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    Politique Internationale

    Livres : La difficile avancée des Maghrébines

    Par L'Economiste | Edition N°:117 Le 17/02/1994 | Partager

    Zakya DAOUD,
    Féminisme et politique au Maghreb.
    Soixante ans de lutte,
    Eddif Maroc 1993.

    ZAKYA Daoud a marqué l'histoire du journalisme au Maroc où elle a été rédactrice de la revue Lamalif de 1966 à 1988. Elle revient aujourd'hui avec un livre, synthèse d'un minutieux travail d'information et de réflexion accompli durant ces années: "Féminisme et Politique au Maghreb. Soixante ans de lutte", paru aux éditions Eddif à la fin de 1993.

    Piégées

    Dans cet ouvrage, Zakya Daoud parcourt l'histoire du féminisme depuis 1930 dans les trois pays du Maghreb, où elle le montre l'évolution des femmes s'opère différemment. Cependant, elle discerne une similitude fondamentale à travers cette variété - exprimée en grande partie par le fait qu'elle traite séparément des cas de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc. "Moins qu'ailleurs, au Maghreb, il y a autonomie du féminin par rapport au politique ", écrit-elle dès l'introduction, où elle trace les axes de sa recherche et de ses résultats. "La lutte des femmes est étroitement dépendante de l'évolution historique, des conditions respectives dans les trois pays, de leur colonisation et de leur décolonisation et de leurs évolutions différentes depuis les indépendances".

    Ainsi, elle retient les grandes lignes de I ' évolution des femmes dans les sociétés du Maghreb, patriarcales comme du reste le demeurent les sociétés méditerranéennes. Si la Tunisie se caractérise par l'avance des Tunisiennes, celle-ci a été recherchée et toujours récupérée par les "raisons politiques ", depuis la remise en cause de l'ordre établi par les actes provocateurs (dévoilement et prises de position individuelles) de Manoubia Ouertani, Najet Ben Othmane et Habiba Menchari. Ce fut ensuite le procès de la société traditionnelle qui valut à Tahar Haddad son expulsion de l'université, puis la reprise en main du mouvement par le Néo-Destour mené par Habib Bourguiba. A travers "avancées et dilemmes", le féminin étant "garantie de la stabilité sociale", le féminisme s'ouvre aujourd'hui sur un malaise "d'autant plus profond que les islamistes n'ont pas fait que canaliser les frustrations sociales: ils ont aussi posé 1a question de l'identité" ravivée par la guerre du Golfe.

    Enjeu incontournable de l'évolution sociale, les femmes en Tunisie peuvent se sentir "piégées". En Algérie, elles vivent le drame quotidien. "La plongée dans l'histoire relativement récente du peuple algérien est une plongée dans le tragique, Un tragique dont les femmes, gardiennes de la tradition. dominées par des dominés, subissent la plus lourde part", écrit Zakya Daoud. Les Algériennes ont été le fer de lance d'une certaine évolution du pays voulue par le colonisateur, symboles aussi du rejet de la même idéologie qui violentait le pays. Elles ont pris le maquis, puis lors de l'indépendance, ont rejoint leur foyer, victimes du double langage du FLN, de la nécessité pour le président Ben Bella de concilier traditionalistes et progressistes, "socialisme et Islam". Entre 1965 et 1988 se situe une véritable régression, marquée par la puissance des mères, l'aliénation des hommes comme le note alors à juste titre Fadéla M'Rabet. Le code de statut personnel codifie les moeurs patriarcales. La situation économique et sociale s'aggrave, jusqu'à la révolte populaire d'octobre 1988 qui profite au FIS, instaurant une rupture profonde. "Après la nuit d u FLN, est-ce que les femmes algériennes vont entrer dans la nuit du nouveau HCE? ", interroge Zakya Daoud.

    Au Maroc, les femmes aussi ont participé à la résistance au Protectorat. Une évolution est induite par la politique menée par feu Sa Majesté Mohammed V. Mais, au Maroc, dit Zakya Daoud, les choses changent et ne changent pas, à la fois. Ou plutôt, sous un couvert réformiste, voire conservateur, des avancées décisives peuvent se dessiner: ce qu'elle appelle "la stratégie d 'évitement des Marocaines".

    Patriarcat méditerranéen

    Désillusions, désarroi se font jour après 1965: "c'est un long hiver qui commence pour la question féminine et pour les idéaux de l'indépendance auxquels elle est liée". Sans doute. De 1965 à 1985, "en surface, 20 ans de creux, d'évitement, mais en profondeur, un bouillonnement, une maturation...". Alors les potentialités explosent: les associations fleurissent, les Marocaines se lancent dans la politique, réclament une réforme de la Moudawana, contestent. "L'histoire tourne: elle est partout, et surtout au Maroc, un perpétuel recommencement".

    De ces soixante années de lutte des femmes, on pourrait peut-être, entre autres choses, retenir quelques idées développées ou abordées par Zakya Daoud. L'omnipotence du patriarcat est un phénomène méditerranéen. L'lslam n'est pas mis en cause, mais son "appropriation par des groupes sociaux et politiques ". A l'instar de l'écrivain algérien Rachid Mimouni, Zakya Daoud rejette le caractère religieux de l'islamisme. Par ailleurs, les luttes féministes sont liées à une crise de l'Etat qui, dit-elle, n'a pas trouvé de relève pour "dire les normes" après les indépendances: d'où confusions et ambiguïtés. L'islamisme serait alors "l'alterface du féminisme", où les femmes islamistes rempliraient une fonction particulière, car ce sont, selon l'auteur, ''des femmes en puissance d'affirmation ", leur projet n'étant pas de régression mais plutôt "d 'égalité " avec les hommes "dans la séparation".

    Enfin, ces soixante années de lutte prouvent, s'il en est besoin, contrairement à l'image facile couramment répandue, que les femmes du Maghreb n'ont jamais été soumises, et les amènent aujourd'hui à approfondir leur solidarité avec l'ensemble de la société.

    Thérèse BENJELLOUN

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