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    Economie

    Légumineuses alimentaires : Une filière à remodeler

    Par L'Economiste | Edition N°:253 Le 07/11/1996 | Partager


    Après avoir été l'un des plus grands exportateurs de légumineuses, le Maroc se retrouve aujourd'hui simple importateur. Plusieurs facteurs minent le développement de cette filière.

    «Le secteur des légumineuses se trouve aujourd'hui à un tournant décisif. Malgré le consensus général quant à l'existence de problèmes à l'intérieur de la filière, le traitement de ces derniers ne semble pas constituer une priorité», soulignent d'emblée les experts de l'Agribusiness Marketing Investissement(1).
    Actuellement, un projet pour l'amélioration des rendements et des revenus de la filière est en cours par le Ministère de l'Agriculture avec la coopération allemande, à travers la GTZ, en collaboration avec l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), l'Ecole Nationale d'Agriculture (ENA), l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (IAV) et l'Office National Interprofessionnel des Céréales et des Légumineuses (ONICL) .
    Il y a vingt ans, le Maroc figurait parmi les premiers exportateurs mondiaux de légumineuses sèches, exportant environ 1,4 million de quintaux par an. Depuis 1992/93, il importe environ 300.000 quintaux de légumineuses par an afin de satisfaire la demande interne. La sécheresse persistante est la cause la plus évidente du renversement dans les rendements et la production des légumineuses. Les cultures sont remplacées par les céréales et les oléagineux, plus rémunérateurs. La sécheresse de 1995 a été la plus dure. La production globale de légumineuses en 1994/96 était de 870.000 quintaux, soit environ le tiers de la demande interne.

    Cultivées entièrement à la main


    Les volumes importés en 1995 étaient, selon les experts, considérables, «et tout porte à croire que cette situation se poursuivra en 1996». L'Office des Changes a fait état de 550.000 quintaux d'importation de légumineuses pendant les 11 premiers mois de 1995. Ces importations se sont poursuivies jusqu'à la fin de l'année 1995/début 1996 en préparation du mois de Ramadan.
    Autres problèmes affectant le secteur, la très faible extension de la mécanisation. Bien que certains agriculteurs aient partiellement, voire entièrement, mécanisé la culture et la récolte de certaines légumineuses, la plupart continuent à cultiver les légumineuses entièrement à la main. «Cette pratique joue en défaveur de la production, en particulier par rapport aux céréales», explique l'étude. La baisse des rendements a également été accélérée par la présence de plusieurs maladies et parasites.
    A ce niveau, l'INRA et l'IAV Hassan II, en collaboration avec la GTZ, tentent de créer des variétés de légumineuses plus performantes et tolérantes.
    Quatrième frein se profilant de façon menaçante, les importantes et imprévisibles fluctuations de prix. «Les diminutions des prix atteignant 50% en l'espace de quelques mois seulement sont devenues chose courante. Durant ces années de faible production, les fluctuations de prix ont été liées moins à la relative prévisibilité du cycle de cultures internes qu'à la nature imprévisible des importations», expliquent les analystes. Aujourd'hui, en dépit de la baisse de la production, les légumineuses alimentaires demeurent une composante essentielle de l'agriculture marocaine. D'un niveau maximal de près de 600.000 ha, les plantations de légumineuses se stabilisent actuellement autour de 300.000-400.000 ha, soit 4 à 5% de la totalité de la superficie agricole utile.

    Améliorer les revenus


    «Malgré l'existence de tous ces facteurs réduisant les rendements, les petits agriculteurs continueront à cultiver les légumineuses tant qu'ils trouveront que cela est moins coûteux que de mettre leur terre en jachère, ou encore d'utiliser de fortes doses de fertilisants pour maintenir leurs rendements en céréales», estiment les experts. Selon eux, vendre une plus grande partie des rendements à l'état frais est une manière d'améliorer les revenus provenant de cette culture. Les fèves, pois et haricots frais sont très prisés sur le marché local et se vendent deux à trois fois plus cher que leur équivalent en produits secs.
    De plus, la production de semences de légumineuses est un créneau qui continue de se développer malgré le déclin de la filière. Au moins trois entreprise privées produisent des semences de légumineuses destinées à l'export.
    Les exportations globales sont relativement faibles, mais elles demeurent tout de même stables. Les entreprises privées jouent généralement un rôle dynamique et tentent de créer une demande interne pour les semences sélectionnées.
    Par ailleurs, la possibilité de pénétrer à nouveau les marchés internationaux semble exister. Et ce, soit pour les produits classiques pour lesquels il existe une forte demande internationale (notamment les fèves et les pois chiches), soit pour les produits nouveaux tels que les pois ou les fèves frais ou congelés.

    Meriem OUDGHIRI

    (1) Cette étude sur la filière des légumineuses alimentaires a été menée par l'équipe de l'AMI et financée par l'USAID.

    Quelques chiffres de la filière


    Le marché des légumineuses est aujourd'hui libéralisé. Profil des principales légumineuses.
    · Fèves et féveroles: Les fèves couvrent près de la moitié des superficies cultivées en légumineuses. Leur déclin, tant en terme de superficie que de production, a été à la base de la baisse de toute la filière. Depuis 1990, les superficies cultivées en fèves (féveroles comprises) ont connu une chute importante, passant de 225.000 ha à 118.000 ha en 1995 (la superficie en 1996 est estimée à 141.000 ha). Les quantités consommées sont fondées sur une estimation de la consommation humaine de 2,4 kg/an et par habitant.
    Concernant les exportations, soulignent les experts, une bonne partie passe la frontière vers l'Algérie, échappant au contrôle strict que subissent les exportations vers l'Europe. Le flux des exportations s'est maintenu autour de 150.000 qx/an entre 1989 et 1994, chutant ensuite à 20.000 qx en 1995 (chiffres de l'Office des Changes).
    · Lentilles: Durant la période 1990-95, la superficie a atteint en moyenne 46.000 ha/an. Durant cette même période, la production s'est effondrée de 512.000 quintaux en 1991 à 81.000 en 1995. Les importations, essentiellement de la variété canadienne «Eston», ont permis de combler le déficit croissant.
    · Pois chiches: Dans les régions de grande production, les rendements de pois chiches tournent autour de 5 qx/ha, dépassant rarement le niveau des 10 qx/ha. Durant les deux années de sécheresse de 1992 et 1993, la production a atteint les 2 qx/ha.
    ·Pois secs: Les rendements et la production sont, selon les analystes, très difficiles à estimer pour cette culture du fait qu'une très grande partie est récoltée en frais.
    · Semences: Les semences de légumineuses sont cultivées selon un contrat conclu avec l'entreprise publique Sonacos, ainsi qu'avec trois autres sociétés travaillant dans le commerce de la multiplication des semences depuis la libéralisation du secteur. Les sociétés privées ciblent aussi bien le marché local que l'export. Les entreprises publiques et privées sont tenues de sous-traiter une partie de leur production de semences. Le marché local des semences de légumineuses certifiées est très limité. Entre 1975 et 1990, la production annuelle moyenne des semences certifiées, toutes légumineuses confondues, ne sont pas allées au-delà des 2.800 quintaux. Les exportations globales de semences légumineuses ne dépassent pas les 20.000 quintaux.

    M. O.

    Les recommandations de l'étude


    «Même si le MAMVA et l'INRA, avec l'assistance financière de la coopération allemande (GTZ), fournissent des efforts considérables pour assister le secteur des légumineuses, la commercialisation du produit final et la promotion d'éventuelles exportations ne semblent pas constituer une priorité». Afin de contribuer à combler cette lacune, soulignent les experts, le Projet de Promotion d'Agribusiness au Maroc (MAPP) devrait se pencher sur les mesures restreintes suivantes:
    ·Etudier l'expérience des producteurs en matière de mécanissation de la plantation et de la moisson des légumineuses: «Plutôt que de ramener des équipements agricoles non testés et d'essayer de les utiliser au Maroc, le MAPP devrait mener une enquête auprès des grands agriculteurs afin d'en savoir davantage sur leurs expériences dans le domaine de la mécanisation des légumineuses, tant en ce qui concerne les succès que les échecs», recommandent les experts de l'étude. Selon eux, à travers les informations recueillies par l'enquête, le MAPP pourra définir une stratégie pour la promotion de la mécanisation d'au moins certains aspects de la production des légumineuses.
    ·Identifier de nouvelles variétés en vue de les tester localement: Le MAPP devrait utiliser son réseau de sous-traitants et de contacts afin d'identifier des variétés de léguminuses connues sur les marchés étrangers pouvant avoir un potentiel au Maroc. «Les sociétés privées de semences devraient évidemment être partenaires de cet effort».
    ·Identifier et tester les marchés pour l'exportation de légumineuses en frais et surgelées: «Même si la faiblesse des approvisionnements et la hausse des prix maintiendront probablement le Maroc hors des marchés internationaux des légumineuses pour quelques années à venir au moins», il existerait une possibilité plus immédiate de vendre des légumineuses en frais ou surgelées (en particulier les fèves) à l'étranger.
    ·Incorporer les légumineuses dans l'analyse du MAPP, en vue de l'amélioration des systèmes de culture sur contrat: Le non-respect des clauses contractuelles aussi bien de la part du producteur que de l'acheteur semble être aussi endémique que dans les autres filières agricoles. Selon les analystes, le MAPP a programmé une activité destinée à tester des contrats-types de cultures et à évaluer des options pour l'arbitrage en matière de contrats. Le secteur des légumineuses devrait être inclus à la fin de l'activité, une fois les contrats disponibles pour leur diffusion à grande échelle.

    M.O.


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