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    Politique Internationale

    Dans les communautés chrétiennes du Maroc : Noël célèbre les lumières

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    Au delà du Père Noël et du folklore civil qui l'entoure, Noël reste une fête chrétienne, une immersion dans le sacre. Les Eglises chrétiennes présentes au Maroc organiseront des offices de chants et de prières. Seront évoquées, les lumières apportées par le Christ, mais aussi les hommes qui vivent dans la nuit en Somalie, dans l'Ex-Yougoslavie, ou partout les victimes de la crise économique.

    "Tant on crie Noël qu'à la fin il arrive ", dit le proverbe. Ce Vendredi 25 Décembre, l'ensemble de la communauté chrétienne dont celle installée au Maroc, célèbre la naissance de Jésus-Christ. "Cette année, le thème de la marche vers la lumière est d'actualité ", déclare le Père André, curé à l'Eglise Notre dame de Lourdes à Casablanca. "Beaucoup de pays sont dans la nuit. En ce Noël, nous voulons apporter un message de paix et d'espérance". Paradoxalement, ce n'est qu'a posteriori qu'on a tenté de justifier cette date pour célébrer la naissance du Christ. Mais le fondement est purement symbolique. Il peut paraître, en effet, étonnant qu'une fête liturgique de la naissance de Jésus ait été inconnue des Chrétiens pendant les trois premiers siècles de l'Eglise. Ce n'est qu'au cours du IVème siècle, que les Chrétiens commencent à célébrer la naissance de Jésus, sans se fonder sur une datation précise: la tradition donne la date du 6 Janvier en Orient et du 25 Décembre en Occident.

    Noël fête la lumière solaire marquant le rallongement des jours, qui suit le solstice d'hiver. Noël y associe symboliquement les lumières spirituelles et morales apportées par le Christ.

    La fête chrétienne de la nativité du Christ va se fonder sur ce double symbolisme. Il est le soleil de justice, annoncé par les prophètes qui l'ont précédé, et il est le verbe lumière du jour. Ainsi, la fête de Noël rejoint la fête de la lumière déjà célébrée dans les Eglises d'Orient. En 386, par exemple, à la suite de l'action de Jean Chrysostome, à Antioche, on fête et la Noël et l'Epiphanie. Noël n'est donc pas l'anniversaire d'une date précise, c'est l'Incarnation d'un prophète, venu en sauveur, apporter à l'humanité, une "lumière nouvelle", un espoir nouveau.

    Comme il n'existe pas de textes relatant les premières cérémonies, il n'existe pas de règle absolue pour célébrer l'événement. Pour les catholiques à Casablanca, la veillée solennisée par des chants sera précédée de la lecture de textes se rapportant à la naissance de Jésus, celui de Luc, en particulier. Puis, suivra le sermon du prêtre. Les chants permettent, en même temps, que l'on rende grâce à Dieu d'intérioriser le message sacré. "Notre rôle à nous, ministres de Dieu, est de traduire cette parole, de l'actualiser", dit le Père André. Le pasteur Reitzel, président de la commission exécutive de l'Eglise évangéliste au Maroc, estime que "l'atmosphère de Noël a beaucoup changé en raison des changements sociologiques, mais aussi du raccourcissement des distances. Les gens profitent de la circonstance pour aller fêter Noël en Europe dans leur pays d'origine".

    Le résultat, c'est qu'on se retrouve avec beaucoup moins d'enfants. Mais, traditionnellement, il y a une distribution de cadeaux. Beaucoup de protestants d'horizons divers se regroupent au Temple ce jour-là à Casablanca. Depuis quelques années, une communauté africaine sub-saharienne, pour la plupart des étudiants ou même des réfugiés officiels, manifeste sa présence. "Cela change nos offices, ajoute le pasteur. Notre chorale est composée d'Africains qui chantent en français. L'année dernière, nous avons eu une heure de chant, tous les gens sont restés".

    Pendant la veillée, des textes tirés de l'Evangile selon Luc seront lus, lecture entrecoupée par des chants traditionnels de Noël. Le message sacré sera transmis par le biais d'une préparation spirituelle chantée. La liturgie est bilingue, en allemand et en français, le sermon entièrement en français.

    Enfin, le 25 Décembre, l'office sera célébrée. Le pasteur Reitzer prévoit d'installer un sapin dans le Temple rue d'Azilal, tradition nordique qui remonte à St Boniface, en 680, où le sapin se substitue au chêne sacré. En remémoration de la pratique romaine du solstice d'hiver, l'Eglise évangéliste achètera les cadeaux offerts à tous les enfants de la paroisse.

    Le révérend Brown, représentant de l'Eglise anglicane au Maroc, déclare: "Nous sommes peu nombreux, nous regroupons tous les anglophones qui ne peuvent aller dans les autres cultes". Comme il existe une vingtaine de nationalités ici au Maroc, c'est d'Eglise anglophone qu'il faudrait peut-être parler, plutôt que d'Eglise anglicane. Le Mercredi 24 à 19 heures, une centaine de personnes sont attendues à la chapelle rue des Landes pour des cantiques. La lecture de la naissance de Jésus sera accompagnée de celle de textes de l'Ancien Testament relatifs aux prophéties. On chantera ensuite des "carols" (chants de Noël), puis il y aura la prédication. "Les gens qui assistent en ce jour, dit le révérend, ne sont pas nécessairement des pratiquants. Mais ils viennent pour écouter un message d'espoir". En Angleterre, la veillée de Noël animée par des choeurs professionnels est très suivie. La B .B .C., qui la retransmet en direct, enregistre une audience de 20 à 30 millions d'auditeurs. A Casablanca, lorsqu'il y a beaucoup d'enfants, des crèches animées sont organisées.

    Arbre, bûche, crèche

    Instaurée par François d'Assise, "le petit pauvre", la cérémonie de la crèche est destinée à faire revivre la naissance du Christ dans l'étable de Bethléem. On fait revivre la scène primitive où le petit Jésus placé dans une auge, entre l'âne et le boeuf, est salué par les rois mages.

    Arbre, bûche, crèche, réveillon de Noël: tous ces mots possèdent un certain charme, sont auréolés d'une sorte de magie, chez les Chrétiens mais aussi chez les non-Chrétiens. Même si, ainsi que le déplorent à l'unisson les trois prêtres, le problème de l'utilisation purement commerciale se fait chaque année plus aigu. La dinde, les repas trop arrosés, soulignent le contraste entre le voeu de pauvreté et la richesse, le luxe, les dépenses excessives lors des festivités. Et puis de façon plus générale, la fréquentation des églises est en régression. En 1991 les Chrétiens représentaient un peu plus du tiers de la population mondiale. Les catholiques sont les plus nombreux (880 millions) suivis des protestants (484 millions) et des orthodoxes (183 millions). Mais en Afrique, les protestants avec 83 millions devancent les catholiques (79 millions). La désaffection est sensible, car étroitement liée à une évolution des peuples eux-mêmes. Est-elle irréversible? Il faut néanmoins inciter les gens à agir. "Aidez-nous à aider", disent en choeur les religieux, "à faire des dons, à distribuer des colis aux indigents".

    Petit Papa Noël

    Ah! Et le Père Noël, que devient-il dans tout cela? Comment oublier le bonhomme à la barbe blanche que tant d'enfants attendent ce jour-là et que les adultes évoquent avec nostalgie? Et bien, sa naissance est relativement récente.

    Il existe bien dans les mythologies païennes des dieux bienfaiteurs, tel le dieu celte Gargan qui portait une hotte et distribuait des cadeaux. La déesse Strenia (d'où le mot "étrennes") patronnait les cadeaux que s'offraient les Romains lors des fêtes de Saturne. L'Eglise leur substitue des saints donateurs comme Saint-Nicholas en Hollande, en Belgique, en Allemagne. Mais c'est seulement en 1822, à New York que le pasteur Clément Clarke Moore allait composer un poème intitulé "La visite de St Nicholas", où le jovial évêque à nez rouge et barbe blanche allait fondre dans sa personne les différents personnages qui représentaient le donateur. Arrivé en Europe par la Hollande, il concurrença le vrai St Nicholas, patron des marins, des voyageurs et des enfants.

    Le clergé français eut beau le brûler en effigie à Dijon en 1951, le gouverneur de Saint Sebastian, en Espagne, l'expulser de la ville en 1952, rien n'y fit. Qu'il s'appelle Santa Claus pour les uns ou Chrisch'kindl pour les autres, on n'a pas encore fini de croire au Père Noël.

    Les origines de la fête de Noël

    Dans l'Egypte ancienne, on célébrait la croissance de la lumière en même temps que la naissance du Temps nouveau. On croyait que, ce jour du solstice où les jours commencent à croître, les eaux du Nil possédaient un pouvoir magique de guérison, et que les sources déversaient du vin au lieu de l'eau. Les Grecs ne feront qu'helléniser le vieux rituel égyptien.

    A Alexandrie, ils vont célébrer, dans la nuit du 5 au 6 Janvier, la naissance du Temps (Acôn) par des processions de flambeaux, en chantant des cantiques qui proclament que "la vierge a enfanté, la lumière augmente, la vierge a enfanté l'Acôn". En raison du calcul approximatif du temps sidéral, et du problème posé par les années bissextiles, le choix de cette date pour célébrer le solstice d'hiver est explicable.

    Lors de son inauguration, la fête chrétienne de l'Epiphanie, c'est-à-dire la "manifestation de Dieu sur terre", célèbre le baptème du Christ dans les eaux du Jourdain par Jean Baptiste. Ce n'est que dans une deuxième étape, sans doute au début du IVème siècle, que l'on va également célébrer sa naissance.

    Un papyrus découvert en Egypte et daté de cette époque en même temps que le récit de cette naissance selon Luc, contient aussi la relation du premier miracle, celui des noces de Canâa, où Jésus change l'eau en vin, de même que celle de la multiplication des pains. Cela se rapproche donc de la croyance païenne concernant les miracles sur ce jour privilégié.

    La naissance d'un "enfant de lumière", l'épiphanie du Messie, où la lumière brille et où la joie éclate car "un fils nous est né , répond à un certain nombre de prophéties, celle d'Isaïe en particulier. C'est cette double manifestation sacrée -croissance de la lumière, naissance d'un enfant divin- qui se trouve à la base de Noël en Occident.

    On peut situer la fixation de la date du 25 Décembre à Rome sous le règne de Constantin, entre 325 et 354. Les fidèles du culte de Mithra (dieu du soleil) célébraient alors la naissance de leur dieu, porteur de lumière nouvelle, le 24 Décembre.

    L'empereur Constantin a vraisemblablement voulu unir le culte de Mithra, dans lequel il avait été élevé, et le christiannisme en qui il voyait la religion de l'avenir. C'est de son ère que date le "dies solis", jour chômé obligatoire, qui deviendra le dimanche, au cours duquel les Chrétiens louent le Seigueur et la fête de Noël est célébrée.

    Kenza LOUDIYI

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