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    Economie

    Sucre et huile: La libéralisation biaisée

    Par L'Economiste | Edition N°:271 Le 13/03/1997 | Partager

    Forte tension chez les huiliers et les sucriers. L'édifice sur lequel repose la libéralisation est inachevé. L'Administration joue à cache-cache sur le dernier volet, à savoir la liberté des prix et des marges.


    Péril en la demeure pour les trois principales denrées (céréales, sucres, oléagineux) libéralisées depuis un peu moins d'une année. Les filières sucrières et oléagineuses sont confrontées à une libéralisation inachevée. Le 6 mars 1997, une correspondance du Ministère de l'Incitation de l'Economie prie "certaines sociétés sucrières et huilières de surseoir, jusqu'à nouvel ordre, à toute augmentation des prix de vente de ces denrées". Motif: "le contexte politique et socio-économique". Politique égale élections; économique égale problème d'apurement des arriérés de la Caisse de Compensation; social égale sécheresse et sauvegarde du monde rural. Ces sociétés devaient, selon cette correspondance, "réajuster à la hausse leurs prix de vente à partir du 15 mars". Selon un responsable du Ministère, ces hausses devaient varier entre 5 et 11% selon les catégories de produits.

    Libéralisation jusqu'au bout


    La décision arrive comme un coup de semonce. Les opérateurs "croyaient" en la date-butoir du 15 mars suite à la signature d'un accord de modération selon lequel les professionnels s'engageaient à ne pas toucher les prix jusqu'à cette date. En contrepartie, l'Administration devait mettre en place le dernier volet de la libéralisation des prix et des marges par décret. Côté opérateurs, le contrat est rempli. Côté Administration, l'ombre du décret continue de planer.
    En fait, la libéralisation est perçue différemment par les deux parties. Pour les professionnels, une liberté des prix n'implique pas automatiquement une augmentation. "Aujourd'hui, ce qui nous importe le plus, c'est la liberté de réagir en temps réel, la liberté de réajuster la variable prix. Et c'est là le principe même du marché libre", souligne M. Amar Drissi, président de l'Association Professionnelle des Fabricants d'Huile au Maroc. "Nous demandons de respecter un principe sacro-saint de la libéralisation qui est la liberté des prix et la liberté de le faire", ajoute M. Najib Cherkaoui, secrétaire général de cette Association.
    De leur côté, les sociétés sucrières tiennent le même langage. La libéralisation doit aller jusqu'au bout de sa logique, en libéralisant totalement la filière. En revanche, le Ministère ne voit pas cette libéralisation des prix du même oeil. L'Administration compte bien garder la mainmise sur les prix. Or, le principe même de la libéralisation est de laisser aux entreprises la liberté de gérer dans un environnement concurrentiel.

    Anti-compensation


    La libéralisation, en place donc depuis moins d'un an, a été menée selon les professionnels sans concertation aucune quant aux modalités d'application pratiques. Un préalable: l'assainissement du passé afin de permettre aux entreprises de démarrer avec une situation financière saine. Aujourd'hui, l'apurement des arriérés de la Caisse de Compensation n'a pas été respecté. Des retards sont encore enregistrés. Pour la filière des huiles dans son ensemble, le montant des arriérés s'élève à ce jour à près de 850 millions de DH. Ce montant intègre le reliquat au titre de l'ancien régime qui s'élève à 100 millions de DH, les arriérés de compensation générés par le nouveau système avec des retards de quatre mois, soit un peu plus de 700 millions de DH et les régularisations des forfaits de trituration et de raffinage pour les années antérieures de plus de 50 millions de DH. Ces retards de paiement grèvent lourdement la trésorerie des entreprises, et le Ministère en est conscient.

    Pour leur part, les sociétés sucrières se disent anti-compensation et souhaitent que l'Etat se désengage. Pour elles, ce système de compensation, même revu, fausse la logique des prix. La compensation paye la mauvaise gestion des sucreries. Il s'agit en réalité de démystifier le caractère social du sucre, dont le prix comme pour l'huile n'a pas connu d'augmentation depuis 1986. Par ce jeu de compression des prix, une surconsommation de sucre existe: 30kg/an/personne contre 11,6 kg dans les pays développés. Pour les huiles, la consommation oscille entre 11 et 12 kg/an/habitant.
    Même si elle est jugée hâtive, cette libéralisation est acceptée dans son principe tant par les professionnels que par l'Administration. "Nous aurions aimé un peu plus de cohérence dans le processus", soulignent les opérateurs. Enfin, pour les huiliers, il importe de finaliser rapidement la libération des prix et le règlement final de la compensation, car la restructuration des entreprises et la mise à niveau avec l'Europe exigent que les règles du jeu soient claires et stables. "Nous avons trois ans au maximum pour nous mettre à niveau avec le monde, baisser le prix de revient et construire une alliance de qualité et de responsabilité avec le consommateur", conclut M. Drissi.

    La logique des équivalents tarifaires


    Aujourd'hui, c'est un sérieux problème qui se pose pour les trois filières, peut-être avec plus d'acuité pour les céréales, moins pour le sucre et encore moins pour les huiles. Le véritable impact de la libéralisation pour les huiles et le sucre est la mise en place d'une protection maximale. Celle-ci se traduit au niveau des huiles par une aggravation des charges financières, sans possibilités de répercussion sur les prix de vente. En effet, les équivalents tarifaires entraînent un triplement des droits de douane en amont, soit l'équivalent de 5DH/litre d'huile, et une diminution des marges, alors qu'en aval les prix sont toujours bloqués. Ces mêmes équivalents tarifaires, qui devaient répondre à une logique de protection par un suivi des cours mondiaux par une commission interministérielle, s'essoufflent. Pour les huiles, souligne M. Amar Drissi, "nous sommes branchés sur un marché mondial et nous sommes confrontés à une double incertitude, celle du cours de la matière première et celle du Dollar qui s'est installé dans une hausse structurelle". Ces deux filières restent encore jeunes et fragiles. Pour les encourager, l'Etat les a placées entre les mains d'entreprises solides, qui se retrouvent aujourd'hui piégées par une position de quasi-monopole. En effet, l'autosuf-fisance alimentaire a toujours constitué l'un des axes fondamentaux de la stratégie de développement du pays. En matière d'huile, l'autosuffisance atteint 35 à 40%, et pour le sucre, elle va jusqu'à plus de 60% durant les bonnes années.

    En dépit des défaillances du système, un équilibre est trouvé avec le monde rural par le biais du développement d'un partenariat. "Malgré les difficultés et le manque de visibilité, nous avons cette année garanti, à l'amont agricole, un prix de vente aux producteurs de tournesol de 4.100 DH la tonne, et nous nous sommes engagés à acheter la totalité de la récolte", indique M. Drissi. Pour le sucre, la filière a créé un véritable réseau de solidarité tant en amont qu'en aval.o

    Fatima MOSSADEQ & Meriem OUDGHIRI

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