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    Economie

    Les élections américaines : Clinton porté par la croissance

    Par L'Economiste | Edition N°:253 Le 07/11/1996 | Partager

    Clinton a été réélu sans surprise, les sondages le donnaient large vainqueur. La dernière élection du siècle a été la plus terne. Un signe de l'évolution centriste de l'Amérique.

    Avant que les deux ne soient officiellement en course, l'écart entre Clinton et Dole n'a pratiquement pas bougé ou très peu: de 10 à 20 points selon les sondages en faveur du premier. Clinton effectuera son dernier mandat, la Constitution américaine n'en autorisant que deux pour le plus haut poste politique du pays.
    Bob Dole, dont c'est la troisième tentative, avait-il vraiment une chance en face de son adversaire démocrate? Personne ne le croyait, sauf peut-être l'ancien sénateur de son Kansas natal depuis 1968, étant d'abord passé par la Chambre des Représentants pendant deux termes. Sa campagne a commencé difficilement car il fallait en être le candidat officiel des Républicains face à de jeunes loups qui auraient pu avoir plus de chance, comme le milliardaire Forbes, ou même l'ancien sénateur Texan Phil Gramm.
    Mais il fut choisi par les délégués du parti et intronisé en août au cours des primaires Républicaines qui se sont déroulées a San Diego. Et il a même créé la surprise en choisissant comme candidat à la vice-présidence le très populaire Représentant Jack Kemp, ancien joueur de foot-ball et secrétaire d'état à l'Habitat et l'Urbanisme sous Reagan. Et la vraie campagne a alors commencé. Pauvre en idées, en débats de fond, en proposition de solutions pour tous les problèmes que connaît l'Amérique en cette fin de siècle. Notamment l'usage grandissant de la drogue par les jeunes, ou l'éternelle tentative de réforme du système de santé, le fameux «Medicare», pour ne prendre que deux exemples parmi tant d'autres. Mais il est vrai que l'économie US est en pleine forme, les indicateurs au vert et ce depuis presque trois ans sans interruption. Clinton avait beau jeu de présenter un bilan somme toute positif, principalement pour les classes moyennes, qui vivent mieux qu'en 1992. Et d'insister sur le taux de chômage le plus bas de ces 20 dernières années (moins de 4%), ainsi que sur la création de 10 millions d'emplois qui a permis à plus de 3 millions de personnes au chômage auparavant d'en trouver un. Il a même essayé et presque réussi à limiter le déficit budgétaire qui avait atteint des abysses et donnait le vertige. Quant à la politique extérieure, Clinton ne devrait pas la changer beaucoup: essayer de relancer les négociations de paix entre Israël et les Palestiniens, continuer de s'opposer aux irréductibles ennemis des Américains, l'Irak , l'Iran et la Libye, rien de bien nouveau non plus.
    Le programme de Dole était nettement plus dur et probablement moins réaliste face aux nouvelles donnes internationales: en particulier au Moyen-Orient où il préconise un soutien inconditionnel à Israël dans tout ce que le nouveau gouvernement de Netanyahu, démocratiquement élu il est vrai, décide de faire. Dole, dans son programme, insiste sur l'aide économique que son gouvernement aurait apporté à l'Afrique dans le cas de son accession à la Maison Blanche.

    Un peu de piment


    Pourtant la campagne a pris une autre tournure, un peu moins ennuyeuse lorsque deux événements se sont produits. D'abord, voyant que la tactique d'attaquer Bill Clinton sur l'économie US en tentant de lui enlever tout crédit quant à la bonne santé de cette dernière n'a pas marché, Dole a commencé à soulever les nombreux scandales qui ont émaillé le mandat écoulé du président: l'affaire du scandale immobilier de Whitewater dans lequel sa femme est partie prenante, celle du harcèle-ment sexuel contre une ancienne collaboratrice de Clinton alors gouverneur de l'Arkansas, les fiches de personnalités Républicaines que le FBI a été obligé de fournir à la Maison Blanche et enfin les sommes versée au parti Démocrate par de riches étrangers et une grosse firme coréenne, ce qui est contraire à la loi. Et c'est cette ultime affaire qui a mis un peu de piment dans la fin de la campagne en la tirant un peu de sa torpeur. Mais à la surprise de l'instigateur de cette nouvelle tournure des débats, sans confrontation directe et c'est peut-être la grosse erreur de Bob Dole, le fossé entre lui et Clinton n'a guère subi de changement et restait aussi important qu'avant en faveur de ce dernier.
    En fin de compte, la campagne électorale de 1996 ne marquera sûrement pas les livres d'histoire. Mais elle montrera à la postérité la lutte presque désespérée d'un vieux politicien qui ne s'est jamais avoué vaincu et qui a continué contre vents et marées jusqu'au bout. Et les Américains adorent ce genre d'histoire.

    Fayçal BENHASSAIN,
    notre correspondant à Washington

    Les premiers chiffres


    A l'heure ou nous mettions sous presse, Clinton-Gore sont réélus avec environ 50% des voix, après avoir compté 77% des circonscriptions du pays, Dole a eu 42% et Perot 8%. Quant au nombre des Grands Electeurs, toujours à 2 heures du matin avec 15 Etats non encore comptés dans lesquels les candidats sont au coude-à-coude, ils se divisent ainsi: Clinton 375, Dole 135, Perot 0.
    Les électeurs Américains ont choisi le mardi 5 novembre 1996 leurs président et vice-président, leurs représentants (435), un tiers des sénateurs (34) et 11 gouverneurs. Rappelons que le choix du président et de son vice-président se fait d'une façon indirecte. Chaque Etat a un certain nombre de Grands Electeurs qui votent après coup, le 5 Novembre, pour celui qui dirigera le pays pendant 4 ans. Prenons un exemple: l'Etat de Virginie a 13 grands électeurs. Le parti qui obtient la majorité des voix des votants rafle la totalité des électeurs, lesquels porteront leurs bulletins sur le candidat dont ils arborent les couleurs. Certains Etats sont bien entendu plus importants que d'autres; c'est ainsi qu'il y en a 54 en Californie, 32 au Texas et 33 à New-York pour ne parler que des plus importants. Le nombre total des Grands Electeurs étant de 548, pour être élu il en faut 274. Les Républicains ont gardé le contrôle du Congrès malgré la perte de quelques sièges à la Chambre des Représentants.

    F. B.

    La démocratie à coups de millions de Dollars


    Cet article est le premier que «L'Economiste», et probablement un journal marocain, ait reçu par E-Mail, la messagerie électronique. Ce moyen de transmission le plus moderne est aussi le moins onéreux. Le hasard veut qu'il transporte l'information sur la campagne la plus chère des Etats-Unis.

    La campagne électorale de 1996 restera marquée par les problèmes de son financement en étant la campagne la plus chère dans l'histoire des USA. Au 5 novembre, jour de l'élection, les candidats de tout bord et pour tous les postes à pourvoir auront dépensé près de 1,5 milliard de Dollars.
    Certes, il y a des lois qui régissent le financement des campagnes électorales en général. Mais comme dans tout pays démocratique, elles laissent à l'interprétation une grande latitude. Et malgré l'existence d'un organisme chargé de vérifier l'origine de l'argent et le respect des quelques règles en vigueur, la «Federal Election Commission» ou FEC (sorte de commission fédérale de contrôle des élections), il y a eu des abus. L'organisme d'Etat se penchera sur les problèmes dénoncés mais seulement après les résultats. Le seul risque encouru par les candidats, Clinton et Dole, est de rendre certaines sommes qui auront été déclarées illégales.
    D'où viennent les fonds? D'abord, chaque candidat à la présidence reçoit de l'argent public. C'est ainsi que Clinton et Dole ont chacun reçu la somme de ... 62 millions de Dollars de l'Etat fédéral prélevés sur les impôts et taxes nationaux. Jusqu'au milieu des années 70, chaque individu pouvait faire une donation à un parti ou à un candidat à l'un des nombreux postes en jeu mais ne pouvant dépasser 1.000 Dollars. Beaucoup de donneurs ont utilisé tout à fait légalement des amis, cousins, voire des employés pour contribuer plus encore.
    Aujourd'hui, il y a les «season tickets», sorte d'abonnement semblable à celui que les amateurs de football ou baseball prennent pour suivre leurs équipes favorites.
    Un donneur fait en toute légalité et ouvertement une contribution annuelle afin de ne pas être sollicité sans cesse pendant une campagne.
    Se sont constituées alors des «équipes des 100 premiers donneurs» (Team 100 donors) qui pour chacun des deux grands partis contribuaient à hauteur de 100.000 Dollars par personne. Mais l'inflation des élections faisant son chemin, les contributions de 250.000 Dollars et plus sont devenues courantes.
    Autre innovation récente, celle des «Soft Money». Il s'agit ici de faire un don, non à un individu candidat à une élection, mais au parti de son choix directement par l'intermédiaire de son comité national.
    Les dons viennent non seulement d'individus, mais aussi de sociétés et même de syndicats qui n'ont pas le droit en principe de financer directement un candidat à un poste fédéral, sénateur ou autre représentant.

    Bouddhistes et trafiquants


    Le soft money doit être exclusivement destiné à ce que la loi définit comme les activités de «construction du parti», c'est-à-dire encourager les gens à voter, éduquer les électeurs au civisme et les inciter à s'inscrire sur les listes électorales. Là aussi la loi laisse une grande latitude d'interprétation aux politiciens qui en ont largement profité. Pourtant, des erreurs grossières ont été commises permettant ainsi à la campagne morose de s'animer un peu, surtout dans la dernière semaine. Le candidat Dole a dénoncé le rôle d'un collecteur de fonds démocrate, un certain John Huang, d'origine coréenne. Il aurait sollicité et obtenu des sommes importantes d'une richissime famille indonésienne et d'un gros conglomérat coréen. De plus, Clinton a même été accusé d'accepter de l'argent de la part d'un Sud-Américain notoirement connu pour ses activités dans le trafic de drogue. De la même façon, les Démocrates ont souligné que les Républicains ont reçu de fortes contributions d'associations professionnelles et de grosses sociétés afin de protéger leurs intérêts. Le vice-président du comité de finance de la campagne de Bob Dole a même été reconnu coupable de blanchiment d'argent illégalement collecté et destiné à son patron. Comble du comble, Al Gore, le vice-président de Clinton, a même participé à une collecte de fonds dans... un temple bouddhiste! En tout, les Républicains ont réussi à collecter 400 millions de dollars contre 250 pour les Démocrates. La loi étant applicable à tous, les Démocrates ont été obligés de restituer 250.000 Dollars venant de la société coréenne et 450.000 Dollars donnés par la famille indonésienne. Ce fut d'ailleurs une erreur plutôt stupide de la part des Démocrates, car l'argent donné par un étranger résidant légalement aux Etats-Unis ou par une filiale américaine d'une société d'un autre pays, est tout à fait conforme à la loi.
    Mais les attaques de Dole, souvent justifiées, contre le non-respect de l'éthique par Clinton et une partie des Démocrates, n'ont pas réussi à changer le cours du temps. L'ex-sénateur du Kansas avait oublié que lui aussi avait les mains peu propres quant à la provenance des fonds qui ont financé sa campagne.
    Et, comme Clinton, il peut très bien, avec bonne foi, arguer qu'il n'était pas au courant, étant trop absorbé par la campagne. Et l'un comme l'autre auront à répondre des impropriétés commises pendant cette présidentielle 96 qui aura dépassé toutes les limites de la décence au niveau financier, mais seulement après les élections, ce qui ne remettra pas en cause les résultats.

    F. B.

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