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    Tribune

    Les politiques doivent revoir leur discours

    Par L'Economiste | Edition N°:301 Le 23/10/1997 | Partager

    par Mohamed DAOUDI(*)

    Les élections se succèdent mais le discours et les thèmes de campagnes n'évoluent pas: scolarisation, arabisation, emploi, etc... Et si l'on s'inspirait de l'Ijtihad pour résoudre nos problèmes?


    Nous sommes à la veille du lancement des législatives, cette fois bicamérales. Grâce à cet octroi sans coup férir par S.M. le Roi HassanII, ces élections vont donner au Maroc un cadre démocratique que seules les nations les plus évoluées peuvent se targuer d'offrir à leur population. De plus, en comparant les seuls qui soient comparables, le Maroc sera l'unique pays arabo-musulman où les élus et la société civile auront dorénavant la responsabilité et le devoir de remplir convenablement ce cadre.
    Quel sera l'enjeu de ces élections, donc de la future politique du Maroc?
    En gros, une vie démocratique réelle, un Etat de droit véritable qui existaient déjà théoriquement...
    Mais surtout, nous allons être appelés à apprécier les programmes plus ou moins alléchants concoctés à notre intention dans les états-majors des partis.
    J'imagine que les slogans de jadis sur l'arabisation et la marocanisation vont perdurer, épaulés cette fois par les nouveaux mots d'ordre: privatisation, maintien de tel ou tel secteur dans le giron de l'Etat pour pérenniser l'emploi, avantages sociaux, etc... On parlera aussi du serpent de mer qu'est l'orientation scolaire, et de la santé, de la dette publique, sans compter le Sahara et la question de Sebta et Mellilia.

    Tous ces sujets -et les débats auxquels ils donneront lieu- sont importants. Ils sont même légitimes et vitaux. Mais je serais bien étonné qu'un responsable politique soulève la question de l'Ijtihad(1), qu'il ait l'idée et le courage de lancer ce concept sur le devant de la scène du théâtre électoral!
    Et pourtant, tous les problèmes qui se posent en permanence à notre pays et à tous les pays arabo-musulmans découlent de l'Ijtihad, sont contingents par rapport à lui. Car la «Fermeture des Portes de l'Ijtihad» a joué et joue encore un rôle de goulot d'étranglement pour notre développement depuis mille ans.
    Pour éclairer notre propos, il faut nous référer à la période précédant sa fermeture. L'environnement cultuel et culturel était brillant. La liberté de pensée et d'expression régnaient en maîtres et faisaient de l'aire arabo-musulmane la terre de la richesse et de la modernité, grâce aux études, aux recherches des Mujtahiduns théologiques qui étayaient leurs travaux sur les découvertes des Mujtahiduns profanes - à qui l'Ijtihad du Kalam et du Fikh servait de moteur. En fait, l'Ijtihad était devenu synonyme de recherche et donc de créativité, aussi bien en mathématiques qu'en astronomie et médecine, et dans l'exégèse des textes sacrés et de leurs Sources: Coran, Hadiths.
    Mais à la suite d'avatars sociaux et de soulèvements populaires, le pouvoir Abbasside considéra que les joutes Kalamistes (Acharistes contre Muhtazilites), étaient la cause de ces désordres, et décida de clore ces recherches par la «Fermeture des Portes de l'Ijtihad». Qui se fit toutefois par degrés.
    Dans un premier temps, seuls de grands savants étaient autorisés à explorer les Sources.
    Puis celles-ci ont été verrouillées pour tout le monde. Les clercs ne pouvaient plus que se référer aux travaux de leurs devanciers.

    Que s'est-il passé par la suite?
    La recherche s'étant arrêtée, la créativité devint à peu près nulle. Et nous avons régressé, régressé... car qui n'avance pas recule!
    La pensée musulmane s'est figée à la fin du IIIè siècle de l'Hégire (Cf chap. XX de «Monnaies Media», ou XIV de la «Dernière République»).
    Faut-il la reprendre là où elle s'était arrêtée? C'est la question à débattre.
    Qu'en est-il aujourd'hui de l'Ijtihad?
    S.M. le Roi Hassan II a donné des instructions à la fin d'une causerie religieuse de Ramadan, il y a quatre ans, pour que les études de Kalam soient reprises à partir des Sources. Voilà pour le Grand
    Ijtihad.
    En ce qui concerne la recherche profane, Sa Majesté a créé des Prix et entoure de Sa Haute Sollicitude les chercheurs, et surtout les trouveurs.
    En somme, les Portes de l'Ijtihad ont été entrebâillées de façon formelle et officieuse. Mais pas officielle. Leur réouverture, les études qui en découleraient dans le cadre universitaire, et avec les moyens modernes dont nous disposons, permettraient peut-être de frayer la voie à des recherches fructueuses. Pourquoi pas? de livrer des solutions sui generis à nos problèmes politiques, sociaux, économiques. Et qui sait, de donner naissance à un musulman convivial?

    (*) Ex-membre Assemblée Nationale Consultative, Pharmacien-écrivain.
    (1) Effort d'interprétation personnelle en droit musulman.

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