Dossier Spécial

1999-2017, les chantiers du règne

Par Mohamed Ali MrabiAmin RBOUB | Edition N°:5089 Le 18/08/2017 | Partager

Les discours prononcés à l’occasion de la Révolution du Roi et du peuple ont souvent été des marqueurs forts des réformes à venir. Statut de la femme, INDH, enseignement, justice, droit de l’homme, Constitution, bataille des valeurs... Alors que les attentes sont multiples, les propositions ont été progressistes dans plusieurs domaines et servi à fixer le cap.  L’idée est à la fois de conduire à des élans de prise de conscience collective, mais aussi de donner des idées de chantiers à initier par les différentes institutions et gouvernements. A charge pour ces derniers de déployer les rythmes nécessaires, ce qu’ils ne réussissent pas toujours.  Le Maroc a la chance d’avoir un Roi visionnaire  qui a su régulièrement montrer qu’il était au fait des défis de son époque. Retour sur plusieurs discours structurants et capables de s’instituer en tant que référence de l’action.

                                                         

1999: Les fondamentaux

ANS son premier discours à l’occasion de la célébration de la Révolution du Roi et du peuple et la Fête de la Jeunesse, le Roi a tracé les contours des chantiers du règne. Un discours empreint d’optimisme, mais aussi de réalisme. «Nous ne détenons pas une baguette magique par laquelle nous prétendons résoudre tous ces problèmes», a-t-il précisé. Ce discours a posé les bases des politiques initiées par le Souverain. D’autres priorités sont identifiées comme la nécessité de réhabiliter les campagnes, de protéger les droits des femmes, ou encore de lutter contre le chômage des jeunes diplômés. En tête, l’inadéquation de la formation, permettant de mettre en valeur la vocation des jeunes et leurs compétences. D’ailleurs, ce discours a été marqué par l’appel lancé par le Roi pour la refonte du système éducatif, «à la lumière du projet de la Charte élaboré par la Commission royale». Un chantier épineux, qui continue à représenter une grande préoccupation, pointée régulièrement dans les discours du Souverain.

                                                         

2000: «Jihad économique et social»

APPEL est lancé pour poursuivre «le jihad économique et social». Le Souverain a posé une véritable feuille de route pour réussir ce challenge. Il s’agit essentiellement de «l’incitation de l’investissement public et privé, la dynamisation de la solidarité sociale ainsi que l’utilisation rationnelle des ressources naturelles». Cette année avait été marquée par l’annonce de la découverte de réserves de pétrole et de gaz à Talsint. En dépit de cette découverte, le Roi met l’accent sur la nécessité de se concentrer sur les secteurs productifs, «où nous avons acquis une compétitivité internationale». Il s’agit du tourisme, de la pêche, de l’artisanat, des nouvelles technologies… Autant de domaines qui ont connu l’adoption de stratégies sectorielles dans les années suivantes. Ce discours a été aussi marqué par le lancement d’un autre chantier d’envergure, celui de la lutte contre l’analphabétisme. La particularité était liée à la réhabilitation du rôle des mosquées, parallèlement à celui du gouvernement et de la société civile. Aujourd’hui, les mosquées se sont transformées en véritable acteur de référence dans ce domaine (www.leconomiste.com).

                                                         

2001: Pour des villes sans bidonvilles

U moment où l’Etat multipliait les efforts pour favoriser le développement touristique du pays, la floraison des bidonvilles faisait tâche de huile dans le paysage urbanistique. A quelques mois des élections, le Souverain met en garde contre toute instrumentalisation de ce dossier à des fins clientélistes ou électoralistes. Il appelle à veiller à l’application rigoureuse de la loi pour couper la route à ces pratiques qui avaient favorisé la floraison des bidonvilles. Aujourd’hui, le plan villes sans bidonvilles a réussi à éradiquer ces habitats insalubres dans plusieurs centres urbains, en dépit des difficultés liées aux problèmes de relogement des bidonvillois et de réapparition d’autres points noirs. Parallèlement, ce discours est consacré à l’annonce d’une nouvelle politique, «globale, intégrée et cohérente», dédiée aux MRE. Le Souverain appelle à «mettre en place de nouveaux mécanismes pour encourager le placement des transferts dans des investissements productifs». Si les transferts continuent leur progression, les investissements des MRE restent encore destinés essentiellement au secteur immobilier, selon les dernières statistiques présentées par le ministère de tutelle.

                                                         

2002: Réhabiliter l’action politique

A mise à niveau de la pratique politique et la réhabilitation du rôle des partis constituent des préoccupations soulevées à plusieurs reprises dans les discours du Roi. En 2002, année électorale, le Souverain insiste sur l’importance de cette redynamisation pour favoriser l’émergence d’une élite qualifiée. Le Roi donne le ton: «Nous entendons faire de la légitimité démocratique un paramètre pour la conduite à tenir à l’égard des partis, et ce dans le cadre d’un paysage politique sain, où toutes les sensibilités politiques puissent se positionner». S’appuyer sur des pôles fédérant des courants politiques proches, telle est la vision prônée. L’adoption du mode de scrutin par liste, qui favorise le choix des programmes plutôt que des personnes, s’inscrit dans cette logique.  

                                                         

2003: Honneur aux femmes

ANS un contexte marqué par une confrontation entre modernistes et conservateurs autour de la réforme de la Moudawana, le rôle du Souverain a été décisif. Dans ce discours, le Roi a tenu à honorer la femme et à lui rendre justice. «En notre qualité d’Amir Al Mouminine et représentant surprême de la Nation, nous t’annoncerons dans une proche occasion la décision royale que nous aurons arrêtée au sujet du projet de révision globale pour un nouveau code de la famille». Une intervention royale qui a permis d’aboutir à un consensus autour de cette réforme qui divisait, suite à la présentation du plan élaboré par Said Saâdi. Au-delà de cette polémique, le Souverain insiste sur l’importance de se prémunir contre les surenchères démagogiques. Cette réforme visait à affranchir la femme de toutes les formes d’injustice.

                                                         

2004: Citoyenneté et patriotisme

NE année après les attentats du 16 mai, le Souverain a tiré la sonnette d’alarme face à la montée de l’intégrisme et du fanatisme. Les valeurs qui doivent régir les relations au sein de la société sont rappelées. Il s’agit d’abord du patriotisme qui «exige des nouvelles générations une mobilisation totale, une volonté de libérer les énergies et de prendre à bras le corps les problèmes lancinants de l’analphabétisme, du chômage, de la pauvreté…». Concrètement, le patriotisme ne doit pas se limiter aux slogans. Il doit se traduire par une implication effective dans les différents chantiers de développement économique et social. «L’éducation et la formation doivent englober la culture morale et religieuse ouverte», souligne le Roi. L’objectif est d’immuniser les jeunes contre les risques d’aliénation et d’abandon des valeurs.

                                                         

2005: La nouvelle philosophie de l’INDH

nnoncée en mai 2005, l’Initiative nationale du développement humain allait commencer à prendre forme quelques semaines après le discours royal. Plusieurs particularités caractérisent cette Initiative. D’abord, couper avec la logique d’assistanat au profit d’un souci de favoriser la création d’activités génératrices de revenus. Au-delà, le Roi insiste sur les principes démocratiques devant orienter sa mise en œuvre. Ces principes ont constitué l’une des clés de la réussite de l’INDH. Il s’agit notamment de l’écoute et de la concertation, de l’instauration d’une approche contractuelle en plus de l’implication de la société civile et des populations dans la préparation et l’exécution des projets.

                                                         

2006: Mobiliser les énergies

U cours de ce discours, le Souverain lance un appel à «la mobilisation des énergies». L’objectif est de «réaliser le développement global et de permettre à tous les Marocains d’exercer leur citoyenneté dans la dignité». L’implication des citoyens est décisive dans ce processus. Car, la citoyenneté implique des droits, mais exige également des devoirs.

                                                         

2007: Normalisation démocratique

ORS de cette année électorale, le Souverain insiste sur les acquis du système politique national, qui offre aux citoyens «la liberté de choisir parmi les programmes des partis». Transparence et crédibilité du scrutin sont des conditions indispensables pour la consolidation de «la normalité démocratique». «L’adhésion totale et l’attachement sans faille à la régularité, à la moralisation des élections et à l’inviolabilité du scrutin commencent par le Roi». Il annonce au passage la mise en place d’un nouveau cadre juridique régissant l’opération électorale. Ce chantier va consister en une nouvelle loi sur les partis, un nouveau code électoral en plus de la garantie de la neutralité de l’administration et l’indépendance du contrôle judiciaire.

                                                         

2008: Relancer l’ascenseur social

OUR cette année, le Souverain met l’accent sur les moyens pour aider les catégories les plus vulnérables. L’idée est d’assurer la relance de l’ascenseur social. Cela passe d’abord par la réforme de l’enseignement, notamment une forte impulsion à la généralisation et à l’obligation de l’enseignement fondamental. L’opération un million de cartables est annoncée à cette occasion. Le renforcement des capacités des agriculteurs et la modernisation de ce secteur étaient aussi au programme, notamment avec l’appel à une réforme de la fiscalité agricole. La protection du consommateur n’est pas en reste. Ce discours royal est marqué par un appel à l’installation de l’Instance centrale de prévention des consommateurs.
M.A.M.

                                                         

2009: Justice, l’urgence de la réforme

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Longtemps qualifiée de corrompue, la Justice devait être placée au-dessus de tout soupçon. Consolidation des garanties de l’indépendance de la justice, modernisation du cadre normatif, mise à niveau des structures et des RH, amélioration de l’efficience judiciaire, ancrage des règles de moralisation et mise en oeuvre optimale de la réforme. Ce sont là les six axes majeurs tels que définis par le Souverain pour réformer la Justice. Les Hautes directives du Roi au gouvernement en 2009, amorcent la mise en oeuvre d’une grande réforme dans six domaines d’actions prioritaires. Le premier périmètre d’action porte sur la consolidation des garanties de l’Indépendance de la Justice, tout en assurant au Conseil supérieur de la Magistrature un statut digne de son rang en tant qu’institution constitutionnelle à part entière. Il « lui est conféré de manière exclusive les attributions nécessaires à la gestion de la carrière des magistrats, la révision du mode d’élection de ses membres pour garantir qu’ils satisfont aux critères de compétence et d’intégrité requises...» (Extrait du Discours lors de la célébration du 56e anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple).

                                                         

2010: Développement humain et régionalisation avancée

La  régionalisation avancée, et la large déconcentration un projet cher au Maroc et au Souverain. Le 20 août 2010, le Roi a invité le gouvernement à élaborer une charte de déconcentration prévoyant essentiellement le transfert aux régions des attributions et des ressources humaines et financières nécessaires. L’enjeu est d’imprimer une forte impulsion au modèle original de développement humain et d’organisation institutionnelle du Maroc. «C’est pourquoi nous avons constamment oeuvré pour ouvrir la voie à la concrétisation de ce choix  stratégique qu’est le Maroc unifié des régions. Nous nous y employons à travers les chantiers de développement humain et durable que Nous construisons par le biais des ambitieux plans sectoriels nationaux à composante régionale que Nous mettons en place, et au moyen des infrastructures dont Nous dotons le pays», avait annoncé SM le Roi. Il s’agit là d’un tournant historique «dans le processus d’émancipation du pays en matière de développement, puisque, outre une ouverture accrue du Maroc sur le monde et une plus grande synergie entre ses régions, il a été possible de désenclaver les zones reculées et marginalisées, et de mettre un terme définitif à l’adage colonial d’un Maroc utile et un Maroc inutile».  Pour de nombreux analystes, la régionalisation avancée est un grand pas vers le projet d’autonomie du Sahara.

                                                         

2011: Elections, partis… Les mises en garde du Roi

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Zéro tolérance pour toutes irrégularités qui pervertiraient les élections. Le gouvernement et la Justice doivent aussi sévir contre l’instrumentalisation tendancieuse de la religion et des sacralités dans les batailles électorales à venir. Les mises en garde du Souverain en août 2011 sont un véritable «cahier des charges» pour les partis politiques et les électeurs. Des messages forts et clairs ont été adressés à l’ensemble des formations politiques pour relever le challenge des législatives. «Dans cette phase, il ne s’agit pas de considérer les élections comme une compétition pour décrocher le plus grand nombre de sièges, mais une occasion pour hisser cette compétition en un combat national pour choisir les meilleurs programmes et les élites qualifiées», avait précisé le Roi. L’enjeu étant d’entamer judicieusement la mise en œuvre voire l’opérationnalisation de la Constitution et d’imprimer une forte impulsion à la mutation politique que connaît le pays, rappelle le Souverain. Il va sans dire que les rendez-vous électoraux offrent une chance historique puisqu’ils doivent consolider le climat de confiance dans l’opération électorale. A cet effet, les acteurs politiques et à leur tête les chefs de partis doivent prendre des positions claires pour crédibiliser les élections et récuser les préjugés sur leur issue bien avant leur déroulement. Et surtout stopper net avec la suspicion politicienne à l’égard des élections.  A chacun d’être à la hauteur des défis du Maroc. Ainsi, le gouvernement et la justice doivent mettre en œuvre les dispositifs de moralisation de la vie politique et parlementaire. Le Souverain a été on ne peut plus clair: «Il leur incombe aussi de s’opposer avec fermeté à toutes les irrégularités et de lutter contre l’usage de l’argent et l’achat des voix visant à pervertir les élections. Ils doivent également sévir contre l’instrumentalisation tendancieuse de la religion et des sacralités dans les batailles électorales à venir».
A.R.

                                                         

2012: Il faut sauver l’école publique

L'avenir de l’école publique et de l’enseignement en général est devenu un sujet préoccupant pour l’ensemble des Marocains.
La plus Haute Autorité du pays érige le système éducatif en tête des priorités nationales. C’est dire ô combien ce système est encore défaillant malgré tous les efforts déployés et autre Plan d’urgence mis en place. «Ce système, qui nous interpelle aujourd’hui, se doit non seulement d’assurer l’accès égal et équitable à l’école et à l’université pour tous nos enfants, mais également de leur garantir le droit à un enseignement de qualité, doté d’une forte attractivité et adapté à la vie qui les attend», affirme SM le Roi en août 2012.
Cette année-là, le Souverain exhorte le gouvernement à se pencher au plus vite sur le diagnostic d’un système d’éducation qui, de l’avis de nombreux observateurs, n’a pas encore trouvé toute sa voie. Le gouvernement est invité à déployer la feuille de route qui dicte de nouveaux logiciels. Les approches et les méthodes en vigueur à l’école doivent passer d’une logique d’enseignement centrée sur l’enseignant et limitée à la transmission des connaissances notamment par la mémorisation, à une autre logique fondée, elle, sur la réactivité des apprenants. Celle-ci doit être prioritairement axée sur le renforcement des compétences propres pour donner la possibilité de déployer la créativité. La réforme escomptée, explique le Souverain, ne se limite pas à un  changement de programmes ou de cursus, mais consiste à opérer un changement au niveau du dispositif de formation et des objectifs assignés.
C’est donc autour des valeurs de citoyenneté et de responsabilité que le Discours royal du 20 août a jeté les fondements d’une nouvelle révolution qui confère aux jeunes un rôle de premier plan dans l’édification du Maroc de demain. En clair, la jeunesse est appelée à s’impliquer davantage dans ce choix stratégique.  
Pour ce faire, SM le Roi a appelé à la mise en place d’une stratégie globale qui mettrait fin à la dispersion des prestations fournies aux jeunes actuellement.
A.R.

                                                         

2013: Enseignement, «l’examen de conscience»

Pour la deuxième année de suite, un diagnostic sévère sur le système éducatif. «Le secteur de l’éducation est en butte à de multiples difficultés et problèmes dus en particulier à l’adoption de programmes et de cursus qui ne sont pas en adéquation avec les exigences du marché du travail». Si le discours du 20 août 2012 avait tracé les grandes lignes de la réforme du secteur éducatif, celui de 2013 est venu «marquer une halte pour un examen de conscience objectif du secteur de l’éducation et de la formation, permettant d’évaluer les réalisations et d’identifier les dysfonctionnements».
En effet, l’école publique suscite de plus en plus la méfiance des familles. Or, la Charte nationale de l’éducation et de la formation avait pour objectif de mettre à niveau l’ensemble du système éducatif, via un plan d’urgence financé à coups de milliards. Sur ce point, le Souverain est très critique sur la gestion de ce dossier par le gouvernement Benkirane: «Le gouvernement actuel aurait dû capitaliser sur les acquis cumulés dans le secteur, d’autant plus qu’il s’agit d’un chantier déterminant, s’étendant sur plusieurs décennies». Le discours royal  sonne comme un rappel à l’ordre: «Le secteur de l’éducation ne doit pas être enserré dans un cadre politique stricto sensu, pas plus que sa gestion ne doit être l’objet de surenchères ou de rivalités politiciennes». Il critique aussi la politique de la table rase pratiquée par certains ministres de l’Education. «Il n’est pas raisonnable que tous les cinq ans, chaque nouveau gouvernement arrive avec un nouveau plan, faisant l’impasse sur les plans antérieurs, alors qu’il ne pourra pas exécuter le sien intégralement, au vu de la courte durée de son mandat».o

A.R.

 

 

 

 

 

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