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    Politique Internationale

    Un livre de Oriana Fallaci : "Inchallah" le "triomphe de la vie" dans Beyrouth en guerre

    Par L'Economiste | Edition N°:51 Le 29/10/1992 | Partager

    Longtemps correspondante de guerre au Viêt-nam, au Bangladesh, au Moyen-Orient, en Amérique latine, dans le Golfe Persique, Oriana Fallaci est aussi un écrivain dont les romans (parmi lesquels on connaît particulièrement Un homme) sont traduits dans plus de trente pays. Les éditions Gallimard viennent de publier son dernier roman, Inchallah, édité à Milan en 1990, dans la traduction française de Victor France.
    Inchallah nous plonge dans Beyrouth en guerre, parmi la horde des chiens errants qui, la nuit, envahissent la ville (symbole de première et de dernière pages). Il nous transporte au Quartier Général du contingent italien de la Force multinationale d'interposition, dans les minutes précédant le double attentat contre les quartiers généraux américain et français, massacrant près de quatre cents soldats qui, comme les autres, "avaient cru, en débarquant, rester seulement quelques semaines... Mais ils étaient là depuis un an, et loin d'avoir ramené la paix. Ils s'enlisaient dans une nouvelle guerre".
    De ces événements réels, des massacres de tous bords décrits dans leur atrocité nue, (l'auteur les a vécus de près dans son travail professionnel), sans manichéisme, Oriana Fallaci tisse la trame d'un récit et de dialogue imaginaires qui s'élèvent en véritable réquisitoire contre toute guerre, hors de toute mièvrerie, dans une peinture intense et sans concession de l'horreur, de la peur, du courage, du fanatisme, de l'amour de la vie exacerbés par le risque. Elle nous les fait vivre, à travers les rebondissements de la quotidienneté militaire, instruments d'un destin que nous refusons et pourtant se glisse "dans ce que nous appelons hasard, coïncidences fortuites...", mettant sur le même plan la joie, l'amour, l'amitié, une bombe. Comme l'absurdité du tir tuant Mohamed, l'enfant de Chatila, qui apportait des pois-chiches à la sentinelle italienne, ou le désespoir du soldat surnommé Rambo devant le cadavre de la petite Palestinienne pour laquelle il avait remplacé sa médaille de la Vierge par l'effigie de Khomein- histoire de faire plaisir à cette image de la petite sur disparue.
    Derrière la fresque très cinématographique qu'il nous présente, sous la violence des mots, des images et de la réalité qu'il exprime, dans la multitude des personnages qui se rencontrent et se séparent au long des pages, la facture du roman reste classique: telle la rencontre manquée d'Angelo, à la recherche de la formule de la vie, et de Natalie Narakat Al Sharif, Alias Ninette, visage symbolique de Beyrouth. Offerte et énigmatique, rieuse et mélancolique jusqu'à en mourir: "une défaite qui refuse de se rendre, une moribonde qui refuse de mourir". Elle se perpétue sous son masque parce que "la vie n'est pas un problème à résoudre. C'est un mystère à vivre". Un mystère contenu tout entier dans le mot qu'on prononce "sous n'importe quel prétexte, qui ne promet rien, qui explique tout et qui, de toute façon, aide beaucoup: Inchallah..."
    Inchallah-Destin: ni espoir, ni confiance, ni soumission, mais triomphe de la Vie quasiment animale; là où elle est le plus menacée, dans lequel la mort n'est qu'un passage, "une simple pause, un entracte pour se reposer..." que la guerre quelle qu'elle soit met en exergue. A l'image des chiens, "vivants donc immortels" qui reviennent envahir Beyrouth à la dernière page du livre.
    Oriana Fallaci réussit le miracle de faire tenir le lecteur jusqu'au bout de ces pages sombres, trop fouillées, où les personnages s'embrouillent avec les fils d'une histoire dont on sort comme du cauchemar de Beyrouth, perdue de terreur mais vivante.

    Thérèse BENJELLOUN

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