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African Cristal Festival: Comment réinventer l’écosystème des médias

Par Amin RBOUB | Edition N°:5261 Le 27/04/2018 | Partager
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«Le numérique est une opportunité qu’il va falloir organiser pour une meilleure complémentarité. Ceci étant dit, rien ne remplacera la presse papier», soutient Christian Cappe, président-fondateur de l’Union francophone des médias, de la publicité et du numérique (Ph. Jarfi)

En marge de l’African Cristal Festival, qui se tient du 2 au 4 mai à Marrakech, l’Union francophone des médias, de la publicité et du numérique, tient sa première convention au Maroc. Un moment intense d’inspiration, de débats et d’échanges avec les professionnels des médias, les agences de communication, les spécialistes de la publicité et les acteurs du numérique. Christian Cappe, président de l’Union, décrypte les enjeux de l’événement.

- L’Economiste: Quels enjeux derrière la 1re Convention qui se tient en marge de l’African Cristal Festival à Marrakech?
- Christian Cappe:
Tout l’enjeu est de réunir l’écosystème des médias et des agences de communication dans un univers où la langue devient un accélérateur de business. La Convention est un acte fondateur dans un contexte où l’on va jeter les bases de l’intérêt économique et créatif de cette union. Nous allons poser les véritables questions sur comment créer des médias puissants dans la sphère francophone.  Pour y arriver, il faut des revenus et une audience puissante. Aujourd’hui, il y a des médias qui ont leur histoire que ce soit dans la radio, la télé ou la presse écrite. De plus, il y a le digital qui pointe. Autre question à poser: Est-ce que le numérique est en train de tuer la liberté de la presse ou à l’inverse il aide à son développement? Nous allons aussi aborder des sujets sur le mobile. Ce nouveau média qui peut apporter une richesse à l’ensemble de l’écosystème médiatique. Après, nous allons faire parler des talents qui vont présenter leur contenu sur mobile. Nous présenterons aussi des expériences de pays qui ont été créatifs, innovants durant les derniers mois. En introduction, le Maroc sera donné en tant qu’exemple, de modèle.

- Dans un contexte de fortes mutations, accélérées par la transformation numérique, comment vous analysez l’évolution des médias francophones?
- Justement, nous avons décidé d’aborder les questions et commencer à entrevoir des solutions par rapport au positionnement de certains médias. Car certains médias n’ont pas le même rapport au numérique que d’autres. Nous pensons aussi évoquer la question de l’accès payant ou non à certains supports. Ou encore les services de proximité que certains journaux peuvent développer grâce au numérique. Il y a aussi d’énormes possibilités de développer des services d’accompagnement via le digital. En tant qu’union, nous nous devons d’aborder toutes ces questions et voir comment donner les outils de contenus et ceux technologiques qui permettent d’apporter des revenus aux médias. D’ailleurs, un grand débat est prévu avec des échanges entre acteurs internationaux. Le lendemain, la partie séminaires abordera toute la partie technologique qui permet d’apporter aux médias des solutions de développement.

- Aujourd’hui, l’on assiste à des liaisons dangereuses entre médias, annonceurs, marques... Comment préserver sa crédibilité et sa distance et assurer les équilibres économiques?
- C’est une question qui concerne tous les pays. Je pense que le numérique est une opportunité. Car il permet de développer des contenus multiples, divers et mieux ciblés. Il faut admettre que le numérique est un espace de liberté, un accélérateur, une chance extraordinaire qui s’ouvre pour développer encore plus l’activité des médias. C’est une opportunité qu’il va falloir organiser pour une meilleure complémentarité. Ceci étant dit, rien ne remplacera la presse papier.

- Le constat actuel est que 84% du marché publicitaire mondial est absorbé par les Gafa. Comment les éditeurs de journaux peuvent évoluer avec des baisses conséquentes des recettes?
- C’est un enjeu certes, mais il faut aussi voir le volet opportunités. Il est évident que la puissance des Gafa est là. Face à cela, les médias doivent développer des contenus qui leur donnent de la liberté par rapport à ces concurrents massifs.  Et c’est là où résidera l’intelligence des médias dans leur développement. Il y a plusieurs modèles qui marchent, notamment Mediapart, New York Times... Moi, je crois que le numérique est une énorme chance qui permettra de développer des médias puissants. C’est tout un écosystème à réinventer et à développer avec intelligence et créativité. Paradoxalement, ce n’est pas par les rencontres numériques que l’on va avancer, c’est plutôt par les échanges et les discussions humaines.

- Comment augmenter les revenus des éditeurs grâce à la data, tout en réinventant le modèle économique?
- Nous avons justement décidé d’aborder, lors de l’African Cristal, les questions sur les enjeux stratégiques et économiques de la numérisation des médias.  Il y a tout un débat programmé sur les multiples opportunités qu’offre le numérique en tant qu’amplificateur et accélérateur de contenu. Les réseaux sociaux en sont un exemple parmi d’autres. Il y a aussi un volet dédié  aux questions d’augmentation de revenus. Enfin, nous débattrons de la dimension technologique, de la data... avec des experts internationaux.

- Que vous inspire le phénomène des fake news? Est-ce raisonnable de promulguer des lois anti-fake?
- Moi je crois en une loi sur les fake news mais pour tout le monde. Il ne faut pas que ce soit uniquement pour protéger les politiques. Parce que la loi en France est plutôt prévue pour un environnement politique. C’est quand même hallucinant! Or, les fake news, cela concerne tout le monde. Cela commence par l’intimité des gens, les données personnelles, la diffamation... Oui pour la loi, mais à condition qu’elle touche l’ensemble du fake. Cela relève du bon sens!

 Force de propositions

L’Union francophone des médias, de la publicité et du numérique a été fondée il y a deux ans par Christian Cappe, qui en assure depuis la présidence. L’Union a trouvé son écrin dans le cadre de l’African Cristal Festival. Elle se veut une plateforme d’échanges de contenus, d’innovations et de créations au sein d’un espace économique qui partage la même langue, le français. Forte de plusieurs événements, l’Union francophone des médias  est une force de propositions qui vient faciliter l’émergence et la circulation de talents, encourager et promouvoir des médias puissants dans la sphère francophone et offrir aux marques des outils de communication utiles en termes de rayonnement et d’impact.

Propos recueillis par Amin RBOUB

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