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Un «SRAS» pour les entrepreneurs chinois?
Le parti tire encore toutes les ficelles
Par Pierre HASKI

Par L'Economiste | Edition N°:1557 Le 09/07/2003 | Partager

Laura est une jeune Chinoise de 29 ans, pleine d’énergie et de talent, avec déjà un sérieux parcours derrière elle. Après de bonnes études en Chine, elle a d’abord travaillé pour une multinationale américaine. Puis, il y a cinq ans, entraînée par un des cadres de l’entreprise, elle a aidé à créer une start-up à Pékin, une société de service informatique dont elle dirige le bureau dans la capitale chinoise et dont elle détient une partie du capital. Le succès a été au rendez-vous et la petite entreprise a prospéré et grandi.Dans ce parcours sans faute, un modeste grain de sable est venu se glisser: le SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, qui a frappé la Chine cette année, et Pékin en particulier en avril et mai. Un virus que Laura compare au 11 septembre américain, dans la mesure où il l’a forcée à regarder sa vie différemment et à envisager de changer de cap, de priorités.Lorsque le gouvernement chinois a reconnu, le 20 avril 2003, la réalité de l’épidémie de pneumopathie atypique dans la capitale, après avoir tenté de la camoufler, un vent de panique s’est emparé de ses 14 millions d’habitants. Et Laura, comme tous les Pékinois, s’est enfermée chez elle avec des stocks de provisions en évitant tout contact avec les autres. Une panique qui, dans une certaine mesure, a fortement aidé à combattre la progression de l’épidémie, en limitant les rassemblements et les phénomènes de foule propices aux contagions.«Je me suis isolée chez moi, et j’ai pris le temps de lire, de réfléchir», explique la jeune femme. «Ça ne m’était pas arrivé depuis cinq ans de course permanente, de journées folles et de stress. J’ai lu des romans, essais, livres de philosophie. Je me suis rendue compte que je n’aimais pas la vie que je menais, que je ne voulais plus continuer à courir de la sorte».. «Je ne voulais plus courir…»Résultat: après quelques semaines de réflexion, Laura a décidé, à la stupéfaction de ses collègues, de prendre une année sabbatique dans son entreprise que de solides économies lui permettent d’envisager sereinement, et de reprendre des études, d’abord pour se faire plaisir: elle s’est inscrite en histoire de l’art à Londres. «Mes collègues me prennent pour une folle, s’amuse Laura. Ils me disent que ça ne me servira à rien. Quand je leur explique que je m’en moque, que je fais d’abord ça pour moi et que je verrai ensuite ce que je ferai, ils sont prêts à appeler une ambulance. Personne n’a jamais fait ça dans notre milieu».Elle ignore encore si, à son retour de Londres, elle aura vraiment envie de retrouver son poste dans la société qu’elle a pourtant créée, ou si elle tentera d’explorer de nouvelles voies, comme le secteur culturel, assurément moins «rentable» que la high-tech, mais dont elle attend davantage de satisfactions personnelles. Seuls ses parents, des universitaires élevés «à l’ancienne», la soutiennent dans sa démarche très personnelle.Cette jeune femme a en effet un comportement... atypique dans cette Chine partie à 200 km/h sur l’autoroute du développement et de l’enrichissement. Depuis que Deng Xiaoping a donné le signal des réformes économiques au début des années 80, une partie de la population s’est lancée à corps perdu dans les affaires -elle a «plongé dans la mer», comme dit une expression chinoise imagée- sans trop se poser de questions. Le résultat a été spectaculaire: une classe moyenne de plusieurs dizaines de millions de personnes a émergé, ainsi qu’une catégorie de nouveaux riches, barons de la finance et des affaires.. Deux puissants patrons en prisonRares sont ceux qui, comme Laura, ont profité de l’accident du SRAS pour se poser des questions, même si, selon une psychologue chinoise privée (une nouveauté dans le panorama pékinois), de nombreux «yuppies» chinois ont été déstabilisés par cette menace qu’ils n’avaient pas prévue. Son téléphone qui sonne sans discontinuer pour des demandes de rendez-vous en est la preuve... Les autres ont surtout cherché à traverser l’orage pour mieux rebondir une fois l’alerte passée. Et de fait, l’impact économique du SRAS sur l’économie chinoise sera moins fort que redouté initialement, sauf sur certains secteurs fragilisés comme le tourisme, les transports, les services.Des questions, les entrepreneurs chinois pourraient en effet s’en poser. L’actualité leur offre de quoi s’interroger sur le modèle de capitalisme qui se construit sur les décombres d’un communisme toujours doctrine d’Etat, mais qui s’applique à promouvoir une économie de marché aux caractéristiques très chinoises.Coup sur coup, deux des hommes les plus puissants du secteur privé chinois naissant se sont retrouvés derrière les barreaux. Le premier est Zhou Zhengyi, l’homme le plus riche de la grande métropole de Shanghaï, un promoteur immobilier au parcours mythique: vendeur de raviolis chinois dans la rue il y a quinze ans, puis patron de salle de karaoké, avant de surfer sur la vague de la construction qui a déferlé sur la capitale économique chinoise dans les années 90. Jusqu’à sa chute, début juin, et son arrestation pour emprunts frauduleux. Sa femme, directrice de plusieurs de ses sociétés à Hongkong, ainsi que le président de la filiale hongkongaise de la Bank of China, première banque commerciale du pays, l’ont suivi dans sa chute.. Entrepreneurs trop ambitieux?Au même moment, Yang Bin, deuxième fortune du pays, selon le classement du magazine américain Forbes qui ressemble de plus en plus à une liste des hommes à abattre, comparaissait en justice pour escroquerie et fraude, après une descente aux enfers spectaculaire. Ce jeune prodigue, de moins de 40 ans, a fait fortune dans les fleurs, après des études aux Pays-Bas dont il a acquis la nationalité à la faveur de la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989. Sa chute est intervenue lorsque la Corée du Nord, pourtant un pays allié de la Chine, a annoncé sa nomination à la tête d’une zone économique spéciale: Pékin n’avait pas été consulté et a voulu donner une leçon au jeune entrepreneur trop ambitieux.Zhou Zhengyi et Yang Bin ne sont pas des cas isolés: comme eux, des dizaines d’hommes d’affaires montent très haut et très vite, en se prévalant de patronages politiques au sein de l’appareil du parti communiste. Ils en retombent parfois aussi vite, lorsque les alliances changent, lorsque les rapports de force entre clans se modifient, lorsque, comme cela vient de se produire, un changement d’hommes intervient aux principaux postes de l’Etat. Au cours de l’année écoulée, sur la fameuse liste de Forbes, un autre homme d’affaires est mort assassiné, un autre exilé aux Etats-Unis, et un troisième également en prison.Cette faiblesse congénitale du capitalisme chinois n’est pas encore objet de débat public en Chine, même si ces affaires ont ébranlé l’opinion toujours fascinée par les histoires de fortunes à l’américaine. L’Etat et surtout le parti tirent encore toutes les ficelles en Chine, y compris au sein d’un secteur privé encouragé et érigé au rang de modèle, mais dont la marge de manoeuvre reste liée à ce que veulent bien lui laisser les maîtres politiques du pays.C’est assurément l’un des dossiers les plus épineux de la nouvelle équipe au pouvoir, autour du Président Hu Jintao et du Premier ministre Wen Jiabao: ont-ils la volonté, et si oui, auront-ils les moyens d’assainir la dimension la moins saine du capitalisme chinois dont les aspects les plus triomphants cachent de plus en plus mal les moins reluisants? Il est trop tôt pour répondre à cette question qui façonnera pourtant l’économie chinoise pour les prochaines décennies.Dans ce contexte, le comportement de Laura, notre informaticienne bourrée d’états d’âme, reste assez exceptionnel. A sa manière, elle questionne le système, la logique du développement chinois qui a tout misé sur la vitesse, le taux de croissance et l’enrichissement rapide, mais ignore les questions éthiques et la place de l’individu. Le SRAS a eu, chez cette jeune femme, l’effet de choc qui a entraîné une remise en question radicale. Pour la plupart des Chinois, l’épidémie n’a toutefois été qu’un accident de parcours qu’ils tentent aujourd’hui d’oublier. Au risque de se retrouver confrontés, un jour, à ces questions restées sans réponse.-----------------------------Après avoir été chef du service étranger du journal Libération en France, Pierre Haski a donné une orientation différente à sa carrière: il est retourné au terrain en devenant correspondant de son journal à Pékin. Par ailleurs, il a été le représentant de Libération au sein des instances du réseau mondial de journaux, World Médias

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