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    Entreprises

    Un complexe hispano-saoudien à Tanger

    Par L'Economiste | Edition N°:271 Le 13/03/1997 | Partager

    Dragados attend le crédit espagnol FAD pour commencer les travaux d'assainissement de la plage. La construction du complexe devrait suivre pour s'achever en l'an 2000.


    Un port de plaisance, un centre de congrès, un casino, un cinq-étoiles, des terrains de golf et de tennis, un parc aquatique... Rien ne manquera au luxueux complexe touristique de la baie de Bellavista Malabata de Tanger, qui pourrait ouvrir ses portes en l'an 2000. Plans, compromis de vente, autorisations officielles, tout est prêt du côté du promoteur hispano-saoudien, le groupe «Barcelona Project», qui attend depuis août dernier pour commencer les travaux et y investir les 200 millions de Dollars prévus, que le gouvernement marocain mène à bien les travaux d'assainissement de la plage, actuellement impraticable à cause des problèmes de pollution.
    Appuyé par Hassan Amrani, directeur de l'Agence du Nord, le projet important pour la ville de Tanger a aussitôt suscité un vif intérêt en Espagne. Les travaux de drainage devraient être adjugés au groupe espagnol Dragados qui, avec l'aide de la société de consulting, Alhambra, s'est démené pour trouver les fonds et lignes de crédit nécessaires au financement du méga-projet. Après plusieurs mois de démarches, les promoteurs ont fini par trouver deux «bailleurs de fonds» et créanciers: la Banque Mondiale et le gouvernement espagnol.

    La première étape consistait à évaluer sur place les besoins de la ville pour aménager la zone de la plage. Cette expertise a été confiée à l'entreprise belge Tractebel. Intitulée «L'Assainissement de la ville de Tanger et l'eau potable», l'étude conclut: «Même si l'état physique du réseau d'assainissement a été jugé globalement positif, l'entretien du réseau primaire est peu satisfaisant(...). L'aboutissement final en bord de mer de l'ensemble des effluents non-traités a pour résultat le maintien dans les zones de plage d'un état de pollution permanent et dangereux pour la santé publique». Et de proposer une série de lignes d'actions: «Les travaux ci-après constituent le programme d'assainissement minimal à réaliser impérativement si l'on veut assurer un développement touristique valable de la baie de Tanger (...).
    1- La construction d'une infrastructure d'interception, transfert et traitement de l'effluent en vue d'éliminer la pollution se déversant dans la baie(...).
    2- Une amélioration de la collecte des eaux usées dans la zone de la baie de Tanger par un renforcement et une extension du réseau (construction d'environ 18Km de nouvelles canalisations) et la réhabilitation de stations de pompage existantes et/ou la construction de stations nouvelles.
    3- La réhabilitation de thalweg et la construction de digues pour éviter les inondations dans les zones basses de la ville. Amélioration des points litigieux dans le système d'égouttage existant.
    4- Achat d'équipements pour assurer la logistique durant la mise en oeuvre du programme d'assainissement minimum».

    Efforts diplomatiques


    Une fois l'étude terminée, la seconde phase a aussitôt été mise en route. Plus complexe et délicate, cette étape consistait à trouver les crédits pour financer les travaux nécessaires de drainage. Estimé à 520 millions de DH, le chantier ne pouvait être imputé rapidement dans les finances publiques marocaines. D'où le montage financier finalement retenu, consistant à solliciter auprès de l'Espagne une ligne de crédit FAD: «Ce système de crédit, tout à fait officiel et régulé au sein de l'Union Européenne lie l'octroi de crédits à la présence d'une ou plusieurs sociétés du pays créanciers», explique un spécialiste. Projet d'intérêt public pour le Maroc, le complexe de la baie de Tanger allait devenir un projet prioritaire pour l'Espagne. «Le fait que l'entreprise choisie pour les travaux de drainage soit espagnole n'est pas un hasard, poursuit le technicien, cela permet de solliciter les crédits auprès de l'Espagne, un pays ami du Maroc et sensible au développement de la côte nord».
    Le Maroc se situe en effet parmi les premiers bénéficiaires du programme espagnol. En 1994-95, la ligne de crédits FAD octroyée au Royaume s'élevait à 45 milliards de Pésètes, soit moins d'un septième de ce qui est sollicité pour le drainage de la baie de Tanger.
    Sur le budget du projet évalué à 520 millions de DH, le crédit FAD sollicité s'élève à 400 millions de DH sur 30 ans (remboursables à partir de la onzième année).

    De sources sûres, nous savons que le gouvernement espagnol s'est montré réceptif à la sollicitude du gouvernement marocain, largement soutenue par la première entreprise espagnole intéressée Dragados. Le projet n'est donc pas resté lettre morte.
    Du côté marocain, tant l'assainissement du réseau d'eau que le projet touristique sont considérés comme fondamental pour le développement économique et social de la zone. Les autorités de Tanger ainsi que le gouvernement central n'ont pas lésiné sur les efforts diplomatiques. Le sujet a notamment été abordé lors de la visite officielle du ministre de l'Economie, Rodrigo Rato, en décembre dernier à Rabat.
    Quant à Dragados, ses intérêts sont doubles dans cette affaire. En obtenant le contrat de drainage de la baie, l'entrepreneur espagnol compte bien faire d'une pierre deux coups et obtenir l'adjudication du chantier postérieur dont le budget est estimé, rappelons-le, à 200 millions de Dollars... Sans compter l'impact qu'un tel projet aura pour les sous-traitants nationaux, fournisseurs de matériaux de construction, d'équipement et d'ameublement.
    Conscient de l'importance économique de ce chantier pour de nombreuses entreprises espagnoles, Madrid ne devrait pas tarder à donner sa réponse probablement d'ici la fin de ce mois. Dans ce cas, les travaux de drainage, d'une durée de deux ans, pourraient commencer aussitôt, permettant l'inauguration du complexe en l'an 2000-2001.

    Le «Marbella» du Nord du Maroc


    Spécialisé dans le tourisme, le groupe «Barcelona Projects» contrôlé par la famille royale saoudienne n'en est pas à son premier projet hôtelier. En Espagne, leur premier et unique investissement se situe à Barcelone. Près de 130 millions de Dollars ont été investis pour construire l'hôtel Juan Carlos I, le plus luxueux de la capitale catalane, qui hébergea lors des Jeux Olympiques de 1992 toutes les délégations officielles internationales. Dans le baie de Tanger, c'est un véritable complexe touristique que les hommes d'affaires saoudiens veulent réaliser. Des 80 hectares que compte la zone, seulement 25% seront construits. «Nous voulons éviter les erreurs des côtes espagnoles surpeuplées, assure l'un des promoteurs du projet, nous voulons peu d'édifices et beaucoup d'espaces verts». Les touristes susceptibles d'être intéressés par ce projet sont les Marocains, les Espagnols et les Européens qui fréquentent la côte voisine de Marbella et Soto Grande. «Il n'est pas rare que ces touristes traversent dans leur yacht le Détroit et viennent passer une journée sur les côtes marocaines... Ils ne restent pas parce qu'il n'y a pas d'installations adéquates... C'est cette carence que notre complexe prétend combler», conclut le spécialiste.

    Pascale BOURGAUX,
    notre correspondante à Madrid

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