistes. Ceux-ci, à Chicago, n’y accordent plus la moindre attention, pas plus, je crois, que dans aucune grande université américaine. En conséquence, ce que l’on appelle la politique économique,(autrement dit l’intervention des gouvernements pour “accélérer” la croissance), n’est plus un sujet majeur. Il est acquis que la croissance dépend des institutions, favorables à l’économie de marché ou pas, et non des interventions conjoncturelles.Etape XX: Des parachutes en or pour de vrais escrocs

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