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    Economie

    Huile, sucre et gaz: Plus on est riche, mieux on est subventionné

    Par L'Economiste | Edition N°:145 Le 15/09/1994 | Partager

    Dans les années 80, la Caisse de Compensation était une grande vedette politique: elle apparaissait comme une pièce maîtresse de l'aide aux familles défavorisées. Aujourd'hui, la radioscopie de la réalité est bien différente.

    A l'échelle du pays. la compensation a perdu assez largement son efficacité pour alléger les budgets alimentaires des familles défavorisées.

    Selon les calculs de Badr-Etudes(1), les plus pauvres d'entre les pauvres, ceux qui dépensent moins de 2 .936 DH par an, gagnent 36,79 DH sur l'année grâce à la compensation de trois produits distribués sans ciblage: l'huile (15,14DH), le sucre (15,07DH) et le gaz (6,58DH). L'étude chiffre le phénomène soupçonné depuis le milieu des années 80, c'est-à-dire qu'il subventionne davantage les revenus les plus élevés que les plus bas. Entre les personnes les plus pauvres et celles "l'ont une dépense annuelle supérieure à 9 063 DH/an, la subvention est multipliée par 2,5 pour les trois produits. Le problème est compliqué par le fait que les dépenses alimentaires dites de base n'occupent pas la même place dans les dépenses.

    Ainsi ceux qui se trouvent dans la tranche de dépenses inférieure à 2.935DH/an/personne, achètent pour 113,1 ODH/an de sucre et reçoivent, à travers cet achat, une subvention de 14,91 DH. Ceux qui dépensent plus de 9.063 DH par personne et par an en achètent pour 201,80 DH et perçoivent de ce fait une subvention de 26,60DH. En conclusion, la subvention double quand le revenu est multiplié par trois.

    Pour l'huile, l'écart entre les tranches de dépenses est encore plus grand: 41,1 3DH de subvention pour la tranche haute contre 15,14DH pour la tranche la plus basse, la première consommant trois fois plus d'huile de graines que la seconde.

    Pour l'huile comme pour le sucre, la question de la subvention vient se compliquer du fait des politiques agricoles.

    Pour le gaz, la subvention est globalement moins importante mais le ciblage défectueux ressort encore, bien que dans ce cas la subvention n'ait jamais été liée à une politique d'autosuffisance. Les personnes qui dépensent plus de 9.000DH/an reçoivent trois fois plus de subventions pour leur gaz que celles qui dépensent moins de 3.000DH. "Plus on est aisé et plus on (consomme de produits compensés et plus on bénéficie de la subvention", écrit le Rapport de Badr Etudes.

    Au ciblage défaillant de la subvention s'ajoute la question de l'effet réel de la stratégie sur les dépenses des familles. L'allégement des dé penses globales des plus pauvres reste faible: 1,2% de cette dépense. L'impact de cette aide est donc dérisoire par rapport à ce que la lutte contre la pauvreté souhaiterait réaliser: l'aide demeure faible mais l'effet des hausses des prix reste tort compte tenu d'inélasticité de la dépense.

    Le double visage de la farine

    LE cas de la farine, produit symbolique dans les dé bats sur la politique des subventions, est devenu au fil des années une sorte de monstruosité économique. avec une gestion très complexe.

    Certes, les distorsions relevées pour les autres produits ont été réduites, mais l'aide aux plus pauvres n'y trouve pas son compte, au contraire.

    En effet, à la fin des années 80, devant les retards de paie ment des subventions et les risques d'explosion des dépenses publiques sur les farines, les produits ont été progressivement différenciés les uns des autres. Actuellement seule la farine dite "farine nationale de blé tendre"(FNBT)est subventionnée(2) Notons que de puis 1980 le prix de la FNBT est devenu inférieur au prix du blé tendre local ce qui fait qu'un producteur a intérêt à vendre son blé, s'il peut le placer dans le bon circuit, puis de racheter sa farine. Les plus pauvres achètent pour 122 DH/an/tête de FNTB et les plus riches pour 73 DH.

    L'appellation "farine nationale" recouvre cependant deux origines: les blé tendre local et le blé tendre d'importation. Le Rapport de Badr-Etudes indique que pour l'année 1991, référence de ses travaux, la FNBT réellement locale est subventionnée à raison de 1 44DH pour le consommateur Mais inversement, un prélève ment de 25DH le quintal est effectué sur la même farine lors que le blé est importé Environ 10 millions de quintaux de blé tendres ont collectés localement (15 millions cet été 1994, un record historique) de manière à bénéficier de la subvention Ceci représente entre 20 et 50% de la production de blé tendre, suivant les années Dans le même temps, 15 millions de quintaux de blé tendre sont importés Le chiffre peut grimper jusqu'à 20 millions en cas de récolte médiocre.

    Compte tenu de cette organisation des marchés céréaliers et de leurs dérivés, I' aide réelle aux pauvres présente deux visages.

    Le premier est celui d'une aide qui va du contribuable et consommateur pauvre ou riche. vers le producteur, à travers la collecte de blé tendre. Dans la frange de population la plus pauvre. celle qui dépense moins de 3.000DH/an. les trois quarts sont (les ruraux. L'aide peut donc être efficace s'il s'avère que ces plus pauvres sont producteurs de blé tendre et s'ils ont la possibilité d'écouler leur blé en priorité et directement sur les circuits de la collecte En dépit des efforts d'assainissement des circuits (qui ne visaient pas ce but, mais simplement d'éloigner les "profiteurs"), la mise en place d'un tel mécanisme de ciblage reste à démontrer.

    Le deuxième visage de la farine est nettement plus embarrassant puis qu'il fonctionne exactement à l'opposé de l'objectif affiché. Il s'agit de la part de FNBT obtenue à partir du blé importé, laquelle se monte au moins à la moitié de la consommation, et bien plus lors des mauvaises récoltes. Dans ce cas, le consommateur, riche ou pauvre, subventionne le budget de l'Etat, à raison de 0,32DH le kg de farine (25DH le quintal de blé) Or, les pauvres consomment la moitié plus de F'NBT que les plus riches... Le côté monstrueux du mécanisme est encore compliqué par le fait que celui-ci reste le premier vecteur de transferts de ressources monétaires en direction des campagnes, même si à ce niveau il agit indistinctement en faveur des producteurs riches ou pauvres.

    N.S.

    (1) Badr-Etudes a bouclé en 1993 une volumineuse investigation financée pal le PNUD, pour le compte du Ministère délégué auprès du Premier Ministre chargé des Affaires économiques et sociales, devenu depuis le Ministère délégué chargé de l'Incitation de l'Economie. Cette étude, dont la compensation n est qu'une partie, devait et doit toujours servir de base à la refonte des poli tiques sociales, refonte qui prendra te nom de PPS-I (Programme de Priorités sociales-I) financé en partie par la Banque Mondiale.(C f L'Economiste des 1er et 8 septembre 1994).

    (2) La FNBT est obtenue à raison de 78 kg de farine pour 100 kg de blé tendre, alors que la farine dite "de luxe" est obtenue à raison de 68 kg de farine pour 100 kg de grains.

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