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    Tapis: La baisse des exportations met les ateliers en difficulté

    Par L'Economiste | Edition N°:48 Le 08/10/1992 | Partager

    La qualité des tapis marocains proposés à l'export devient problématique. Le prix plancher a été revu à la baisse, mais certains producteurs continuent de casser les prix. A force de recevoir une qualité médiocre, le marché allemand se tourne vers le Népal et le Tibet.

    La baisse de l'activité du tapis pèse sur certaines unités plus que sur d'autres. Les ateliers ne fonctionnent que partiellement, et la main-d'oeuvre payée à la tâche serait la première à en pâtir. Ce secteur, estime-t-on à la Direction de l'Artisanat, emploierait, y compris le secteur informel, un effectif qui avoisine les 100.000 personnes.
    Les Laines du Maroc qui disposent de quatre ateliers à Salé, Fès et Meknès ne travaillent plus qu'avec un seul atelier. L'effectif qui atteignait 2.000 a été réduit à 900, puis à 300.
    Mocary S.A. (Morocan Carpet Yarn), installée à Salé, ne travaille plus qu'avec 4 ateliers sur les huit dont elle dispose. L'effectif a été réduit de moitié. Cependant, si crise véritable il y a, les entreprises ne le sauront qu'en Octobre; les commandes ne commencent à être adressées qu'à la fin Septembre début Octobre. Chaque été, il y a d'ailleurs un ralentissement de l'activité.

    Paradoxe

    Le secteur enregistre une baisse à l'export de 18,32% pour les six premiers mois de l'année en cours. En effet, si pour le premier semestre 1991, la Direction de l'Artisanat a enregistré un peu plus de 184 millions de Dirhams, la valeur des exportations pour le premier semestre 1992 est de 150,7 millions de Dirhams. Les exportations de tapis, depuis 1980 jusqu'en 1985 n'ont cessé d'augmenter en valeur. Selon les données de la Direction de la Statistique, la valeur des exportations de tapis est de 345 millions de Dirhams en 1983, 358 millions de Dirhams en 1984. Une légère baisse marque 1985, la valeur des exportations est alors de 349 millions de Dirhams.
    En 1991, les exportations de tapis représentaient seulement 341,8 millions de Dirhams. Pourtant, sur l'ensemble des produits artisanaux exportés, le tapis occupe la part la plus importante. Cette part est de 55,8%..

    Beaucoup d'entreprises auraient fermé selon les professionnels, certaines auraient trouvé d'autres voies. C'est le cas en particulier de Manucarpet créée en 1973 et qui destinait la totalité de sa production au marché allemand. Dès 1979, la société réduit de 10 fois sa production. Actuellement Manucarpet produit 500m2 par mois. Les tapis sont destinés pour 50% au marché local et notamment aux décorateurs, aux architectes et aux particuliers. L'employé de société visite les lieux où le tapis sera posé et conseille à son client le modèle (couleur, motifs...). L'autre moitié de la production est exportée sur la France vers les boutiques privées de décoration.

    Le marché allemand reste le principal importateur mondial de tapis. A une époque, les Marocains y exportaient 70% de l'ensemble de leur production qui était de 2 millions de m2 par an. Cette quantité ne représente que 6% de la capacité d'absorption du marché allemand. Les importateurs allemands, bien organisés au niveau de leur réseau de distribution, écoulent une partie des importations sur leur marché. Le reste est distribué à travers toute l'Europe, les USA et le Canada. Aussi, certains producteurs qui traitaient avec des importateurs allemands très importants ont commencé à les "court-circuiter". Ils ont traité directement avec les détaillants. Les importateurs structurés se sont retournés vers le Népal qui, lui, ne traite qu'avec eux. Il y a une dizaine d'années, les importateurs allemands ont pourtant proposé aux producteurs marocains la signature d'une convention dans laquelle ces derniers s'engageraient à ne plus les court-circuiter. Cette convention est restée lettre morte.

    Les principales causes, avancées par certains producteurs marocains pour expliquer la baisse de la demande allemande, sont la non-qualité et les prix pratiqués. L'Association des Producteurs de Tapis a demandé au Ministère de fixer un prix plancher de 50 Deutchmarks, en dessous duquel l'estampillage ne peut être effectué. Ce prix de 50 Deutchmarks a été établi en fonction de la qualité des matières premières nécessaires et du coût auquel le fabricant peut produire un tapis de bonne qualité. Ce prix était de 75 Deutchmarks et a été révisé à la baisse alors que le prix des matières premières n'a cessé d'augmenter.

    Flocatti

    Il est notoirement rapporté que certains producteurs produisent des tapis à 30 Deutchmarks. Par la délégation de l'artisanat chargée de l'estampillage ils reçoivent un certificat attestant une "qualité supérieure". Cette pratique ternit l'image du tapis marocain puisque le tapis certifié "qualité supérieure" est en réalité de qualité ordinaire. Cette pratique porte également préjudice aux producteurs qui fabriquent des tapis dans les normes. De ce fait, l'ensemble des producteurs accusent les services chargés de l'estampillage de ne pas effectuer un contrôle sérieux. Ces derniers souhaiteraient même que l'estampillage disparaisse. Pour conforter cette position, ils expliquent que dans nombre de pays, cette pratique ne s'effectue plus.

    Ce point de vue n'est pas partagé par la Direction de l'Artisanat. "Si nous laissons les producteurs assumer seuls cette responsabilité, au bout de quelques temps, nous verrons certains fabriquer des chiffons", estiment les pro-estampillages. Ils citent le cas d'un genre de tapis grec, le "flocatti", qui avait beaucoup de succès sur le marché allemand notamment. Puis, il fut décidé de le libérer de la formalité de l'estampillage. Ce genre de tapis a fini par devenir un chiffon avant de disparaître complètement.

    Contrôle a posteriori

    Cependant, le Ministère conscient de l'insuffisance des effectifs affectés à la vingtaine de délégations régionales a soumis aux producteurs une solution qui les fait participer au contrôle. Il y a deux ans, le Ministère a proposé de fournir aux producteurs de tapis des imprimés de signalisation de leur production. Le producteur devra indiquer sur l'imprimé la qualité, le poids, le nombre de noeuds, la hauteur de la mèche, le genre...etc. L'agent aurait de la sorte à réaliser un contrôle a posteriori. Là encore nombre de producteurs n'ont pas voulu adhérer à cette solution: ils se disent "très sceptique" quant à la vérité des renseignements qui pourraient figurer sur les formulaires.

    Naïma HADER

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