×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Entreprises

    L'informatique concertée : Une démarche pour reprendre le contrôle des systèmes

    Par L'Economiste | Edition N°:48 Le 08/10/1992 | Partager

    Par Omar Drissi Kaïtouni, Docteur en informatique

    L'informatique a dépassé la phase d'euphorie. Elle entre dans celle des doutes. Le développement des systèmes a lieu par des réfections successives, qui parent au plus pressé, au point où leur cohérence, leur maîtrise sont menacées. Les méthodes des grands constructeurs inspirent une démarche globalisante, stratégique, en faveur d'une "informatique concertée".

    Si l'on ne doute plus guère de ce que, pour l'économie et la société dans leur ensemble, les avantages de l'informatique l'emportent assez largement sur les contraintes et les coûts qu'elle entraîne, il n'en demeure pas moins, dans l'esprit de certains dirigeants de telle ou telle entreprise ou organisation, des questions qui n'ont pas encore reçu de réponses satisfaisantes:
    L'informatique est-elle utilisée à bon escient? En retire-t-on tout le bénéfice escompté? Qui doit décider des domaines où l'informatique est nécessaire? Sur quelles bases? Quelles mesures prendre pour que son utilisation se développe de manière ordonnée et à un coût acceptable? Comment tirer le meilleur parti des techniques sans être abusé par de trompeuses séductions? Pourquoi les utilisateurs et les informaticiens se comprennent-ils souvent si mal?...
    Ces interrogations, et quelques autres, sont bien sûr aussi anciennes que l'informatique elle-même. Les perfectionnements constants des moyens techniques, le foisonnement des opinions et des idées en la matière, sans parler des intérêts respectifs et parfois divergents des partenaires concernés -gestionnaires, utilisateurs, informaticiens, fournisseurs etc.- expliquent en bonne partie pourquoi les réponses, lorsqu'il s'en trouve, ne valent que pour les cas d'espèce.
    Faut-il dès lors laisser les choses suivre leur cours incertain? Se résigner à n'avoir plus guère prise sur des choix tôt ou tard inéluctables? Subir passivement une informatisation coûteuse et frustrante? Refuser tout nouveau développement pour enrayer la confusion?
    Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain!

    L'explosion des utilisations de l'informatique depuis plus de trente ans ne s'est produite ni par hasard, ni dans l'ignorance. Elle a été due, de toute évidence, à ses puissants apports en matière de productivité et de qualité et, par ailleurs, aux talents, à l'imagination et à la persévérance des spécialiste et des utilisateurs qui ont oeuvré à son perfectionnement.

    L'histoire de ce développement dans telle entreprise ou telle organisation se calque la plupart du temps sur celle de l'informatique en général. Au début, le remplacement par des machines d'un personnel d'exécution occupé à des tâches répétitives a constitué un profit directement chiffrable. Economies de temps, de personnel, de place et... d'erreurs, les avantages étaient volontiers admis et recherchés. On traversait alors les phases d'initiation puis d'expansion, selon le schéma d'évolution désormais bien connu de Nolan et Gibson.

    Peu à peu les améliorations qualitatives, très tôt observables, ont compté davantage dans les choix d'applications: contenu et pertinence des informations, délais, présentation, accessibilité, fiabilité, etc... Les aptitudes croissantes des ordinateurs à gérer les données en masse et à les traiter de manière raffinée et rapide suggérèrent des utilisations plus élaborées fondées sur les possibilités d'accès à des bases de données au travers de réseaux et de terminaux. Les besoins des managers en matière de résultats de synthèse, en projections et autres informations décisionnelles purent dès lors être pris en considération. On entrait alors dans la troisième phase décrite par les auteurs cités plus haut, celle de la prolifération des utilisations de l'informatique. Celle aussi, malheureusement, de l'explosion des budgets, des doutes, des remises en question: des réalisations existantes... voire des responsables de l'informatique.

    Conflit aigu

    En effet, si la qualité des moyens techniques et, en général, humains est allée s'améliorant, on ne saurait en dire autant des processus de planification et de décision mis en oeuvre pour s'assurer de la légitimité économique et pratique des solutions envisageables et de leurs conditions de réalisation. L'informatique était de plus en plus perçue comme allant de soi, promue qu'elle était par le retentissement de ses conquêtes et par l'aura des technologies spectaculaires qu'elle mettait en oeuvre. En fait, comme cela s'est produit dans d'autres domaines, le succès rapide, l'engouement, ont été accompagnés par une certaine perte de contrôle de la relation entre la valeur et les coûts. Il faut bien réaliser que les multiples interactions entre traitements, données, équipements, etc. provoquées par les rapprochements et les combinaisons des applications entre elles ont fait croître la complexité de manière exponentielle. La plupart des questions évoquées au début de cette discussion sont nées de ce genre de dérapages.

    Bien que trop d'entreprises et d'organisations vivent aujourd'hui encore en état de conflit plus ou moins aigu avec leur informatique, chacun pressent que la situation est loin d'être bloquée. D'une part, les potentiels technologiques demeurent immenses et, surtout, le rôle de l'informatique dans le développement des aptitudes concurrentielles des entreprises et de l'efficacité des organisations n'est plus à démontrer.

    Le système d'information

    Les entreprises ou organisations sont des systèmes ayant leurs finalités propres et fonctionnant dans un milieu donné. Les relations entre leurs instances de décision, leurs instances d'exécution et le milieu externe sont matérialisées par leur système d'information (SI). Celui-ci peut être défini comme "l'ensemble des moyens techniques, humains et organisa-tionnels permettant de générer, stocker, communiquer et traiter l'information". Ses fonctions doivent pouvoir être activées en temps et lieux opportuns, et son coût doit rester compatible avec les moyens financiers de l'organisme considéré.
    Son rôle est donc essentiel et l'informatique sous toutes ses formes en est l'instrument primordial. Il n'y a donc pas d'autre choix que de se donner les moyens de maîtriser sa complexité, son prix et son évolution. Pour cela, diverses mesures sont applicables:
    - établissement et suivi d'un schéma directeur de l'informatique à moyen-long terme, définissant dans le temps les réalisations à entreprendre et les ressources à mettre en oeuvre;
    - participation des utilisateurs à la définition du contenu de ce schéma en formulant leurs besoins;
    - rattachement du département informatique à un niveau élevé de l'organisation;
    - recherche de la pérennité des solutions techniques afin de préserver les investissements;
    - justification économique des projets;
    - création des structures adéquates pour assurer les relations entre utilisateurs et informaticiens; (commission informatique, comités de projets, groupes d'études, etc.);
    - adoption de méthodes et d'outils d'aide à la conception et à la réalisation d'application, au suivi des projets, à la modélisation des données;- etc.

    Manque d'architecture

    Bien que la nécessité de ces mesures ne soit plus guère contestée, il demeure rare qu'elles soient toutes mises en pratique. Pour y parvenir, il est nécessaire qu'un concept global du système d'information, suffisamment clair pour être compris de tous les intéressés, soit établi puis agréé par la plus haute instance de décision. Faute de quoi, il paraît illusoire d'envisager d'établir une politique et une stratégie informatiques crédibles. Mais n'en va-t-il pas de même pour toute décision en matière d'investissement important?
    Que faut-il entendre par "concept global"?
    Imaginons un chantier de construction où tous les matériaux, les éléments préfabriqués sont sur place, les machines installées, les ouvriers des divers corps de métiers présents, où les contremaîtres disposent d'un planning et de directives, mais où aucun architecte n'a fourni les plans de l'ouvrage, à part quelques croquis et des indications verbales.

    Il ne viendrait à personne l'idée d'entreprendre la réalisation d'un bâtiment dans ces conditions. C'est malheureusement le contraire qui se produit en matière d'informatisation, lorsque les projets successifs sont lancés sans qu'existe une vue d'ensemble des principales fonctions du SI. Lui aussi, pourtant, ne peut se concrétiser que sur la base de choix d'architectures, non seulement en matière de matériel, de logiciel et de réseaux, ce qui est généralement pratiqué, mais aussi de données et d'applications, qui relèvent de ce que l'on désigne depuis peu par "technologies de l'information" (Information Technologies).

    Une suite de réfections

    On ne peut qu'être surpris de cette inconséquence si l'on songe aux enjeux financiers et pratiques. Mais il faut se rendre compte que les solutions informatiques en vigueur aujourd'hui sont le plus souvent le fruit d'une longue suite d'adaptations et de réfections pratiquées sur des applications de conception anciennes. De plus, on ne le sait que trop, le temps pour la réflexion manque toujours...
    Les informaticiens tentent de trouver des solutions aux problèmes qui leur sont posés de toutes parts: modifications, améliorations, corrections, avec souvent l'impression de toujours parer au plus pressé, sans vision à long terme. Ils éprouvent fréquemment le besoin de proposer eux-mêmes des projets plus ou moins adéquats face aux carences de l'expression et de la compréhension des problèmes réels. Il paraît injuste de leur en faire grief. Les instruments de l'informatique -matériels et logiciels- sont une chose, les données et informations qu'ils gèrent et véhiculent en sont une autre. Il s'agit là, on l'a vu, d'une ressource vitale pour l'entreprise ou l'organisation.
    De la qualité du système d'information dépend le fonctionnement correct, voire la survie de l'organisme. Il faut non seulement pouvoir enregistrer et conserver toutes les données utiles, mais encore en fournir les assemblages nécessaires à la compréhension, au jugement et à la décision. La sécurité de fonctionnement, la commodité d'utilisation et l'adaptabilité sont par ailleurs des qualités qui sont de moins en moins négociables.

    La logique de ces réflexions conduit naturellement à se poser la question de l'existence d'une démarche qui permette d'infléchir le cours des développements informatiques vers plus de cohérence et de clarté.
    La réponse à la fois positive et concrète peut être fournie par des méthodes souvent dérivées du Business Systems Planning (BSP), pratiqué dès les années 70 par IBM, mais s'appuyant sur des logiciels tels qu'ISMOD (Information Systems Modelization and Architecture, d'IBM), Information Engineering Facility (IEF, de Texas Instruments), tous deux supportant la méthode de J. Martin, ou d'autres encore, plus ou moins appropriés.
    L'emploi de ces logiciels permet de prendre en considération, d'analyser et de corréler un nombre et une variété de facteurs, tel que la représentation de tous les aspects du système d'information et de ses interactions avec l'organisme, qu'il dessert, puisse atteindre à une grande pertinence. En outre, ces logiciels comportent le plus souvent des fonctions intégrées de conception et de réalisation d'application (AGLI: Ateliers de Génie Logiciel Informatisés, ou CASE: Computer Assisted Software Engineering) qui sont en bonne voie de révolutionner la manière de développer les solutions informatiques.
    Pour en revenir au thème central de notre propos, il faut souligner vigoureusement que les méthodes évoquées ici nécessitent, pour être mises en oeuvre, l'adhésion formelle de la plus haute instance de décision à leurs buts et à leurs modalités. Elle requièrent aussi la participation des principaux responsables, brève pour la plupart d'entre eux, à l'analyse critique du système d'information.

    Résultats

    L'analyse diagnostique et la modélisation du système d'information aboutissent aux résultats suivants:
    - établissement d'un "état des lieux" consistant en un inventaire critique de toutes les informations nécessaires aux responsables de l'entreprise ou de l'organisation pour accomplir ou diriger les activités dont ils ont la charge. Les dysfonctions du système d'information sont répertoriées en détail, leurs répercutions locales et générales évaluées et les effets de leur éventuelle suppression simulés et comparés;
    - mise en évidence de l'architecture globale du système d'information, c'est-à-dire de tous les groupes d'activités partageant les mêmes besoins d'informations. Ces ensembles sont constitués de manière à être le plus homogènes et cohérents possible. Correspondant chacun, normalement, à une fonction majeure de l'entreprise ou organisation, on les nomme "système de gestion" (du personnel), des fournisseurs, des finances, des clients, etc.). Les liaisons entre eux sont décrites en termes d'échanges d'informations;
    - détermination des systèmes ou sous-systèmes de gestion critiques du point de vue de l'ensemble de l'organisme. Les améliorations à leur apporter sont définies et évaluées. Un catalogue d'actions et de projets prioritaires à court et à moyen termes est établi, servant de base à une planification.

    Quatre principes

    Toutes les observations, les classifications, les regroupements effectués lors de l'étude sont enregistrés dans une base de données, gérée par un logiciel spécifique. Le contenu de cette base de données constitue en fait un véritable modèle du système d'information, à la fois complet et stable dans le temps, compréhensible et exploitable pour la planification et la définition des projets. Afin qu'il réponde à ces exigences, son contenu et sa structure sont établis selon les principes énoncés ci-dessous.
    1- L'étude vise à relever en détail les relations entre les activités et les informations nécessaires à leur exercice.
    Le fait de prendre les activités comme base pour l'analyse du système d'information peut être critiqué sur le plan théorique (difficulté à les cerner de manière précise, subjectivité, voire manque de discernement de leurs besoins). Il faut cependant, à ce sujet, tenir compte de deux points importants:
    - premièrement, en tant que telles, les principales activités s'exercent de manière durable car elles correspondent aux grandes finalités de l'organisme, même si leurs modalités se modifient peu à peu sous l'effet de l'évolution des techniques ou des changements d'organisation. Cette prise en compte assure donc la pérennité du modèle;
    - deuxièmement, l'implication des responsables des divers niveaux et secteurs de l'organisation est un gage non pas de la totale conformité du modèle -ce qui ne saurait être qu'un but illusoire- mais de son intelligibilité et, par conséquent, de sa capacité à être utilisé lors des décisions et des développements ultérieurs.
    2- Activités et informations portent sur des "objets de gestion" qu'il s'agit également de répertorier, puis de mettre en relation les uns avec les autres.
    Certains d'entre eux jouent un rôle prépondérant dans le fonctionnement de l'entreprise ou de l'organisation et sont de ce fait rapidement et clairement identifiables. D'autres apparaissent lors de l'analyse des besoins d'information recensés.
    La reconnaissance de tous ces objets et des liens existant entre eux sur le plan de leur gestion est déterminante pour la structuration du modèle. Toutes les réflexions sur la modélisation des systèmes d'information convergent aujourd'hui sur ce point.
    3- L'étude s'appuie sur un inventaire et une analyse des besoins d'informations. Ceux-ci sont recueillis auprès des principaux responsables des diverses activités recensées, indépendamment de l'organisation existante.
    4- Toutes les informations demandées sont prises en compte, avec leurs utilisations et leurs origines, qu'elles relèvent ou non d'une informatisation présente ou à venir. Les informations -existantes ou non, accessibles ou pas- sont qualifiées par les intéressés individuellement, ce qui fournit matière à un diagnostic circonstancié de l'état du système d'information, voire de l'organisation.
    Cette méthode qui, nous le répétons, n'a été sommairement présentée que pour illustrer l'intérêt et la faisabilité d'une réflexion globale, permet d'atteindre trois objectifs: diagnostic-modélisation-aide à la planification du système d'information. Poursuivis avec clairvoyance et détermination, ils conditionnent la maîtrise des innombrables possibilités de l'informatique.

    O.D.K.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc