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    Nouveau procédé pour le cobalt de Bou Azzer

    Par L'Economiste | Edition N°:308 Le 11/12/1997 | Partager

    De notre envoyée spéciale à Bou Azzer et Guemassa, Nadia SALAH

    C'est avec un procédé-maison que l'ONA a l'intention de se tailler une part de 4 à 5% du marché mondial du cobalt en y mettant des cathodes de cobalt pur à 99,9%.


    «Ce sont les meilleures du monde». Les techniciens et ingénieurs de Cobalt Metallurgie Bou-Azzer n'en sont pas peu fiers de leur procédé-maison, mis au point par Reminex, autre filiale de Managem, la holding minière de l'ONA.
    A Bou Azzer même, la CTT (Compagnie de Tifnout Tiranimine, le plus vieille exploitation minière du pays) continue d'exploiter les mines proprement dites de cobalt. La Cobalt Metallurgie Bou-Azzer, créée en 1992, s'occupe des rejets. Elle travaille sur le site d'ex-ploitation et aussi à Guemassa. C'est elle qui exploite le nouveau procédé industriel. Au départ, il y a dix ans, personne ne croyait qu'il y aurait au Maroc la possibilité d'inventer un procédé pour réexploiter les rejets de cobalt.
    Les hommes du groupe ONA racontent comme une aventure personnelle leurs pérégrinations auprès de la poignée d'entreprises de par le monde détenant un procédé de valorisation des haldes (rejets): «On a vite compris que personne ne nous vendrait jamais rien. Celui qui a un procédé le garde pour lui, c'est la règle». En plus, ils ont été vexés de l'accueil condescendant auprès des géants de la recherche.

    Cobalt pur à 99,9%


    Ce vendredi 5 novembre à Guemassa, à une quarantaine de kilomètres au Sud de Marrakech, l'inauguration officielle de leur usine de valorisation sonnait comme une réhabilitation-consécration de leurs compétences à leurs propres yeux. Ils sont entrés dans le monde fermé des techniques de valorisation, avec leur procédé d'hydrométallurgie.
    Le procédé SX/EW, selon la terminologie scientifique, permet en deux étapes d'obtenir des cathodes (sorte de lingot) de cobalt pur à 99,9%. SX/EW de Bou Azzer est breveté au niveau international et les scientifiques de Reminex pensent que leur nouvelle compétence en hydrométallurgie servira de base à d'autres développements: «Ce sont de nouveaux métiers qui sont en train de naître», explique M. Rachid Benyakhlef, qui avait été chef de projet à Guemassa et qui s'occupe maintenant de toute la partie recherche et développement du Pôle Mines de l'ONA. Mais les scientifiques ne veulent pas en dire davantage.
    Déjà en 1992, alors qu'ils travaillaient sur le procédé et qu'ils avaient déjà obtenu des résultats «encourageants», ils ne voulaient pas en parler(1). Dans le domaine de la recherche appliquée, personne ne donne beaucoup de détails: ils valent peut-être de l'or. En tout cas, leur réussite industrielle dans l'installation BA-1(Bou-Azzer 1) leur a donné des ailes: ils ne jurent plus que par la recherche &dévelopemment(2). Le groupe ONA met depuis 10 millions de DH par an pour la R&D des mines. Les travaux concernent la valorisation des concentrés et des rejets de Guemassa, des rejets d'Imiter, le traitement de l'or de Akka, un nouveau procédé de production d'oxyde de zinc...

    A Guemassa, un autre investissement, BA-2 est en cours, qui arrivera à maturité fin 1999. Au total les deux unités produiront environ 900 tonnes de cobalt pur. Ceci représentera entre 4 et 5% du marché mondial du cobalt, obtenu à partir des anciens rejets de la mine de cobalt de Bou Azzer. Ces rejets accumulés depuis le début de l'exploitation de la mine en 1928, étaient réputés stériles, car de trop faible teneur (0,4%). Grâce à la mise au point du nouveau procédé, ils sont concassés, concentrés une première fois sur le site de Bou Azzer même. Les concentrés à 10% sont transportés à Guemassa pour être purifiés puis, par électrolyse, est obtenue la fameuse cathode de cobalt pur à 99,9%.
    Le potentiel traitable entassé à Bou Azzer depuis les années 30 est d'un million de tonnes. L'investis-sement sur BA-1 a été de 135 millions de DH et sur BA-2 il se montera à 240 millions de DH.

    (1) Cf L'Economiste des 3, 10 et 17 décembre 1992.
    (2) Les techniciens et ingénieurs du Pôle Mines sont très actifs dans l'Association R&D, dont M. Benyakhlef est le président délégué: ils veulent faire partager leur méthode avec d'autres entreprises. Les premiers essais de valorisation des haldes de cobalt de Bou Azzer ont été menés entre 1968 et 1991, par les compagnies d'exploitation, à l'époque CTT, le BRPM, le BRGM (France) et l'Université de Liège (Belgique). Les résultats avaient été divers, mais ils avaient ancré l'idée selon laquelle les recherches aboutiraient tôt ou tard à un procédé rentable.


    Au milieu de nulle part: La mine et les vipères à cornes


    Les mineurs devraient intenter des procès en réhabilitation: Le trop grand talent d'écrivains comme Zola, Marquès ou Orwell continue à la veille du XXIème siècle à marquer d'infamie une activité qui n'est plus du tout ce qu'on en dit encore.


    Cela commence comme un flash sur la route de Bou-Azzer: une femme, modestement habillée, descend d'un autocar et malgré ses vêtements d'hiver, il est visible qu'elle n'a qu'une main. Puis un autre flash. Cette fois, c'est un homme seul, qui marche au milieu de nulle part. Sa démarche n'est pas tout à fait habituelle: on dirait qu'il lui manque un bras. Sur une si petite population dans la région, comment se fait-il qu'il y a deux adultes qui ont perdu un membre? Explication simple et horrible. Il y a beaucoup de vipères à cornes dans la région. C'est l'un des reptiles les plus dangereux, mortels si l'intervention n'est pas rapide. Or avant le développement de la mine par la Cobalt Metallurgie Bou-Azzer (CMBA), filiale de l'ONA, il n'y avait pas de moyen de sauver un enfant mordu par une vipère à cornes, que de l'amputer du membre blessé. Depuis que la mine s'est développée, qu'une route a été construite par la société minière, un gros dispensaire a été installé, capable de donner du sérum aux enfants mordus. On ne les soigne plus en les amputant. Certes, le dispensaire est celui de la CMBA, mais il n'est pas réservé aux mineurs et à leur famille. Il travaille pour tout le monde. Depuis vingt ans, les enfants, aussi imprudents que l'étaient leurs parents au même âge, ne sont plus amputés pour cause de vipères à cornes.

    C'est un effet totalement inattendu de l'exploitation minière qui ne se voit pas dans le PIB du Maroc, mais qui est essentiel.
    C'est une tente en feutre de laine, comme les nomades savent les faire. Mais autour de la tente, une grosse haie en branchages d'épineux interdit l'accès aux animaux domestiques. Sont ainsi protégés la tente mais aussi cinq ou six sillons où poussent des légumes. C'est probablement la dernière famille nomade de la région qui vient de s'installer car à côté de la tente sèchent des parpaings de terre, bien alignés. Ils serviront dès la fin de l'hiver à construire une petite maison d'une pièce et peut-être le début d'une étable. En abandonnant, il y a une quinzaine d'années, le système de la cité minière et en poussant ses employés à s'installer dans la petite ville de Taznakht, la CMBA a changé les données socio-économiques de la région. Au lieu de créer un monde autarcique tel que le sont les cités minières, la nouvelle politique met en jeu des mécanismes économiques très différents. Les revenus distribués par la mine vont maintenant s'inclure dans des réseaux locaux. Ce faisant, ils développent ces réseaux. Là où légumes, viande... étaient «importés» d'autres régions, ils sont produits par les familles de la zone. Celles-ci entrent alors dans le système de la production marchande et élèvent à l'évidence leur niveau de vie. Le reste est à l'avenant. A Taznakht, 62% de la population active exerce une profession indépendante, le taux de chômage est en dessous de ceux de la région de Ouarzazate et le taux de scolarisation surtout des filles est nettement meilleur.

    Le danger est évidemment l'épuisement de la mine, avec ses images de villes mortes popularisées par la littérature et le cinéma. «C'est plus théorique que réel», explique M. Abaro, responsable du Pôle Mine de l'ONA, qui justement a commencé sa carrière comme ingénieur dans la région de Bou-Azzer. «Ce qui se passe, c'est que le réseau marchand déborde vite des besoins de la mine et se branche sur d'autres activités qui ne dépendent plus d'elle». Donc, si la mine s'épuise, l'économie locale aura une crise forte mais ne disparaîtra pas totalement. Autre avantage, mais pour la mine cette fois: la crise ne sera plus de son ressort exclusif.
    Deuxième différence entre la théorie et la réalité: l'exploration minière. L'expérience de la «bouton-nière» de Bou-Azzer montre que la recherche systématique des gisements est rentable. Des puits se ferment, d'autres s'ouvrent. Ils se déplacent, sans déplacer avec eux une cité, puisque le pôle socio-économique est devenu indépen-dant, à Taznakht.

    Nadia SALAH

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