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    Icomail: Histoire d'un redressement

    Par L'Economiste | Edition N°:54 Le 19/11/1992 | Partager

    Van Gils était une marque prestigieuse. Icomail était une entreprise atypique de la confection: elle cultivait fièrement la qualité et affichait une gestion sociale moderne. En quelques jours, elle a frôlé la faillite. En quelques semaines, elle s'est redressée. C'est une véritable histoire d'hommes et d'industrie qui mérite d'être contée.

    Icomail, jusque là connue par Van Gils, la griffe de ses costumes, pourrait devenir célèbre par son redressement. D'entreprise leader, elle a frôlé la faillite dans le sillage de sa maison mère, en Août. Deux mois plus tard, un plan de redressement commercial, industriel et financier est bouclé. Une entreprise et ses 1.400 emplois ont été sauvegardés. C'est une aventure qui pourrait devenir un cas d'école, un véritable cas pratique pour un enseignement sur la gestion de crise.

    L'histoire a commencé le 17 Juillet 1992 en Belgique à 8 heures. Mohamed Boujemâa, Directeur Général d'Icomail, s'apprête à pénétrer dans une salle de réunion, dans les locaux du holding Van Gils. Une rencontre de routine où il doit être question de la collection de l'été 93, autour d'un bon café. Dans la confection organisée, les affaires et les plannings se préparent un an à l'avance. Il n'est bien sûr pas question de crise.

    Le Directeur de Production du groupe appelle M. Boujemâa, qui va le voir, c'est peut-être le costume croisé qui se démode, ou le bas des pantalons qu'il faut élargir.

    Il apprend qu'Algemene Bank, seul bailleur de fonds du holding Van Gils, refuse une rallonge de crédit de 15%. La routine pour une entreprise marocaine. La faillite dans les 48 heures pour une entreprise installée en Belgique, de par la loi. "La discussion n'a pas duré plus de 3 minutes C'était comme si le ciel m'était tombé sur la tête", se souvient M. Boujemâa.

    La très honorable Algemene Bank ne croit plus dans le textile ou la confection. Ses experts observent le rétrécissement de la demande: les vêtements se vendent peu et les magasins dans toute l'Europe passent leur temps à solder. Si l'entreprise doit s'écrouler, ce sera sans l'Algemene Bank.

    Car le holding Van Gils, inquiète surtout par sa structure financière; l'endettement s'accroît, inquiète. L'entreprise commerciale, par vocation, emprunte à court terme pour financer un stock, une saison. L'argent se retrouve immobilisé dans des unités industrielles, comme Trojaco, dans la zone franche de Tanger. Les crédits de fonctionnement se retrouvent en investissements. "Un des torts de Van Gils est de ne pas avoir su mesurer les risques, en matière de crédit", reconnaîtra M. Boujemâa. L'entreprise paye en 1992 des crédits datant de 1980 et l'équivalent de 550 millions de Dirhams sur 7 ans, en frais financiers.

    Les intérêts sont une aubaine pour le banquier, jusqu'au jour où il s'inquiète... pour son principal. L'objectif de l'Algemene Bank est de récupérer les crédits, garantis par les affaires détenues à 100% par le holding Van Gils. Un détail sauvera Icomail: elle n'est détenue qu'à 67% par le défunt holding. Du coup, l'entreprise de Casablanca reste maîtresse de ses stocks, de ses en-cours. Les camions sont bloqués, les livraisons de la collection pour l'hiver 93 sont suspendues.

    M. Boujemâa rentre à Casablanca, réunit les cadres, les délégués du personnel. "Continuez à fabriquer, je m'occupe de trouver les marchés, de vendre la collection". Pouvoirs publics, actionnaires et banquiers marocains sont informés.

    Icomail veut utiliser le réseau des distributeurs Van Gils pour écouler les 24 millions de Dirhams de stocks qu'elle détient. Algemene Bank propose que ces vêtements soient écoulés à travers la liquidation. Une rencontre a lieu à Malaga, terrain neutre. "J'ai eu l'impression de mener une mission secrète", expliquera M. Boujemâa. La paix séparée n'aura pas lieu. Les négociations par Fax et Télex malgré un accord de principe n'aboutiront pas. Icomail vendra par elle-même, craignant de laisser passer la saison.

    Pour le moyen terme, l'entreprise doit aussi trouver des clients. La production était vendue, pour 65% à Van Gils, et pour 35% à d'autres clients directs. En un mois et demi, un nouveau réseau-clients est constitué.

    Par ailleurs il faudra, au plan interne, industriel, accompagne; ce redéploiement commercial. Des fonctions "relations clientèles, ordonnancement" seront créées, ou renforcées. Il fallait créer un service achat et approvisionnement. Auparavant c'était "Vecoma" (Tanger) qui assurait la logistique. Les chaînes qui étaient mono-modèle ont dû être restructurées, pour produire des modèles de costumes diversifiés. Un département digitalisation (pour la gradation des modèles) a été créé. La normalisation du département assurance-qualité est poussée pour obtenir la certification.

    Le Projet d'Entreprise sera redéfini. Il appartient au nouveau Directeur des Ressources Humaines et de la Communication de conduire la nouvelle identité d'Icomail.

    Le carnet de commandes étant rempli, une restructuration financière est proposée aux actionnaires. Icomail retient la leçon Van Gils et reconstitue son capital social. Elle réalisait, avec 8 millions de Dirhams de capital, 250 millions de Dirhams de chiffre d'affaires. Dans un premier temps, il passera de 8 à 43 millions de Dirhams de capital social. Dans la nouvelle structure Jalil Bennani Smirès détiendra 31%, la BCM 31% (en portage), M. Habib Laghrari 14%, M. Boujemâa (Directeur Général) 10%, Mibuco 12,80%. Le reste est détenu par des petits porteurs et Alwin Van Gils qui devient administrateur de l'usine. L'an prochain, une nouvelle augmentation aura lieu, par incorporation des réserves. Icomail s'était constitué un beau matelas de 27 millions de Dirhams, au fil des ans, grâce à un principe de répartition des bénéfices: 60% en réserves, 40% en dividendes.

    Icomail écoulant par ailleurs son stock, sa dette sera réduite de 80 à 28 millions de Dirhams, puis rééchelonnée. Pour la gestion à court terme, les besoins en fonds de roulement seront réduits: 85% des activités seront conclues en sous-traitance, leur financement est donc reporté sur le donneur d'ordre.


    Khalid BELYAZID

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