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Recherche: «Une structure unique de pilotage»

Par L'Economiste | Edition N°:3968 Le 14/02/2013 | Partager

Ingénieur et universitaire, Mohamed Najim considère que les obstacles que connaît la recherche au Maroc ne sont pas nécessairement financiers 

Directeur d’un laboratoire de traitement des signaux et des images à l’Université de Bordeaux, Mohamed Najim est un expert reconnu internationalement pour son implication dans l’enseignement supérieur et la recherche. Il vient en outre d’être honoré par une distinction scientifique internationale. Pour avoir été professeur à Rabat et directeur-fondateur  de l’Ensias, il porte un regard incisif sur l’état de la recherche au Maroc. Entretien.

 

- L’Economiste: Vous vous prononcez sur la réalité de la recherche au Maroc. Quelle forme de légitimité avez-vous?
- Mohamed Najim:
Certes, je suis fonctionnaire français et me dois à une certaine réserve. J’ai travaillé pendant presque deux décennies au Maroc et ai formé un très grand nombre de professeurs de l’enseignement supérieur occupant ici et à l’étranger  de très hautes fonctions. L’un de mes anciens doctorants est aujourd’hui ministre des Technologies de l’information dans son pays. Je reste Marocain et c’est à ce titre que je m’exprime sur la situation au Maroc à laquelle je ne suis pas indifférent. J’ai porté deux projets européens pour un montant d’un million d’euros, et pour les universités et écoles  marocaines et en porte actuellement un troisième pour un autre million d’euros. De ce fait je reste proche de la réalité marocaine.

- Quel rôle pourrait jouer la recherche pour le développement socioéconomique du Maroc?
- Il est important que nous sensibilisions les décideurs politiques pour qu’ils prennent conscience de l’importance de la recherche et des mécanismes à mettre en place. C’est un moyen d’ancrage de l’université dans son environnement économique, pour qu’elle lui donne les cadres dont il a besoin, et pour rendre l’activité économique plus compétitive dans un contexte de mondialisation. Ce faisant, le développement de la recherche renforce le rôle de l’université comme un vecteur du développement. En effet, créer de la connaissance c’est constituer un capital pour générer l’innovation. Cette dernière  est un  catalyseur pour la création d’entreprises, et, in fine, la création d’emplois. Et quand il y a une très haute valeur ajoutée, on crée des attracteurs pour les investissements étrangers.  Les grands pays, qui ont aujourd’hui compris l’importance de la structuration de la R&D, maintiennent ou augmentent  leurs efforts, malgré la conjoncture. Le budget mondial de la recherche est aujourd’hui de l’ordre de 1.400 millions de dollars.

 

- Justement, vous parlez de la R&D structurée?
- Dans l’exemple français, que les Marocains connaissent bien, les grands programmes structurants en matière de recherche ont eu des financements publics. Tel est le cas également dans tous les pays industrialisés et émergents.

- Comment au niveau global, on évalue une activité de recherche?
- Il n’y a pas d’indicateurs absolus. Mais les plus importants demeurent le nombre de publications de chercheurs et le dépôt de brevets. Ce sont des indicateurs macroscopiques. Quand un pays publie beaucoup, cela dénote que les enseignants-chercheurs sont mobilisés et cela a un impact fort sur le développement économique. En Afrique, le premier pays est l’Afrique du Sud, suivi de l’Egypte. Il y a quelques années, le Maroc suivait ce peloton de tête. Aujourd’hui, le Royaume est derrière le Nigeria, le Kenya, la Tunisie et d’ici peu l’Algérie. Sur 15 années, la position du Maroc s’est dégradée. Rapporté au nombre d’habitants, on pourrait dire que la Tunisie publiait  3 à 4 fois plus, ce qui est considérable! Quant au nombre de brevets, celui  déposé par les personnes physiques est supérieur à celui déposé par les personnes morales (entreprises et universités), cela démontre qu’il y a une anomalie car en général dans les autres pays c’est le contraire qui se produit. Il faut néanmoins saluer la qualité des personnes qui exercent dans l’enseignement supérieur au Maroc et l’existence d’îlots d’excellence.
Les personnes qui ont le plus de valeur aujourd’hui travaillent dans la précarité et peinent à pérenniser leur activité par manque de ressources humaines pour les accompagner  et de reconnaissance. On se doit de  les mobiliser davantage.

 

- Comment peut-on les mobiliser?
- La part la plus importante de la recherche se fait dans les institutions académiques. Les statuts qui régissent  le personnel de la recherche ne permettent pas d’assurer cette mobilisation. Ils ont été promulgués sur une base politique pour avoir la  «paix sociale» à l’université. Ils ne répondent pas à la recherche de l’excellence et au développement de la R&D.  Les promotions des personnels sont faites à l’ancienneté ce qui n’aide pas à l’éclosion de l’excellence. La nécessité de l’évaluation s’impose, même si le personnel n’y est pas forcément favorable, par manque de confiance dans les instances d’évaluation. Si l’on veut que l’évaluation soit un instrument pour tirer la recherche vers l’excellence, elle doit se faire dans des conditions qui rassurent le personnel enseignant. Il faut donc lui donner toutes les garanties d’impartialité et éviter tout conflit d’intérêt. L’évaluation est mise en place dans tous les pays y compris ceux qui ne disposent pas encore d’une structure d’Etat comme la Palestine.

- Donc il s’agit principalement d’un problème de gouvernance, les problèmes de financements ne sont-ils pas aussi pesants?
- Le financement n’est plus aujourd’hui  un  problème insurmontable. L’Etat marocain a lancé de grands programmes comme le programme Urgence. En outre, les institutions marocaines peuvent émarger aux grands programmes européens de recherche (PCRD).  En plus de celui de la mobilisation des ressources humaines il y a également un problème de gouvernance.
Pour des raisons politiques, le ministère de l’Enseignement supérieur avait été supprimé (avant d’être restauré sous l’égide du ministre Lahcen Daoudi), ce qui est une aberration. Les pays qui réussissent à utiliser la R&D  comme levier pour le développement disposent  d’une structure unique  de pilotage de la recherche rattachée aux plus hautes sphères de l’Etat. Le Maroc pourrait s’inspirer de ces modèles qui ont fait leurs preuves en les adaptant à son contexte politique et économique.

 

 

Propos recueillis par Abdessamad NAIMI

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