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    L'OCP lance un investissement de 2,2 milliards de DH

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    Avec son partenaire indien, l'OCP vient de lancer ce qui sera le plus gros investissement industriel de la fin du siècle.


    La Proparco, l'organisme spécialisé de la Caisse française de Développement (qui s'est réorienté depuis 18 mois vers des prêts et vers le secteur public) vient d'approuver, le 24 novembre, un prêt de 220 millions de FF (358,6 millions de DH) en faveur de l'OCP. Le contrat sera signé au cours de ce mois. Le montant ira au financement du programme déjà lancé en partenariat avec l'Inde, IMACID. Cette société mixte vient d'être juridiquement constituée avec un versement du quart du capital, dont le total sera de 65 millions de Dollars (617,5 millions de DH).
    Négocié depuis plusieurs mois, l'accord formel de l'OCP avec l'Inde remonte au printemps dernier. Le principe est d'investir, au Maroc, sur une capacité additionnelle de production d'acide, mais en partenariat à 50/50. L'Office Chérifien des Phosphates y voit une manière de sécuriser un marché, important pour lui et qui, dans les années 80, avait été à l'origine de plusieurs déboires. Inversement, Chambal du groupe indien Birla cherche une sécurité d'appro-visionnement. Cette stratégie est celle des alliances pratiquées systématiquement par M. Mourad Chérif, depuis son arrivée à la tête de l'OCP il y aura bientôt trois ans.

    De son côté, et avant même que la société mixte n'ait été créée, l'OCP avait commencé les travaux à Jorf Lasfar. Dragados et GTR (Grands Travaux Routiers) ont entamé le génie civil (35 millions de DH) d'une unité qui devra commencer à produire en 1999. L'investissement est de 230 millions de Dollars (2,185 milliards de DH), ce qui sera, sans aucun doute, le plus gros investissement industriel de l'année 1998. La BNP, via sa filiale BMCI-Off-Shore apportera 50 millions de Dollars (475 millions de DH). Le reste du financement, 501 millions de DH (316 millions de FF environ), «pourra être pris sur la ligne d'un milliard de FF signée cet été» confie M. Chérif qui, sibyllin, ajoute «entre autres possibilités de financements». Poussé dans ses retranchements, il explique que «l'OCP se trouve aujourd'hui dans une situation où ce n'est plus lui qui va chercher les financements, mais ce sont les banquiers qui offrent leurs services». Evidemment, l'Office en profite pour tenir la dragée haute à ses bailleurs de fonds, ce qui veut dire des conditions financières «intéressantes» et des modalités «imaginatives».

    Il est un fait que la ligne d'un milliard de FF, signée le 31 juillet dernier, a suscité bien des remous dans le monde de la banque internationale. Le chef de file en est la Société Générale française, qui est un nouveau venu dans les financements-OCP. Sont sur la ligne Paribas, la BNP, la BMCE-Paris et la BCM-Paris. Cette arrivée a d'ailleurs provoqué la colère des banquiers traditionnels. Colère qui s'est amplifiée à l'annonce d'une ligne de 230 millions de FF offerte par la Société Générale seule, le 14 octobre dernier. En tout état de cause, peu de banquiers avaient jusqu'ici fait les liens entre les divers projets, locaux ou internationaux de l'Office, pour en deviner les principes financiers et agir en conséquence. L'onde de choc, passant par Paris, est allée jusqu'à Londres.


    Numéro 1 toutes catégories


    M. Chérif trouve qu'il est trop tôt pour parler des résultats d'exploitation de l'année 1997. Néanmoins, il compte que le Maroc va devenir le premier exportateur mondial de phosphates sous toutes les formes possibles, devant les Etats-Unis. L'OCP détiendra probablement cette année 30% du marché mondial global, deux points de plus qu'en 1996. La progression physique de 1997 par rapport à 1996 sera de 11,5%, tandis que la progression en chiffre d'affaires aura été de 13,4%. Le différentiel montre que l'effet-prix reste faible par rapport à l'effet d'accroissement des livraisons.
    Pour le phosphate brut, «un produit qui a encore de l'avenir», l'OCP, grâce aux fournitures à l'usine de Grand Couronne en France, aura exporté 11,5 millions de tonnes. Il détiendra 40% du marché, contre 34% l'année dernière, l'offre américaine s'étant amenuisée entre-temps. Pour l'acide phosphorique, l'Office pense réaliser un «record historique» avec 1,7 million de tonnes exportées, ce qui portera sa part du marché mondial à 50%.


    Le retournement financier


    La position internationale de l'OCP a changé du tout au tout en quelques années, sous la pression de trois événements.
    D'abord le Maroc en tant que tel est redevenu fiable: il n'y a plus de risque de mélanges des genres entre les entreprises publiques et le Trésor tandis que l'Etat se comporte comme un payeur sûr. Il est fiable tant avec ses propres échéances qu'avec celles qu'il avait garanties pour le compte des entreprises publiques. Ces dernières ne sont pas minces, puisque le tiers de la dette publique accumulée par le Maroc venait des entreprises publiques.

    Le deuxième point est l'assainissement des propres finances de l'OCP. Deux points confortent les bailleurs de fonds, la recapitalisation de l'Office en 1995 et le début de transparence. L'OCP commence à fournir à ses partenaires des comptes plus sûrs. Il promet même de les fournir certifiés par Ernst&Young (associé du cabinet de M. Joseph Barzilay) dès l'année prochaine. Dans les années 80, il en allait autrement. Les relations avec les banquiers comme avec les fournisseurs étrangers passaient par des batailles épiques sur la garantie que l'Etat marocain, ou l'Etat de l'entreprise fournisseur, devaient ou ne devaient pas donner sur tel ou tel projet. In fine, plusieurs programmes ne sont pas sortis des cartons, faute d'avoir trouvé un arrangement financier ad hoc. Parmi eux, figurent les deux grands Maroc Phosphore V et VI, mais aussi des projets plus petits comme des extensions de sites.

    Enfin, troisième élément de poids dans le renversement de tendance financière, le retour réel d'un marché des phosphates en croissance. L'inversion de la courbe de la demande mondiale, logique sur le papier depuis la fin des années 80, s'est produite plus tardivement et plus lentement que prévu. Les progressions mondiales ne sont pas foudroyantes, mais elles sont là.
    Pour être juste, il faut ajouter au tableau financier l'existence d'un mouvement mondial. Le système bancaire international est redevenu offreur de services, ce qu'il n'était plus pendant les quinze dernières années. Maintenant, il a avalé les mécomptes des défaillances des années 80 et fait d'heureux profits sur les rééchelonnements en série. Le mouvement est sensible depuis le printemps dernier. Enfin, la disparition de l'eldorado asiatique pousse à un déplacement de l'offre vers des pays moins brillants mais plus sûrs comme le Maroc.

    Nadia SALAH

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