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    Politique Internationale

    La chasse, sport et passion

    Par L'Economiste | Edition N°:52 Le 05/11/1992 | Partager

    Un mois à peine après l'ouverture, les chasseurs signalent que le gibier se fait rare. La chasse est un sport assez peu répandu, mais elle a ses adeptes, et est même un argument de poids pour un tourisme spécialisé. Chasser revient relativement cher et la chasse a sa discipline comme sa déontologie.

    MASMOUDA, dans, la région d'Ouazzane, à l'aube, les premières lueurs du lever du soleil annoncent un ciel dégagé. C'est plutôt un mauvais temps pour chasser. M. Abdelmajid Ferhi, chasseur casablancais, ne manque pas de faire le constat. “Il fera chaud; la journée sera fatigante”, dit-il. Ses deux compagnons, MM. Ammori et Znaïdi, approuvent tout en formulant le voeux d'avoir quand même une “bonne” chasse...

    Les chasseurs, qui doivent “crapahuter” sur de longues distances à la recherche du gibier, craignent la grande chaleur.

    Laisser sa chance au gibier

    Sous un ciel gris, la chasse fatiguerait moins et offrirait plus de spectacle. Autour de MM. Ferhi, Ammori et Znaïdi, membres de l'amodiation “Al Yamama” (Cf encadré), cinq rabatteurs essaient de calmer des chiens surexcité; La présence de rabatteurs découle d'une obligation liée à l'amodiation: les chasseurs doivent valoriser la région et donc employer des personnes habitant dans la zone.

    Les rabatteurs ont deux fonctions: ils “provoquent” le gibier certes, mais surtout ils animent le spectacle qu'est aussi la chasse. Au moyen de bâtons et de chiens, les rabatteurs vont lever le gibier à portée des fusils. “Moralement, il est interdit de tirer à l'arrêt, il faut donner au gibier sa chance de vivre”, expliquent les chasseurs. Un jeune rabatteur de Masmouda ajoute: “Si un chasseur tire sur un perdreau à l'arrêt, il l'aura trahi”.

    La chasse doit conserver un “rapport honnête” entre le gibier et les chasseurs. Les chasseurs tiennent particulièrement à ce rapport, ils ne veulent pas être des "tueurs" et se sentent des “protecteurs de la nature” de par les actions de valorisation qu'ils entreprennent parallèlement à la chasse.

    Les "plaisirs de la chasse"

    Les chasseurs sont des gens passionnés, qui expliquent assez peu leur passion mais se sentent injustement attaqués si cette passion est critiquée.

    Dans la chasse, les plaisirs ont de multiples facettes. Le plaisir le plus évident est celui de trouver et de tirer le gibier, sans le rater. Ensuite, vient le plaisir de "bien se fatiguer" dans un sport difficile. Enfin, il y a un plaisir que le chasseur a emprunté aux militaires: avoir et manipuler une arme, faire preuve d'endurance et de discipline, et si l'adresse est au rendez-vous, tuer le gibier. "C'est une sorte de guerre", disent les trois compagnons. D'ailleurs, “un chasseur s'habille comme un soldat”, rappelle en souriant M. Ferhi, dont la famille chasse depuis au moins trois générations. La chasse démarre sur lieu de Masmouda qui se trouve à 800 mètres d'altitude. C'est un des points stratégiques de l'amodiation "Al Yamama qui vient de renouveler, pour trois nouvelles années, son contrat de bail avec la Direction des Eaux et forêts. L'amodiation “Al Yamama” a un droit de chasse sur une étendue de près de 13.300 hectares.

    Le paysage est superbe pour l'oeuil et il assure de belles caches pour le gibier, ce qui veut dire beaucoup de marche pour le chasseur. Le site se compose de reliefs nus, de petites forêts d'oliviers et de terres plates.

    Après une demi-heure de marche, une compagnie de perdreaux est repérée sur une hauteur. Les chasseurs redoublent de vigilance car le perdreau est très prisé parmi le gibier à plumes. Sa chasse ne se fait d'ailleurs pas au hasard mais obéit à une stratégie bien précise. “Chasseurs et rabatteurs doivent être alignés pour éviter qu'un tir raté ne blesse quelqu'un, la méthode est donc une question de sécurité; et puis, cela nous permet de nous assurer que toute la zone est ratissée en même temps. Les chiens, qui ont le flair, sont juste devant nous, explique M. Ferhi.

    La compagnie de perdreaux, posée au sommet d'un relief, est alertée par les aboiements d'un chien qui fait de l'excès de zèle. Elle s'envole en direction de la forêt. Chasseurs et rabatteurs repartent pour la suivre. Combien de kilomètres ont-ils déjà parcourus? Peu importe, l'essentiel de la chasse, c'est la marche

    Du moment que la direction de la compagnie a été repérée... la marche continue mais de plus en plus silencieuse. Le perdreau se déplace à 60 km/h. De loin, arrivent les échos de quelques cartouches tirées par un autre groupe. Le bruit est creux, font remarquer les chasseurs de notre groupe, ce qui signifie que le tireur a manqué sa cible.

    Gibier "intelligent"

    Normal, “C'est le quatrième dimanche de la chasse et le gibier commence à devenir intelligent”, commentent les chasseurs. Dans la forêt, la recherche devient plus difficile: Il faut respecter la ligne, rester attentif au moindre bruit, rabattre sans cesse les arbustes, pousser les chiens distraits ou fatigués de continuer à chercher... et bien entendu marcher

    "La tactique consiste à pousser le perdreau vers une impasse, en l'éloignant de sa zone habituelle. De la sorte, la compagnie se disperse et le perdreau ne se retrouve plus", explique M. Znaïdi. Une fois isolé, le perdreau change de stratégie. Il s'immobilise et ne bouge plus. Seuls les chiens peuvent le trouver. Alors le rabatteur “provoque” l'oiseau avec son bâton pour qu'il s'envole.

    C'est à ce moment-là seulement que le chasseur se sent le droit de tirer. S'il est adroit, habile et expérimenté, il atteint sa cible et savoure sa joie. S'il ne l'est pas, le perdreau aura sauvé sa peau et gagné la partie, une partie où l'oiseau n'a que ses ailes alors que le chasseur est armé.

    L'art de s'équiper

    L'armement du chasseur est un art perfectionné. L'arme de chasse est le fusil, de préférence à 4 ou 5 coups, accessoirement, le chasseur emportera un couteau spécial, le couteau de chasse. Sur le marché, le fusil de chasse à 4 ou à 5 coups est le plus demandé. Les marques italiennes viennent en tête. “Benelli” et "Beretta" raflent les quatre cinquièmes du marché marocain, expliquent les rares armuriers qui restent à Casablanca. Loin derrière, les fusils d'origine espagnole ou russe essayent de s'accrocher.

    Interrogé sur cette domination italienne en termes de parts de marché, un armurier du centre ville explique: "les usines italiennes restent les seules compétentes dans l'industrie des armes. Elles fournissent même les pays de la C.E.E".

    De 13.000 à 25.000 DH le fusil

    Le poids d'un fusil varie entre 2,850 kg et 3,250 kg, ce qui n'est pas négligeable, après 10 km de marche...

    Les fusils de chasse sont désignés par leur calibre qui exprime le diamètre du canon, en millimètres. Les calibres les plus utilisés sont le 12 et le 20, rarement le 16, qualifié par les armuriers de “calibre bâtard”. Le prix d'un fusil neuf à 4 ou à 5 coups varie entre 13.000 et 25.000 DH. Le prix de l'occasion n'est que légèrement inférieur au neuf.

    Dans certains cas, l'arme de seconde main peut valoir autant que la neuve, sinon plus, précisent les armuriers. Le tout dépend de la marque, du modèle et de la qualité de fabrication.

    En matière de cartouches, on retrouve évidemment les merles calibres: le 12 qui convient pour les débutants, le 16 toujours qualifié de "bâtard" et le 20 réservé aux chasseurs chevronnés. Les prix des cartouches varient entre 3 et 6 DH pièce. Sur le marché espagnol, elles sont “deux fois moins chères”, assure un chasseur.

    Le reste de l'équipement comprend un sac à dos dont le prix se situe autour de 100 DH, un couteau de chasse que l'on peut trouver pour 50 DH, une veste, de type militaire de préférence, pour 300 à 400 DH, des chaussures de chasse (de 150 à 300 DH), une cartouchière (autour de 100 DH si on marchande bien), une gibecière (autour de 150 DH) et un gilet spécial-chasse (200 et 300 DH).

    Les armuriers indiquent que la plupart des articles vestimentaires de chasse sont fabriqués au Maroc. Ils précisent que leur commerce reste essentiellement saisonnier (de Septembre à Décembre).

    Le nombre des armureries de Casablanca a diminué au fil des ans.

    "Il y a quelques années, nous étions une douzaine d'armuriers. Maintenant, nous ne sommes plus que quatre et tous les trois ou quatre ans, l'un d'entre nous disparaît”, confie un armurier.

    Le gibier se faire rare

    Le gibier devient rare. Il faut faire de longs parcours pour le trouver. C'est une véritable chasse au trésor constate M. Jalil Bennis, qui pratique la chasse depuis plus de vingt ans. Son avis est partagé par M. Abdellah Jeffal, Chef du Bureau de la Chasse et de la Pêche à Casablanca, qui révèle que “les conditions climatiques de cette année ont réduit de 50% les chances de reproduction du gibier, notamment le perdreau”. Outre l'effet de la sécheresse, M. Jeffal cite deux autres raisons: le braconnage et l'action des animaux nuisibles (renards et sangliers). Les zones de chasse libre deviennent rares au profit d'un développement des zones amodiées.

    L'amodiation, groupement de chasseurs privés, contracte un bail avec la Direction des Eaux et Forêts dont la durée peut être d'une, deux ou trois années”, nous explique M. Abdellah Jeffal.

    En vertu du contrat passé, les membres de l'amodiation ont le droit de chasser le gibier qui se trouve dans une zone délimitée géographiquement.

    En échange, l'amodiation s'acquitte du montant du loyer, payé annuellement et s'engage à aménager dans la zone de chasse, des pistes accessibles, des abreuvoirs, du manger pour le gibier. Elle s'engage aussi à valoriser une réserve pour le repeuplement des espèces.

    De l'avis de M. Hennis, “ce sont les amodiations qui ont permis au Maroc de maintenir un minimum de discipline en matière de chasse”. Les membres d'une amodiation doivent être des chasseurs dûment autorisés par la loi. Ils doivent donc posséder un permis de chasse et un permis de port d'arme. Pour avoir ces deux permis, la personne intéressée est censée être apte physiquement et moralement et n'avoir jamais commis d'infraction d'ordre pénal.

    Le dossier comporte les pièces suivantes : un certificat de résidence, un casier judiciaire, un extrait d'acte de naissance, six photos, un certificat d'achat du fusil (n°, marque...). Une enquête de moralité est ouverte par les services de l'arrondissement de résidence et de la police. “Si l'intéressé a une bonne moralité, on lui accorde une autorisation de port d'arme et de chasse”. Un permis de port d'arme coûte 200 DH. Celui de chasse touche les 900 DH, prix de deux timbres fiscaux. Le premier, d'une valeur de 600 DH, est destiné à la Commune.

    Le second d'une Valeur de 300 DH, est réservé au “Fonds de la Chasse”. Chaque année, le chasseur doit renouveler sa “licence de chasse en forêts domaniales” (100 DH/an), sa police d'assurance (120 à 150 DH/an), et sa carte fédérative ( l00 DH/an).

    (1) Au lever du soleil
    (2) Au coucher du soleil
    (3) Le tir des laies suitées (mères avec leurs petits) est interdit
    (4) Le gibier d'eau et de passage dont la chasse est autorisée est énuméré ci-après: bécasses, bécassines, bécasseux, chevaliers, foulques, merles, macreuses, canards (sauf les tadornes), sarcelles sauf les sarcelles marbrées), fuligules (sauf les fuligules Nyroca), oies, plongeons gravelots, pluviers, huîtriers, barges, oedicnèmes criards, poules d'eau, râles divers, vanneaux et grives.
    (5) Les animaux nuisibles sont: les belettes, les chacals, les putois, les renards, les corbeaux, les corneilles, les étourneaux et les moineaux.

    Abdelkhalek Zyne

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