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    Espagne: Réformer pour revenir à la croissance
    Par Robert Lanquar

    Par L'Economiste | Edition N°:3434 Le 29/12/2010 | Partager

    Les réformes que l’Espagne entreprend depuis bientôt un an ne sont pas suffisantes pour améliorer la compétitivité de ce pays et lui faire reprendre un durable chemin de croissance. L’étude économique que vient juste de publier l’OCDE(1) sur l’Espagne a créé bien des surprises. En quatre chapitres: 1º Rééquilibrer l’économie, 2º Rétablir la viabilité budgétaire, 3º Réformer le marché du travail, et 4º Action en faveur d’une utilisation durable de l’eau. Cette étude contredit dans une certaine mesure certains rapports internationaux et insiste sur les réformes de fond à accomplir, réformes qui exigeront des efforts plus intenses et plus amples de la part des autorités. L’Espagne et l’Irlande sont les pays qui ont profité le plus de leur entrée dans l’Union européenne. Aujourd’hui le retour de bâton est sévère. La reprise ne fait que commencer et l’appétit des investisseurs étrangers s’est porté sur plus de 40% des actions des entreprises espagnoles qui cotent en Bourse, profitant de la chute du marché boursier. Tous les gros secteurs de l’activité ont plongé, aux premiers rangs desquels l’automobile, l’immobilier et le tourisme. Les prix de l’immobilier sont en train de marquer le pas, mais devraient baisser jusqu’en 2011. Pour le tourisme, les chiffres de 2010 sont encourageants, mais n’atteindront pas les records des années 2007-2008. La baisse de l’euro a revigoré les marchés internationaux dont le tourisme britannique qui en représente le cinquième. Des efforts ont été faits pour innover: c’est le marché des croisières, les ports espagnols ont connu une croissance à deux chiffres du nombre d’arrivées de croisiéristes internationaux. Un train à grande vitesse entre Madrid, Cuenca, Albacete et Valence s’est ouvert le dimanche 19 décembre qui fait de l’Espagne le pays européen avec le plus grand nombre de lignes et le second au monde après la Chine quant au nombre de kilomètres. Malgré cela, l’Espagne s’est mise à avoir des marchés plus libéralisés que la moyenne de l’OCDE, comme le reflète la comparaison des données entre 1998, 2003 et 2008. En quinze ans, les marchés espagnols se sont ouverts à la concurrence, de nombreux obstacles au commerce et à l’investissement ont été levés, ce qui est en fait un des pays européens les moins restrictifs. Le poids des impôts reste relativement faible. L’on a trop joué sur des secteurs spéculatifs comme l’immobilier et d’autres facteurs pèsent sur le budget de l’État: trop de fonctionnaires et d’échelons administratifs, ce que le rapport de l’OCDE ne souligne pas assez. La décentralisation a ajouté un niveau de décision avec les communautés autonomes et parfois une duplication des compétences avec le gouvernement central. Les communautés autonomes cherchent à accroître leurs pouvoirs et les réformes récentes de leurs statuts ne prévoient pas une diminution des pouvoirs d’échelons plus locaux, en particulier les provinces. Comme en France pour les départements, se pose la question de l’existence des provinces, même si la démocratie comporte un coût. L’OCDE demande surtout que l’on comble le vaste déficit budgétaire. Une fois les finances publiques assainies, il sera possible de réformer le système fiscal, c’est-à-dire «transférer une partie du poids de la fiscalité des revenus du travail vers la consommation et le patrimoine immobilier». La taxe à la valeur ajoutée est trop faible par rapport à la moyenne européenne et devrait augmenter. On lui suggère d’introduire des impôts environnementaux. On lui demande de réduire les impôts qui grèvent les transactions immobilières pour favoriser la location, au lieu de la propriété, et augmenter ainsi la mobilité des travailleurs.Car sur l’emploi, l’OCDE se veut plus réaliste que le gouvernement espagnol: il n’y aura pas de réduction du taux de chômage avant 2012 et pour l’avenir il faut valoriser le capital humain. Il s’agit d’assouplir les conditions d’accès des jeunes au 2º cycle de l’éducation et de la formation professionnelle. Sur ce sujet, peu de progrès ont été faits ces dernières années. Le rapport PISA 2010 (Programme for International Student Assessment ) qui fournit une performance globale de l’éducation et la performance sur trois niveaux de compétences de base comme la lecture, les mathématiques et la science, a montré que l’Espagne a à peine amélioré ses résultats. Elle se situe dans le peloton de queue en Europe et peu d’accent est mis pour lutter contre l’absentéisme et l’échec scolaire. Une région comme l’Andalousie est parmi les pires résultats. Cependant l’Espagne présente un système d’éduction plus équitable que d’autres pays européens, ce qui pourrait changer si, pour améliorer la compétitivité, on privatise de plus en plus l’enseignement supérieur.Comme on le voit dans les deux encadrés ci-dessous, le rapport de l’OCDE demande une réforme plus accentuée du marché du travail par une réduction des charges sociales pour l’employeur et de la protection dont bénéficie l’emploi à temps indéterminé, mais surtout le passage à 67 ans de l’âge de la retraite. Les syndicats tentent bien de réagir, mais le cœur n’y est pas. L’autre point est l’appel porté sur la bonne gouvernance de la gestion de l’eau, accent bien singulier dans un rapport macroéconomique, mais qui montre que l’Espagne va subir plus que d’autres l’impact du changement climatique. C’est une considération que les autres pays de la région méditerranéenne devront prendre en compte. Dans tous les cas, l’Espagne à partir de 2013 fera peut-être mieux que la France ou l’Allemagne, la Hollande et surtout l’Italie selon le FMI. En attendant, il lui faudra continuer de gérer politiquement et socialement une crise bien périlleuse qui pourrait affecter toute la zone euro.


    Une agriculture plus chère

    Pourquoi tout un chapitre -le quatrième intitulé «Action en faveur d’une utilisation durable de l’eau»- et tant d’importance donnée à l’eau et si peu à l’agriculture, sinon pour montrer les types de techniques d’irrigation en usage et la productivité et la valeur ajoutée de cette irrigation dans l’agriculture? Il s’agit de lire entre les lignes. Le changement climatique peut affecter gravement l’agriculture espagnole: plus de précipitations l’automne et l’hiver, bien moins l’été. Si l’on applique les réformes dont parle l’OCDE, l’eau sera plus onéreuse, l’agriculture espagnole deviendra plus chère. «Les prix de l’eau devront augmenter afin de refléter pleinement les coûts de fourniture du service, ainsi que le coût de rareté et les coûts environnementaux des prélèvements d’eau». Espérons que cela n’entraînera pas des réflexes protectionnistes que l’on a pu discerner dans le gouvernement andalou où siégeait Rosa Aguilar, l’ancienne maire de Cordoue, devenue, fin octobre 2010, ministre espagnole de l’Agriculture (son titre exact est ministre de l’Environnement, des Milieux ruraux et marins).-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) www.oecd.org/eco/surveys/spain


    La retraite à 67 ans et la fin du modèle social européen
    Le modèle social européen est sous les coups de boutoir des réformes: retarder l’âge de la retraite en Europe est devenu la solution choisie par la plupart des pays européens afin de financer leurs engagements actuels ou futurs de retraite. En Espagne, elle sera repoussée à 67 ans et la période de référence allongée de 15 à 20 ans. La loi sera présentée aux Cortes fin janvier 2011. En Allemagne, c’est déjà fait et le passage des 65 aux 67 ans arrivera graduellement entre 2012 et 2029; en Autriche, l’âge minimum passera d’abord pour les hommes à 65 ans au lieu des 61,5 ans et pour les femmes ce ne sera qu’à partir de 2024. Au Danemark, dès 2006, il fut décidé de passer aux 67 ans; ensuite ce sera la Suède. En Angleterre, on passera à 68 ans entre les années 2024 et 2046. Ailleurs, on reste encore dans les limites antérieures, mais pour combien de temps; en France, l’âge minimum est déjà passé de 60 à 62 ans cet automne avec un minimum d’années de cotisation de 41,5 ans en 2020; en Italie, le changement se fera bientôt, ainsi qu’en Grèce, Hongrie, Irlande… Au-delà des différences, tous les régimes de retraite en Europe se trouvent confrontés à un problème commun : le vieillissement de la population. La proportion des Européens âgés de plus de 80 ans devrait presque tripler d’ici 2050 et les personnes âgées de 60 à 79 ans représenteront un quart de la population totale de l’Union européenne. Trois personnes sur 10 auront 65 ans et plus en 2050. Cela ne se produira pas sans remous. En Espagne, les deux grands syndicats UGT et CCOO ont organisé une quarantaine de manifestations contre cette réforme. Ailleurs, le ton monte aussi, mais il semble bien que tous commencent à se résigner. Les plus touchés seront la large population d’immigrants qui commence à se poser des questions sur le mythe de l’eldorado européen. Serait-ce un signe de la fin du modèle social européen?
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