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Privat: Le vrai débat s'engage : M Saaïdi rouvre le projet de société

Par L'Economiste | Edition N°:253 Le 07/11/1996 | Partager

Jusqu'à présent ce n'était qu'une inscription dans l'agenda politique: revoir les mécanismes de la privatisation. Maintenant, c'est une urgence cardinale. Le prouvent deux événements: le débat relancé dans nos colonnes par M. Seqat et la polémique ouverte par M. Miloud Chaâbi.

- L'Economiste: M. Mohamed Seqat, membre de l'Organisme d'Evaluation (OE) a créé une situation nouvelle dans la privatisation. Comment y réagissez-vous?
· M. Abderrahmane Saaïdi:
D'abord je voudrais insister sur le fait que je me félicite de ce que M. Seqat ait relancé le débat. Voilà plusieurs mois que je souhaite ce débat et à vrai dire je me sentais un peu seul: notre texte de loi a vieilli sur certains points alors que nous avons besoin d'aller vite en matière de privatisation. Je partage totalement l'avis de M. Seqat lorsqu'il dit que nous devons adapter nos textes. Le gouvernement s'est engagé sur cette voie. En tant que simple citoyen à l'époque, j'ai suivi le processus de la fin des années 80 qui nous avait amenés à adopter l'idée de la privatisation, alors que beaucoup d'entre nous la redoutaient ou bien ne voyaient pas qu'elle était nécessaire. Nous avons eu, sous l'impulsion de SM le Roi, un très large débat national qui nous a amenés à dégager un consensus, lequel a transcendé les clivages partisans. Je crois qu'aujourd'hui nous devons nous remettre à l'ouvrage.

- Mais les débats d'aujourd'hui sont essentiellement d'ordre technique et pas du domaine du débat de société qui a eu lieu il y a une dizaine d'années.
· Détrompez-vous. Ces questions techniques découlent précisément du débat de société que nous devons reprendre. Et d'ailleurs, je ne crois pas que ce soit un simple hasard qu'en même temps le monde politique soit au seuil d'évolutions aussi profondes que celles que vont provoquer la nouvelle Constitution, les futures élections... Nous sommes en train de connaître une vraie mutation en profondeur dont nous ne mesurons peut-être pas encore toute l'étendue, mais dont la politique de privatisation est un volet. Je m'explique. La fixation d'un prix pour la cession d'une entreprise publique est une opération technique mais ce n'est pas seulement une opération technique. C'est aussi un acte et un message politique. Par exemple, dans les anciens pays de l'Est, les prix ont été fixés très bas car l'acte politique était de liquider rapidement le passé communiste sans trop se préoccuper des équilibres d'un marché qui n'existait pas. Inversement, des pays qui n'avaient pas vraiment la volonté de libéraliser ont fixé des prix suffisamment élevés pour décourager indirectement la privatisation.

Les délais et les prix


- Un point soulevé par M. Seqat concerne les délais que vous mettez pour vendre les entreprises.

· Quand une distorsion est introduite dans un marché, le marché fait face. C'est la règle du libéralisme et le prix n'y fait pas exception: un prix trop élevé ne rencontre pas d'acheteur. Telle est la première réponse du marché. Ensuite, il faut attendre qu'une meilleure conjoncture survienne pour que le marché commence à s'intéresser. Sinon, il faut adapter le prix à la vérité du terrain. Cela prend du temps. Je vous parle de choses très concrètes. Par exemple, il a fallu deux ans pour obtenir la révision à la baisse des prix de neuf hôtels, ceux qui viennent de faire l'objet d'un nouvel appel d'offres dans la presse nationale.
Le vrai problème est que lorsque le prix ne correspond pas à la réalité du marché, le retard subi ne peut qu'avoir des effets néfastes sur les politiques industrielle, financière ou touristique. On perd du temps au niveau des recettes budgétaires dont l'Etat a besoin. On perd du temps pour les transformations socio-économiques et politiques que la privatisation doit soutenir. C'est là que sont les vrais problèmes et qui ont amené le gouvernement à se pencher sur un projet d'adaptation des textes.

- Mais le risque d'erreur dans la fixation du prix vient de l'audit-évaluation que vous faites, puisque, comme le dit M. Seqat, l'OE est tenu par le prix proposé par le cabinet d'audit.
· Vous avez mal lu la loi. Rien n'impose à l'OE de suivre l'auditeur. D'ailleurs, dans de nombreux cas, l'OE m'a fixé un prix minimum, je dis bien minimum, nettement plus élevé que le prix maximum, je dis bien maximum, proposé par l'audit-évaluation. Il est arrivé que ce prix de l'OE dépasse de plus de 50% le prix maximum retenu par l'auditeur. Autant dire que dans ces cas, privatiser relève de la mission impossible.

Qui est responsable?


- Qui est responsable des pertes de temps et de leurs conséquences socio-économiques?

· Juridiquement et institutionnel-lement, c'est le ministre de la Privatisation et le gouvernement. Bien sûr, les membres de l'OE sont responsables devant SM le Roi comme le sont tous les Marocains. Mais le gouvernement et le ministre sont organiquement tenus d'aller régulièrement devant le Parlement pour rendre compte de leur action. C'est une responsabilité qui est institutionnellement organisée. Ce n'est pas le cas de l'OE. A la différence du gouvernement ou du ministre de la Privatisation, l'OE n'a pas à rendre compte des conditions dans lesquelles se déroule la privatisation, bien que le prix en soit un élément fondamental.

- Le hasard a voulu que M. Miloud Chaâbi intervienne dans le débat en prenant des positions fortes...
· Par tempérament je ne crois pas au hasard. Ce n'est pas la première fois que M. Chaâbi s'attaque aux pouvoirs publics.
L'affaire de Djebel Aouam n'est pas si lointaine. En fait, M. Chaâbi voudrait se servir ici de son mandat de Parlementaire pour obtenir des privilèges et faire main basse sur des biens publics. Le fait que mon département ne lui ait pas cédé l'irrite. Mais je crois qu'il faut élever le débat. Quand la loi stipule qu'il faut lutter contre l'accaparement, promouvoir de nouvelles couches d'entrepreneurs, faire participer les salariés, promouvoir les régions et élargir l'actionnariat des entreprises, ce ne sont pas des mots en l'air.
La privatisation est bien un des vecteurs de l'évolution socio-économique de notre pays. Il est inévitable qu'elle gêne des intérêts et des situations acquises.
Elle est faite pour cela; pour soutenir la modernisation de notre économie, pour l'aider à entrer, avec les meilleures chances de réussite et de promotion de notre identité nationale, dans un monde globalisé.

Propos recueillis
par Nadia SALAH

Les faits qui jalonnent le débat


La nécessité d'adapter les textes de la privatisation est apparue au printemps. Elle a fait l'objet de plusieurs réunions interministérielles. Le ministre de la Privatisation, M. Abderrahmane Saaïdi, a maintes fois essayé de lancer un débat public mais, paradoxalement, il s'est heurté au succès des privatisations: y a-t-il un débat à faire quand les choses marchent bien! Les quelques couacs entendus, même du temps de son prédécesseur, Moulay Zine Zahidi, étaient clairement repérés: l'amertume d'avoir perdu un appel d'offres, un cahier des charges un peu trop sévère, le maintien ou l'absence de protections douanières... Rien qui touchât l'essence de la politique de privatisation.
C'est l'entretien que M. Mohamed Seqat, membre de l'Organisme d'Evaluation, a accordé à L'Economiste (n° 251, du 24 octobre 1996), qui a lancé le débat. Pour la première fois, un membre du silencieux OE donne son point de vue sur des éléments stratégiques: la manière de fixer le prix minimum, les délais enregistrés dans les ventes, la responsabilité de l'OE et les réformes qu'il faudrait apporter au texte. M. Mohamed Seqat avait précisé qu'il s'exprimait à titre personnel mais que ses idées lui paraissaient refléter l'opinion d'au moins 5 des 7 membres de l'OE.
C'est sur la base de l'analyse de M. Seqat que le ministre s'exprime aujourd'hui, et à la demande de L'Economiste. Parallèlement, d'autres déclarations, celles du parlementaire et homme d'affaires M. Miloud Chaâbi, sont intervenues. Le parlementaire, qui a été candidat heureux et moins heureux dans les privatisations, réagissait à une explication fournie par le ministre de la Privatisation, suite à une question de notre confrère Al Mitaq Al Watani: M. Saaïdi expliquait les raisons techniques pour lesquelles trois des quatre demandes de reprises faites par M. Chaâbi n'avaient pu être retenues. En réagissant via notre autre confrère L'Opinion (1er novembre 1996), le parlementaire a mis en cause les repreneurs d'une entreprise, ICOZ, lesquels ont à leur tour réagi et apporté des éléments d'informations qui manquaient à M. Chaâbi (L'Opinion du 5 novembre 1996).
Rappelons que la candidature heureuse de M. Chaâbi à la privatisation est la SNEP, l'une des plus grandes sociétés publiques cédées à un seul repreneur, sans obligation d'aller en Bourse et avec une situation de monopole protégé, inscrite dans le cahier des charges. Les candidatures malheureuses connues sont Fertima dans son premier AO, Hyatt-Casa (demande arrivée après la réunion de la commission parlementaire qui avait pris connaissance du dossier) et Shell-Maroc (cédée à Shell qui y détenait déjà 50%).

N. S.

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