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    International

    L’Inde et les autres ou le billard à bandes multiples
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:3434 Le 29/12/2010 | Partager

    Décidément, l’Inde n’est pas seule. D’imposantes délégations étrangères s’y succèdent. Elle a reçu cet automne Vladimir Poutine, Premier ministre russe, David Cameron, le Britannique, le président Barack Obama puis Nicolas Sarkozy. Le 15 décembre, c’était le tour de Wen Jiabao. Invité par Manmohan Singh, son homologue indien, le chef du gouvernement chinois a séjourné trois jours en Inde, accompagné d’une centaine de chefs d’entreprise. La valse des soupirants n’en était pas terminée pour autant. A peine Wen Jiabao était-il reparti, le 18 décembre, saluer les Pakistanais voisins, que le président Medvedev arrivait le surlendemain. Sans doute voulait-il réaffirmer les relations étroites, plutôt anciennes, parfois privilégiées, que la Russie entretient avec l’Inde. Le pays des maharadjas, grand comme un continent, fort d’un milliard d’habitants, attire les puissances comme le miel attire les guêpes. L’intérêt commercial n’y est pas étranger. L’Inde est un immense marché. Son produit national progresse vite. D’immenses opportunités sont à saisir. En ces temps de crise financière euro-atlantique, on comprend que Britanniques, Américains, Français rivalisent en Inde. Les Russes aussi. S’agissant des Chinois, leur attirance pour l’Inde est peut-être d’une autre nature. Pas si sûr! A une époque où les idéologies conquérantes se font discrètes, la politique étrangère est un tout, à multiples facettes, mais où deux grands miroirs reflètent plus spécialement les motivations des Etats, l’économique et le stratégique; peu importe dans quel ordre puisqu’ils s’entremêlent étroitement. Ceci n’est pas nouveau. Le baron Louis, ministre des Finances, pendant la Monarchie de Juillet (1830-1838) l’avait dit à Louis Philippe, roi des Français: «Faites-nous, Sire, de la bonne politique, je vous ferai de bonnes finances».

    Place aux «affaires»!
    Eternelle source du «nerf de la guerre», l’économie est toujours une priorité pour les hommes d’Etat. A New Delhi, Barack Obama s’est félicité des 10 milliards (de dollars) espérés, parlant d’énormes contrats et de nombreuses heures de travail pour les ingénieurs et ouvriers d’outre-Atlantique. C’est en faisant la liste des accords signés et des sommes attendues que Nicolas Sarkozy et les journalistes qui l’accompagnaient ont mesuré l’intérêt de la visite: 13 milliards, dit-on, si tout se fait. Même chose pour les Chinois qui ont brandi à leur tour le chiffre d’affaires escompté, 16 milliards! (voir encadré). Quant aux Russes, s’ils ont du mal à être crédibles en matière d’armement, ils semblent néanmoins heureux de s’être entendus avec les Indiens sur un projet d’avion de combat furtif de cinquième génération, sensé, à l’horizon 2030, être construit à 300 exemplaires pour un coût de 30 milliards. La partie russe revendique aussi deux accords dans le domaine de l’énergie, l’un afin de mettre en service la première tranche de la centrale nucléaire de conception russe, édifiée à Kudankulam (extrême sud de l’Inde), l’autre concernant deux unités supplémentaires.
    Des stratégies croisées
    Mêlées à l’économie, les arrière-pensées stratégiques sont omniprésentes. Les Indiens y comptent. Ils pourraient tenir seuls en respect l’adversaire pakistanais, qui leur a toujours été militairement inférieur. Mais voilà! Son alliance avec la Chine fortifie le Pakistan et inquiète New Delhi. Déjà attaquée par la Chine en 1962, l’Inde continue de la redouter. L’agressivité de Pékin devient de jour en jour plus manifeste. Depuis septembre 2009(1), des militaires chinois sont présents au Cachemire pakistanais, sous couvert d’aménagements d’infrastructures routière et ferroviaire. Il s’agit de viabiliser la voie rapide qui va du Pakistan au Xinjiang, la province chinoise volontiers rebelle. Cette autoroute, associée à une voie ferrée et à un oléoduc, permettra aux Chinois d’utiliser pleinement le port pakistanais de Gwadar(2), construits par eux mais qui ne disposait pas jusqu’à présent des infrastructures nécessaires. Ce port de Gwadar, dont les Pakistanais leur ont promis la gérance, sera ainsi relié, via le passage du Karakorum, à Kashgar au Xinjiang. Pékin disposera ainsi d’un accès terrestre à l’océan Indien, l’affranchissant des goulets maritimes d’étranglement dont il est plusieurs exemples en Asie du Sud. D’autres objectifs sont également visés comme la recherche et l’exploitation de ces «terres rares» dont on parle tant et dont le Pakistan serait l’heureux détenteur. Ce tropisme pakistanais de la Chine explique assez la réserve du gouvernement de New Delhi lors de la visite chinoise en Inde du 15 au 18 décembre. Mais cela permet aussi de comprendre pourquoi New Delhi porte en revanche une attention soutenue à la Russie. Moscou demeure un recours possible. Et New Delhi est d’autant plus attentif à cette «belle et bonne alliance» que l’amitié affirmée par Barack Obama pour l’ex-«joyau de l’empire britannique» est sujette à caution. Pour l’heure, le problème géostratégique que les Etats-Unis ont à résoudre est d’obtenir la participation des Pakistanais à la lutte contre les Talibans. Et comme cette participation exige des contreparties américaines en matière d’armes, les rapports des Etats-Unis avec l’Inde ne peuvent qu’être marqués par cette schizophrène exigence: «Je veux», dit Washington à New Delhi, «que ton ennemi pakistanais m’aide, je l’arme pour qu’il le fasse, mais cela ne m’empêche pas d’être ton ami!». On a connu des situations géostratégiques plus simples!C’est aussi un peu de cette manière que la question se pose pour Pékin. Nonobstant son alliance avec le Pakistan, la Chine vient assurer l’Inde de ses bonnes intentions, en espérant la convaincre. Car sa défense est pour l’empire du Milieu un aspect essentiel et légitime de sa politique étrangère. Or Pékin, comme naguère Moscou, redoute d’être encerclée. Qu’on en juge: la Russie fut longtemps son adversaire et elle peut le redevenir; le Japon et la Corée du Sud en sont deux autres; le Viêtnam est un ennemi héréditaire; la Chine s’est fait beaucoup d’ennemis le long des rivages du Pacifique et de l’océan Indien, Pakistan et Myanmar exclus. Dans ces conditions, la neutralité de l’Inde, à défaut d’alliance, mérite que Pékin s’en préoccupe!L’intérêt américain pour le Pakistan se justifiait au temps de l’opposition Est-Ouest; il est aujourd’hui lié à la guerre d’Afghanistan. D’une manière ou d’une autre, celle-ci se dirige vers sa fin. En revanche, le «containment» de la Chine, que les Etats-Unis seront probablement tentés d’instaurer, aura besoin de l’Inde. Bonne occasion pour la Chine de multiplier ses actions en direction du Pakistan, peu à peu délaissé par les Etats-Unis, et dont elle pourrait prendre toute la place, y compris, peut-être, en Afghanistan. L’Asie est loin d’être stabilisée. Des forces considérables y sont aux prises avec comme enjeu la suprématie régionale, voire mondiale. Pour New Delhi, l’appui chinois à Islamabad ressemble à celui apporté à la Corée du Nord. Celle-ci peut couler une corvette du Sud ou bombarder une de ses îles, rien n’y fait, le soutien de Pékin à Pyongyang demeure indéfectible. L’Inde redoute qu’il en aille de même avec le Pakistan, imperturbablement soutenu par la Chine même si Islamabad devait inciter ses extrémistes à conduire des attentats énormes à Calcutta, à Bombay ou ailleurs. Une guerre est loin d’être certaine. S’il advenait, pourtant, que les conflits interétatiques redeviennent d’actualité, tout indique que la prochaine grande guerre aurait lieu en Asie plutôt qu’en Europe.

    Le bilan des Chinois en Inde en dollars, prêts et contrats

    - Prêt de 4,63 milliards ($) accordé à des entreprises indiennes par la Banque chinoise pour le développement (BCD) pour divers projets énergétiques.- Autre prêt de la BCD de 2 milliards pour des investissements en matière de liaisons et communications.- Prêt accordé par la Banque de Chine, soit 1,2 milliard au profit de la Banque indienne pour le développement et l’industrie (IDBI).- Les entreprises chinoises Sepco et Shandong fourniront les équipements nécessaires en matière de production d’énergie électrique au groupe indien Adani, pour un total de 3,63 milliards.- Autre contrat conclu entre Shandong et la société indienne Tamil Nadu Power Corporation pour 800 millions.- Vente d’aluminium chinois à l’Inde (Vedanta), pour un montant de 330 millions.- Contrat de vente d’équipements pour centrale électrique entre la Dofang Electric (chinoise) et l’Abhijeet Projects (indienne) d’une valeur de 2,5 milliards.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Voir notre chronique, «Etats-Unis, Inde, Chine, Pakistan, en Asie du Sud la partie se joue à quatre! L’Economiste, 15 septembre 2009.(2) Le port de Gwadar (Pakistan), en eau profonde, construit par les Chinois, a été inauguré en 2008. Il est situé dans la province du Balouchistan, sur la mer d’Arabie, non loin de l’entrée du Golfe arabo-persique, à 460 km au sud-ouest de Karachi, et à 75 km de la frontière du Pakistan avec l’Iran.

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