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    Politique Internationale

    L'auteur d'Astérix à Casablanca : Uderzo préfère Obélix, le "faire valoir"

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    Albert Uderzo ne donnera pas la recette de la potion magique aux enfants qui la lui demandent, rassemblés à 15h au Centre Culturel Français de Casablanca, puis à 18h à la librairie Omar Khayyam, le 16 Décembre. Par contre il dessine, selon leurs désirs, Astérix et César, Obélix et Idéfix son chien... Il est heureux de sentir toute cette animation, cet enthousiasme autour de lui. En dehors de ces manifestations d'enfants -largement entourés d'adultes- il a peu de contacts avec le public. "Le travail d'illustrateur est un travail de solitaire", dit-il plus tard, lors d'une courte conférence de presse organisée par le CCF. Il parle des difficultés de ce métier, de la nécessité de produire beaucoup, de la longueur des journées de travail.

    S'il est devenu illustrateur de bandes dessinées, c'est par goût du dessin, et aussi par hasard, quand son frère aîné l'entraîne, à 13 ans, dans une maison d'édition "pour qu'il ne traîne pas dans les rues pendant les vacances". Fasciné par Walt Disney, il voulait alors faire du film d'animation mais se retire ensuite devant l'anonymat et la lenteur de ce travail d'équipe, qui effacent la "féerie disneyenne".

    Obélix, personnage préféré d'Uderzo; les défauts du "faire valoir" le rendent humain et sympathique.

    Pourtant sa technique tient toujours de la mise en scène. Et quand il rencontre René Goscinny en 1951, avec lequel il partage un même sens de l'humour, il sent qu'un glissement s'opère du cinéma comique américain vers la BD. Astérix et Obélix seront marqués par leurs héros communs, Laurel et Hardy. Est-ce l'effet comique du couple petit/gros qui donne à Astérix et Obélix leur renommée universelle? Les albums, qui obtiennent leur plus grand succès en Allemagne, sont même traduits en chinois. La Gaule et les Gaulois n'y sont pour rien.

    Albert Uderzo lui-même n'a pas de réponse à donner. Astérix et Obélix sont nés, par accident, parce qu'un journal pour enfants, Pilote, voulait changer l'image américaine du cowboy en francisant la BD. Pourquoi ne pas choisir parmi les Gaulois, revoir le personnage de Vercingétorix (héros de la résistance à la conquête romaine), renverser le cours de l'histoire, pour que les petits et les faibles soient vainqueurs des grands, de César, image du pouvoir ridiculisé? "Nous ne sommes pas des pédagogues, ni des politiciens, ni des philosophes, affirme Uderzo, nous voulons seulement amuser". Le succès d'Astérix c'est peut être tout simplement que chacun y trouve ce qu'il veut y mettre, et parmi tous ces personnages, sa préférence va à Obélix, le "faire-valoir" que ses défauts rendent tellement humain et sympathique.

    Si Uderzo n'a pas d'élèves, c'est parce qu'en France, dit-il, dès que quelqu'un a du talent, il veut signer son oeuvre -de manière tout à fait légitime. A la mort de René Goscinny, il a parié de perpétuer sa mémoire, en continuant Astérix dont il assumait aussi la paternité: il a donc poursuivi le double travail du texte, toujours premier par rapport au dessin, et celui de l'illustration. Le texte demande trois mois, l'illustration six mois de travail intensif. "Le lecteur veut toujours du nouveau, avec du vieux", explique Uderzo, "il aime retrouver les mêmes personnages", et il se trouve ainsi obligé de glisser, dans chaque album, l'attaque des pirates, le banquet final... Le sujet n'est jamais épuisé.

    Aujourd'hui Astérix a 33 ans, et son personnage comme son illustration ont évolué sans vieillir depuis 1961, date de publication du premier album "Astérix le Gaulois", à 6.000 exemplaires, jusqu'au dernier, "la rose et le glaive" en 1991, qui connaît des millions de lecteurs. Plus que Tintin, il a conquis tous les publics. Un phénomène qui n'a pas encore trouvé d'explication satisfaisante.

    T.B.

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