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Economie

Vous avez dit cybersanté?

Par Dr Mohamed BENABID | Edition N°:5841 Le 11/09/2020 | Partager
L’impossible digitalisation de la santé publique
Des CHU englués dans des logiques de silo
L’effarante incompétence du ministère de tutelle

En matière de santé publique, les chemins de la mise à niveau  sont longs et sinueux.  Pour ne prendre qu’un exemple, celui du dossier de santé électronique, qui a fait l’objet d’une recherche au Maroc,  le mur du son semble infranchissable. Un peu de vocabulaire au préalable.

Le dossier de santé électronique (DSE en français et EHR en anglais pour Electronic Health Record) nourrit au Maroc les espoirs de la médecine de demain, mais est déjà une réalité dans de nombreux pays dans le monde. Concrètement, le DSE est une variante numérique du dossier du patient. 

L’idée est de pouvoir s’appuyer sur les sciences informatiques (généralement à travers un système électronique centralisé) pour négocier un bon suivi des malades, de leurs antécédents, mais aussi de produire des documents partageables avec d’autres parties prenantes des soins: laboratoires, pharmacies... En réalité, c’est un vieux rêve que caresse la médecine depuis les années 70: utiliser les sciences informatiques pour constituer des BDD de connaissance  et décharger les professionnels de soins de tâches chronophages pour leur permettre de se concentrer sur les patients.

Au-delà, le sursaut technologique est donc censé permettre d’améliorer la qualité des soins. Les DSE correspondent à l’infrastructure électronique de base de la gestion des soins. Sans cela difficile d’aller loin en matière de e-santé.  L’intérêt est tel que tout un marché de fournisseur de logiciels de DSE a pris son envol pour positionner ses offres avec des marques comme Epic Systems Corporation, NexGenHealthcare, Hosix,  ou encore Meditech...

La recherche maintenant(1). Elle  a été réalisée à l’issue d’un travail  collectif entre quatre laboratoires, l’un marocain relevant de la faculté de médecine de Casablanca et les trois autres américains(2). Cinq CHU ont été ciblés, ceux de Marrakech, Fès, Casablanca, Rabat et Oujda (voir encadré pour la méthodologie).

L’une des entraves majeures au déploiement des DSE porte sur le déficit de coordination entre les différents établissements hospitaliers. «Le coût de l’adoption des DSE est beaucoup plus élevé lorsqu’il est négocié au niveau du CHU par rapport au niveau national. Dans le cas du Maroc, chaque CHU doit négocier un accord séparé, parfois même avec le même fournisseur de DSE», relèvent les auteurs.

Alors que le ministère de la Santé, sous l’égide de tous les CHU, pourrait faire jouer sa puissance de négociation et obtenir une meilleure tarification pour l’ensemble du pays, le département de tutelle est inerte pour une partie des personnes sondées. 

L’absence de telles approches proactives et collaboratives a même conduit à des situations ubuesques: un CHU a mis 4 ans pour développer ses spécifications techniques et de pouvoir donc lancer des appels d’offres!  La courbe d’apprentissage est au plus bas, chaque CHU reconduisant les mêmes erreurs que les autres hôpitaux.

Des problèmes techniques au manque de personnel formé et aux défis imprévus, plusieurs sites font l’objet d’études pilotes depuis des années, constate la recherche.  La communication entre les différents CHU existe, mais pas la collaboration.

«En fait, lorsqu’un CHU était en train de mettre en œuvre son système de DSE, il utilisait les mêmes exigences fonctionnelles adoptées par un autre CHU quelques années plus tôt sans vérifier dans quelle mesure le système et le fournisseur fonctionnaient».

Absence de normes d’interopérabilité

L’un des critères décisifs pour l’implémentation des DSE concerne comme pour beaucoup d’équipements informatiques la question de l’interopérabilité. Sur ce plan, les sondés considèrent qu’il n’était pas nécessaire de réinventer la roue, car la plupart des normes nécessaires sont les mêmes que celles actuellement utilisées par d’autres pays. Cependant, l’absence de politiques d’information sanitaire et de feuille de route nationale a suscité des inquiétudes. Ces préoccupations ont été exprimées par un gestionnaire d’hôpital. «Dans le secteur de la santé, il y a eu un mouvement ces 5-6 dernières années, mais il est désorganisé, car le ministère de la Santé n’a pas défini de feuille de route pour la numérisation des hôpitaux, pour les normes et les exigences minimales nécessaires et les nouvelles spécifications techniques».

                                                                           

Do you speak English at the hospital?

La plupart des manuels des systèmes de DSE sont rédigés en anglais, ce qui signifie que les codes de diagnostic et les prescriptions s’appuient sur des références dans la même langue.  Ce qui dès lors conditionne la formation disponible pour le personnel et les cliniciens. Les enquêteurs semblent avoir été surpris de découvrir qu’en l’absence d’efforts coordonnés et de leadership pour fournir un point d’accès centralisé et une formation aux systèmes avancés (basés en anglais), les CHU marocains devaient se contenter des fournisseurs/systèmes qui proposent des versions logicielles en français. La solution de facilité donc ...

                                                                           

Méthodologie

Le travail s’est appuyé sur une démarche qualitative, approche habituellement recommandée pour les recherches à visée compréhensive ou des thématiques sous-explorées. Ce qui est le cas du sujet des DSE pour un pays en développement comme le Maroc. La collecte des données s’est appuyée sur 27 entretiens semi-structurés auprès de cadres des différents CHU, suivis d’un focus group auprès de 15 spécialistes en informatique médicale. Si l’article a été publié en 2019, il convient de préciser que l’enquête s’est déroulée  en 2014 (ce qui correspond au mandat du ministre de la Santé du PPS, El Haussaine Louardi).  C’est d’ailleurs le maillon faible de cette recherche, le déficit de fraîcheur des données.

M.B.

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(1) Parks, R., Wigand, R. T., Othmani, M. B., Serhier, Z., & Bouhaddou, O. (2019). Electronic health records implementation in Morocco: Challenges of silo efforts and recommendations for improvements. International journal of medical informatics, 129, 430-437.
(2) Computer Information Systems, Quinnipiac University, Hamden, CT, United States; ASU Emeritus College, Arizona State University, Tempe, AZ, United States; Laboratoire d’informatique médicale,  faculté de médecine et de pharmacie, Casablanca; InnoVet Health, San Diego, CA, United States.

 

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