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    Economie

    Le Maroc et l'inimitable humour british

    Par L'Economiste | Edition N°:271 Le 13/03/1997 | Partager

    La grande interrogation des Anglo-Saxons à notre endroit est de savoirsi «l'exception marocaine» va se terminer selon le modèle tunisien ou selonle modèle algérien, ou bien va réussir à trouver en elle les ressorts du rebond.


    Passer deux jours à observer comment les analystes de banques londoniennes ou du Foreign Office travaillent et fondent leurs conclusions est une expérience irremplaçable qu'il faut bien sûr partager avec les lecteurs de L'Economiste. Dans le Maghreb, ce qui passionne ce petit monde londonien et qui influencera demain le grand monde, ce sont les évolutions comparées des trois pays. Le modèle algérien, c'est évidemment celui de la guerre civile et du terrorisme où d'ailleurs on ne sait plus si ce sont des groupes intégristes qui égorgent les gens, ou bien des agents de sécurité pour justifier les répressions, ou encore des voisins qui vident une querelle. Dans une telle horreur, et en l'absence d'informations sourcées, tout se dit comme le contraire de tout.

    Le modèle tunisien, c'est un système très organisé et systématique de surveillance de la population pour repérer rapidement l'apparition de groupes dissidents. Classiquement, ce modèle aboutit à geler les initiatives, et en particulier celle qui est la plus importante pour les gens, l'initiative économique. Nous l'avons bien vu au Maroc: en quelques jours, la campagne d'assainissement qui partait avec la meilleure intention du monde a débouché sur le blocage des ports. Encore maintenant, et probablement tant que justice équitable et crédible ne sera pas rendue, peut-être même tant que les responsables des dérapages ne seront pas punis, l'investissement privé non accompagné par l'Etat restera hésitant. En Tunisie, ce qui navre les partenaires économiques et les observateurs politiques, c'est que tout en sachant qu'un système totalitaire affaiblit le dynamisme économique, c'est quand même ce choix-là qu'a fait le gouvernement de M. Ben Ali.
    Jusqu'à présent, l'exception marocaine, dans l'esprit des observateurs, reposait sur l'existence d'une politique de privatisation sans état d'âme, sur l'apparition de zones d'initiatives privées (dont la professionnalisation de la presse est un indicateur majeur à leurs yeux) et sur une présence plus fréquente d'entreprises ou d'intérêts marocains à l'étranger.

    Sens de la constance


    L'ONA, la BMCE, l'OCP et leur patron, très visibles, ont sans doute beaucoup fait dans ce sens, mais figurent aussi des entreprises plus petites et moins médiatisées, sociétés de bourse, du textile, de l'agro-alimentaire, de la pharmacie et de l'ingénierie informatique. Ajoutez quelques peintres, des écrivains, des intellectuels qui n'ont pas leur langue dans leur poche et qui ne sont pas «cornaqués» par une quelconque Administration, et le tour était joué: le Maroc n'est plus seulement un pays préémergent financièrement, il pointe aussi son nez parmi des valeurs universalisées, faites d'initiatives ou d'indépendance d'esprit.

    Mais voilà, initiative il n'y a pas partout. Il y restait ces sempiternelles raideurs que nos interlocuteurs anglo-saxons repèrent avec un chic sans pareil: «c'est très typique vos services de légalisation de signatures, très intéressants, mais à quoi cela sert-il au juste?», «Vous devriez déclarer le Maroc zone protégée, car nulle part ailleurs on ne peut trouver des bureaucrates si compétents pour ne pas faire ce qu'ils disent qu'ils font». Et puis il y a eu les petits glissements, pas grand-chose, mais assez pour alerter ces gens: «Vous avez le grand sens de la constance, je suis venu l'année dernière et votre ministre a dit exactement la même chose, son contradicteur aussi d'ailleurs». Nous avons été étonnés, mais pas les observateurs anglais, de voir qu'à quelque temps de là les privatisations se sont ralenties, que le gouvernement a placé les sun-lights sur les investissements de quelques grandes entreprises internationales en laissant dans l'ombre les effets de cette malheureuse campagne d'assainissement, que les entreprises publiques reparlent de spécificités et d'exceptions, que les «étiquettes sociales» sont revenues en force dans le déficit budgétaire... et surtout que les compétences du Ministère de l'Intérieur se sont étendues. Pour un analyste britannique, pas de doute, c'est le modèle tunisien qui s'installe au Maroc. «Vous avez de la chance d'avoir un Ministère et un ministre aussi dynamiques, capables de faire autant de choses que les autres ne font pas». Inimitable british humor.

    Nadia SALAH

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