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    Sur les chemins des phosphates: «Un film pour revisiter et comprendre...»

    Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4931 Le 04/01/2017 | Partager
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    Mohamed Nadrani: «J’ai pris le soin d’inscrire l’histoire dans le contexte géopolitique de l’époque précoloniale..» (Ph. JM)

    - L’Economiste: De la bande dessinée et du témoignage sur votre passé carcéral comme disparu politique, vous êtes passé au film documentaire, par quel cheminement?
    - Mohamed Nadrani:
    Il existe pour moi trois moyens d’expression, le dessin (image), l’écriture et l’image (photographie), avec un dénominateur commun: la mémoire.  Comme vous devez le constater, tout est lié... Je n’arrive plus à imaginer des frontières entre ces trois disciplines.
    Dans le documentaire, on y trouve, imbriqués, tous les genres, y compris le dessin d’animation, le texte etc. Seulement je voudrais quand même préciser que la bande dessinée c’est aussi une mise en scène des images dessinées racontant, par l’écrit, une histoire... Nous sommes toujours dans le documentaire, si on veut.
     
    - Votre enfance à Khouribga a été déterminante dans ce choix?

    - A l’habituelle question: «que fait votre mari?», ma mère répondait spontanément, avec beaucoup de fierté « 3attache fi l’Office…» («La soif» en arabe). Cette phrase, dite en arabe dialectal, se traduisait dans ma petite cervelle d’enfant de 6 ans par l’image d’un père qui s’acharnait au travail, jusqu’à épuisement par «la soif»! Du moins jusqu’au jour où Monsieur Moreau, notre instituteur à l’école musulmane de l’Office chérifien des phosphates, me posa lui aussi la même question, et je lui fis la même réponse.
    Sauf que M. Moreau, qui tenait à nous enseigner le bon français, me fit répéter, en les portant scrupuleusement sur le tableau, mot après mot: «Mon père travaille à la tâche». Cette anecdote, comme bien d’autres, illustre parfaitement le milieu naturel dans lequel j’ai baigné depuis ma petite enfance. Ce documentaire vient de là. Mon père, amazigh, originaire du Rif, quitta sa terre natale pour aller travailler dans les mines de phosphate des Ouled-Abdoun.
    C’était en 1955 ou 1956. Il décida un jour de nous y emmener avec lui, moi, ma mère et ma sœur. Naturellement, à mesure que je grandissais, tout en moi s’imprégnait des phosphates. Mes dents qui en prenaient progressivement la couleur, mon langage qui s’enrichissait petit à petit de la culture de la mine, mon émerveillement devant les jouets que l’Office offrait aux enfants des mineurs pour la nouvelle année. Par ce film je voulais, revisiter pour comprendre, les mécanismes qui ont enclenché toutes les résistances contre les abus et les dénis: abus de violence et déni de justice.

    - Pourquoi remonter jusqu’au XIXe siècle?
    - J’ai pris le soin d’inscrire l’histoire dans le contexte géopolitique de l’époque précoloniale... La géographie oblige, le Maroc à cette époque fit donc l’objet d’une attention particulière de la part des puissances européennes. J’ai développé par la suite les rivalités entre les puissances coloniales et les faiblesses du Maroc: crise économique, crise politique... A partir de là, nous allons suivre à la trace, images d’archives à l’appui, l’évolution de trois actions: la campagne de prospection et de reconnaissance géologique, la campagne militaire de la Chaouïa et le développement des chemins de fer en partance du port de Casablanca.
    Ces trois itinéraires vont faire leur jonction, comme par hasard, au cœur du Maroc, sur le plateau des Ouled-Abdoun, à 120 km du port de Casablanca. C’est là, dans ce décor créé par nos soins, que nous allons camper parmi les «Khaima» et les «Nouala», habitations de nomades, parsemées çà et là sur un paysage aride, peuplé de steppes et de désolation. C’est là, de part et d’autre de ce passage à niveau qu’une «colonie industrielle» sera plantée et où une ville nouvelle voit le jour et, qui par la force de l’exploitation des gisements deviendra quelques années plus tard la capitale des phosphates, la citadelle de la classe ouvrière. C’est au rythme de l’évolution de l’exploitation des gisements des phosphates que notre histoire va évoluer.o

    Propos recueillis par
    Jaouad MDIDECH

     

     

     

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