×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 173.579 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 213.013 articles (chiffres relevés le 31/5 sur google analytics)
Culture

Un toubib dans la ville

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4966 Le 22/02/2017 | Partager
Autopsie des anomalies de la société marocaine
Le roman de Souad Jamai en brosse un tableau acerbe, mais avec dérision
Histoires et anecdotes des salles d’attente
un_toubib_dans_la_ville_066.jpg

Pour la promotion de son ouvrage, Souad Jamai a concocté une capsule mise sur Internet, avec des acteurs qui sont tous de vrais cardiologues et dont la scène se déroule dans une salle d’attente

Pour son premier roman, Souad Jamai a tiré le gros lot.  Son roman «Un toubib dans la ville» est en rupture de stock et une deuxième édition a été lancée. Dans son livre de 240 pages, elle se glisse dans la peau du Dr Ali, jeune médecin, principal personnage autour duquel les histoires gravitent. Celui-ci vit avec sa mère, omniprésente, qui cherche à «le caser à tout prix» en lui présentant les jeunes filles de ses copines. Mais ses tentatives seront vaines puisqu’il finira par succomber aux charmes d’une jeune femme avocate, directe, qui sait ce qu’elle veut. Du début à la fin, le livre est ponctué d’anecdotes qui brossent des tranches de vie   de la société marocaine. Certaines sont vécues par l’auteur, elle-même cardiologue à Rabat, d’autres lui sont rapportées par ses collègues.

Autant d’anomalies et d’hypocrisies mises à nu, avec dérision, par Souad Jamai. Celle qui a quitté son pays dès l’âge de 6 ans, accompagnant un père diplomate, déborde d’imagination. Pour la promotion de son ouvrage, elle a concocté une capsule mise sur Internet, avec des acteurs qui sont tous de vrais cardiologues et dont la scène se déroule dans une salle d’attente. En effet, toutes les anecdotes se trament dans la salle d’attente du Dr Ali où défilent des profils de toutes les couleurs: hypocrites, polygames, jeunes, vieux, riches, démunis… Mais aussi des personnages attachants et spontanés comme celui de Rahma, une femme des montagnes dont la générosité déborde au point d’offrir au médecin, en signe de reconnaissance, une poule rapportée de chez elle. Sauf que dans le livre, cette pauvre paysanne meurt à l’hôpital Avicenne de Rabat après une opération du cœur.

Une opportunité que Souad Jamai ne laissera pas passer pour réprouver la gestion archaïque du CHU, qui devait être un modèle de management moderne de la santé publique. Dans le même élan, elle passe au crible les lourdeurs bureaucratiques des mutuelles publiques, comme celle d’afficher des numéros de téléphone sans que personne ne réponde au bout du fil. Ou encore, la pratique de la polygamie autorisée dans la société sans que cela ne suive au niveau de la mutuelle. Seule la première épouse est assurée.  

De même, l’auteur saisit la balle au bond dans la salle d’attente pour voler dans les plumes des islamistes qui ont cherché à brouiller l’image du pays. Tout y passe, mais avec humour: le festival Mawazine qu’ils voulaient stopper, le film de Nabil Ayouch qu’ils ont interdit sans l’avoir visionné, … «La schizophrénie régnant dans le pays semble avoir atteint un point de non retour», constate le Dr Ali qui vient de s’installer à Rabat.  
Ce toubib, dont les sens et les réflexes n’ont pas encore été anesthésiés par les habitudes locales, règle également ses comptes avec le voile. «Je l’ai enlevé parce que j’ai compris que ce n’était pas cette pièce de tissu qui allait me rapprocher de Dieu», note une patiente, dont la vie a basculé dans un cauchemar le jour où elle a décidé de s’en débarrasser. De retour au travail, les «collègues ne voulaient plus me saluer et tournaient la tête lorsque je passais devant eux. Surtout les femmes. Comme si le diable en personne m’avait remplacée. Je ne comprenais pas ce changement d’attitude pour un simple carré de tissu qui avait disparu», confie- t-elle.  

Même sa corporation n’échappe pas à son œil critique. C’est de notoriété publique, la culture générale des médecins est faible, reconnaît le Dr Ali. «Ce n’est pas que je n’aime pas les montres, mais pour le moment je n’ai que les moyens de m’offrir des livres. De plus, les années d’études passées en médecine m’ont obligé à accumuler des lacunes culturelles que je me sens avide de combler», indique le personnage principal. D’autres n’ont pas pris conscience de ce travers.

Une élue locale pour la culture

La couverture du livre, édité par Afrique Orient, rappelle la couleur verte des blocs opératoires, avec deux profils reliés par un stéthoscope. Avec ce dessin, Souad Jamai laisse entendre qu’elle a plus d’une corde à son arc. Outre l’écriture et les arts plastiques, elle est engagée en tant qu’élue locale sous l’étiquette du Front de la gauche démocratique. A ce titre, elle est membre de la commission culturelle de la ville de Rabat. En compagnie d’autres personnes actives dans la vie associative, elle s’investit dans la vie d’un lycée public. «Ce qui m’intéresse, c’est la culture dans toutes ses formes, juste pour ouvrir l’esprit des jeunes. Un élève cultivé est ouvert d’esprit, plus tolérant et fait de meilleures études», dit-elle.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc