×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    L'exposition au Riad Salam à Casablanca : Peintres de Tétouan: Le refus de la modernité

    Par L'Economiste | Edition N°:59 Le 24/12/1992 | Partager

    L'un des plus curieux tableaux de Magritte représente une superbe pipe plus vraie que nature. Mais cet "objet réel" est dérangé par un commentaire, également peint sur la toile, qui disait: "Ceci n'est pas une pipe". A y réfléchir, on finit par admettre qu'effectivement ce n'est pas une pipe, mais la représentation picturale d'une pipe sur une toile. Pour les jeunes peintres qui ont exposé au Forum, espace congrès du Riad Salam, du 15 au 21 Décembre, la représentation du réel est bien la préoccupation principale. Mais cette réalité peut être concrète ou abstraite. C'est ce qui explique que, partageant certains principes esthétiques, ils produisent des oeuvres rangées volontiers dans des courants opposés: la peinture figurative et la peinture abstraite. Trois dimensions essentielles, qui s'imbriquent, sont constamment présentes, de manière consciente, ou parfois inconsciente, chez un peintre: le passé, le présent, le futur. "C'est pourquoi, estime Abdelaziz Cherkaoui, le benjamin du groupe, et qui fait partie du courant figuratif, quand je peins le "derb" d'une médina, c'est une manière pour moi de raconter l'Andalousie arabe ". Mohamed Bakkali, peintre abstrait quant à lui, déclare que "la khmissa ou le zellige que je peins sont des figures géométriques, mais ils sont aussi symboles de quelque chose d'intime en moi-même, ils disent mon état présent en relation avec d'autres passé ou en devenir". L'artiste, ce n'est pas seulement un pinceau et une toile, il baigne dans une société et tout ce qui affecte cette société exerce une influence sur lui. Bakkali raconte que pendant la guerre du Golfe, et alors qu'il peignait à sa manière abstraite, éloignée de toute allusion directe à l'actualité, sa mère, qui ne connaît rien en peinture, lui a fait remarquer que certains tons ocres, brutaux, nouveaux chez lui, jetaient une lumière sombre sur la toile. Chose qu'il n'avait même pas remarquée. De cette manière, la réalité est représentée forte et allusive à la fois. "C'est que, commente Mehdi Marine, un bon travail artistique est bon en dehors de toute école". L'essentiel réside dans la manière de rendre la lumière, la couleur, pour transmettre le message. Tous mettent en exergue le rôle fondamental de la lumière, c'est elle qui donne la nuance, qui exprime la tonalité du tableau. Interrogés sur l'absence dans leurs oeuvres de scènes tirées de la vie moderne, ils disent que la "modernité " nous étant imposée, peut-être l'ont-ils inconsciemment rejetée. Et puis la dimension esthétique commande, en définitive, le choix du sujet. On ne voit pas d'automobiles sur leurs toiles, parce qu'elles ne répondent pas à leurs critères du beau, et, promettent-ils, on ne les y verra jamais. Même chose pour les scènes folkloriques, genre cartes postales pour touristes en mal de dépaysement. Passant à un domaine beaucoup plus prosaïque, les peintres tétouanais ont parlé des contraintes matérielles liées à leur art. Il faut, bien entendu, acheter ses toiles, ses gouaches. L'aquarelle demande par exemple un papier spécial qu'il faut importer, chaque rame de 20 feuilles coûte 200 Dirhams, et certaines feuilles peuvent coûter jusqu'à 50 Dirhams pièce. Mais c'est après que les difficultés commencent vraiment. Un jeune peintre qui expose doit dépenser beaucoup d'argent principalement pour les affiches, le catalogue, les invitations et enfin l'encadrement. Un joli cadre coûte facilement 1.000 Dirhams, mais peut aller jusqu'à 3.000 Dirhams pour de grandes toiles. "Nous sommes pour cette raison à la merci des courtiers qui nous achètent nos oeuvres pour des bouchées de pain", se plaignent-ils. Les intermédiaires disposent d'un réseau de clients aisés à qui ils vont les revendre fort cher, en réalisant de confortables "plus-values". On comprend pourquoi l'initiative de la Société Générale de parrainer l'exposition de leurs oeuvres à Casablanca et dans un cadre approprié, leur va droit au coeur. En prenant à sa charge les frais de séjour de ces cinq peintres, en assurant la couverture médiatique nécessaire, la Société Générale ne leur permet pas seulement d'éviter les courtiers qu'ils appellent d'un terme violent "suceurs de sang". Elle rapproche de jeunes créateurs non dépourvus de talent, une clientèle d'amateurs éclairés qui paient à leurs auteurs le juste prix de leur travail et contribuent à faire connaître leurs noms. "Nous formons un groupe solidaire ", disent les peintres en substance. L'idée d'une exposition collective s'était imposée à eux en Octobre dernier. Ils ont contacté M. Tazi, vice-président général de la Société Générale. A partir de là, les choses sont allées très vite. Un chiffre témoigne que cette expérience réussie mériterait d'être renouvelée: sur les 63 tableaux exposés plus de la majorité ont été vendus.

    K.L.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc