×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Analyse

    A quoi servent les secrétaires d’Etat?

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5346 Le 07/09/2018 | Partager
    La plupart ne disposent pas d’arrêté d’attribution
    Les ministres de tutelle monopolisent le contrôle
    Les limites de l’architecture gouvernementale
    secretaire_detat_046.jpg

    La suppression du département de Charafat Afailal il y a une quinzaine de jours remet sous les projecteurs de l’actualité la place et les rôles que jouent les secrétaires d’Etat. Mine de rien, ils sont 12 à occuper ce poste.

    L’écrasante majorité d’entre eux n’ont pas obtenu d’arrêté d’attribution, signé par le ministre de tutelle qui leur accorde une délégation de pouvoir et de signature. Il est rare que l’un d’entre eux arrive à décrocher l’habilitation aux nominations aux hautes fonctions comme les directeurs centraux, le secrétaire général ou encore les patrons des établissements publics sous sa tutelle.

    Saâdeddine El Othmani est conscient de cette difficulté. Il avait, un moment, songé à faire une proposition au Roi pour supprimer tous les postes de secrétaires d’Etat qui sont plus sources de problèmes qu’autre chose, souligne un ministre.

    Deux postes devaient être annulés pour chaque parti à l’exception de l’USFP et l’UC qui n’en ont qu’un seul chacun. Le PJD roule avec 4 secrétaires d’Etat, le MP 3 et le RNI 2,… Finalement, El Othmani a hésité, se contentant de sacrifier Afailal. Une manière de contourner les risques d’accusation de rouler à l’encontre de la parité. En effet, sur les 12 secrétaires d’Etat que compte ce gouvernement (sans Charafat Afailal), 7 sont des femmes.

    Valeur aujourd’hui, les polémiques autour de la signature des arrêtés d’attribution débordent au point que des dirigeants de la coalition gouvernementale s’en plaignent ouvertement lors des réunion de la majorité. Mohand Laenser a été le premier à soulever la question de l’absence de prérogatives pour les secrétaires d’Etat de son parti (Hammou Ouhalli et Fatna El Kihel).

    Il a été suivi par Nabil Benabdallah qui avait plaidé la cause de Charafat Afailal, qui n’avait pas de pouvoir alors que dans le précédent gouvernement, elle était ministre déléguée. Le sort de Fatna El Kihel a été traité autrement. Son ministre de tutelle d’alors, Nabil Benabdallah, avait préparé l’arrêté qui lui déléguait des prérogatives, mais sans le signer. L’ancien ministre voulait régler cette affaire dans le cadre de la majorité. Après son départ, son successeur, Abdelahad El Fassi a trouvé l’arrêté prêt et l’a signé. Ce n’est pas le cas des autres.

    Le choix des secrétaires d’Etat s’intégrait dans le cadre de l’architecture du gouvernement, composée de grands pôles pris en charge par des ministres forts. Dans ce schéma, ces derniers devaient être secondés par des secrétaires d’Etat. C’est ce qui explique l’existence de grands ministères, avec deux secrétaires d’Etat chacun. Le chef du gouvernement, séduit par l’idée développée alors par Aziz Akhannouch, fraîchement élu président du RNI,  a joué le jeu.

    Seulement, dans la pratique, les choses se sont corsées. En effet, la plupart des ministres puissants refusent de leur céder des prérogatives. Ils veulent conserver le contrôle total du département, au niveau du pouvoir et de la signature. Le secrétaire d’Etat n’est ni habilité à procéder à des nominations ni à prendre des initiatives, sans l’aval formel de son ministre de tutelle. Ils acceptent ainsi de se faire lanterner par la tutelle, pourvu que les avantages de la fonction soient conservés.

    Au Maroc, les secrétaires d’Etat ont toujours existé. Dans les années 90, le gouvernement comptait même des sous-secrétaires d’Etat comme notamment Lahcen Gaboune (MRE) et Abdelaziz Messioui (Relations avec l’UMA). Dans le gouvernement de Abdelattif Filali 3, des ministres poids lourds comme notamment Abdelaziz Meziane Belfkih, Driss Benhima et Abdellatif Guerraoui étaient à la tête de grands pôles avec des secrétaires d’Etat jouissant de toutes les délégations de pouvoir et de signature.

    «Ils n’ont jamais été à l’origine de problèmes. Nous travaillions ensemble, et le dernier mot revenait bien sûr au ministre», se rappelle un ancien membre de ce gouvernement. L’origine des difficultés réside aussi dans le processus de négociation pour la formation du gouvernement, vicié dès le départ.

    Dans les pays à tradition démocratique, les coalitions se font en fonction du poids de chaque partenaire, des programmes et de la proximité idéologique et politique. La question des profils devant conduire les départements ministériels intervient à la fin du processus.

    Au Maroc, les portefeuilles sont répartis plutôt pour satisfaire les ambitions de tel chef de parti ou tel autre. La question cruciale du programme gouvernemental n’arrive qu’en dernier lieu. C’est ce qui explique pourquoi  l’écrasante majorité des 12 secrétaires d’Etat ne bénéficient pas d’arrêté d’attribution.

    Le scénario idéal pour une partie de la classe politique serait celui de secrétaires d’Etat issus du même parti que le ministre de tutelle. Il devrait logiquement débloquer les arrêtés d’attribution. Encore que le cas de Mbarka Bouaida, membre du bureau politique du RNI, contredit cette hypothèse. Elle est affectée au ministre Aziz Akhannouch, président du même parti, mais n’a pas décroché son arrêté.

    Carpe et lapin

    L’alliance entre le PJD et le PPS a été, depuis le début, une intrigue. Quelles relations pouvaient entretenir des islamistes avec des communistes ou des socio-démocrates, pour reprendre une vieille expression de Nabil Benabdella? Depuis le départ de Abdelilah Benkirane, cette lune de miel semblait expirer.  Au moment des négociations, l’ex-chef du gouvernement avait fait une offre de 4 portefeuilles ministériels au PPS au point de créer une curiosité politique: les postes ministériels obtenu par le PPS étaient décalés de leurs scores électoraux. Au final, le Maroc s’est retrouvé avec une pléthore de ministres et une coalition de 6 partis politiques. Ce qui explique une grande part des difficultés à gérer des réunions du Conseil de gouvernement avec 40 membres !.

    Secrétaire d’Etat fantôme

    Le cas de Hammou Ouhalli, secrétaire d’Etat au Développement rural, aux Eaux et Forêts, est particulier. Il dispose d’un bureau au ministère de l’Agriculture, mais sans les structures pour se déployer. Il s’était plaint à son secrétaire général Mohand Laenser qui avait relayé sa doléance au ministre de tutelle, Aziz Akhannouch. Hammou Ouhalli n’est pas à son premier coup d’essai. Secrétaire d’Etat dans le premier gouvernement de Abderrahman Youssoufi, il était chargé de la Solidarité et l’Action humanitaire, sous l’étiquette politique du FFD de Thami El Khiari. Khalid Alioua, alors son ministre de tutelle, avait refusé de lui signer l’arrêté d’attribution. Le secrétaire d’Etat a fini par passer à la trappe. Abdelkrim Benatik avait des problèmes similaires avec son ministre de tutelle, Ahmed Lahlimi. Mais, en grand manœuvrier politique, le secrétaire d’Etat avait obtenu le changement de secteur pour s’occuper du Commerce extérieur au lieu de l’Artisanat et l’Economie sociale.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc