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Culture

Festival de Casablanca: Pourquoi je pars…
Entretien avec Meriem Bensalah Chekroun, «ex»-présidente du festival

Par L'Economiste | Edition N°:2331 Le 01/08/2006 | Partager

Que s’est-il passé à l’association Forum Casablanca? Créée il y a deux ans pour organiser (enfin!) le très attendu festival de la ville, l’association devra aujourd’hui continuer sans sa présidente, Meriem Bensalah Chekroun. Celle-ci a décidé, après une 2e édition au succès prouvé, de se retirer de l’organisation.Les raisons d’un départ absolument inattendu... . L’Economiste: Après une 2e édition réussie, vous décidez de ne plus vous représenter à la présidence du festival de Casablanca. Pourquoi, et pourquoi maintenant?- Meriem Bensalah Chekroun: Je pense qu’il était de notre responsabilité, mon équipe et moi, de réconcilier les Casablancais avec leur ville et leur espace culturel. Chose que seul le festival pouvait accomplir. Toutefois, il n’était pas seulement question de faire naître cette manifestation, mais aussi de la réussir et de l’inscrire dans la mémoire collective de la ville, puisqu’elle était très attendue. L’un des objectifs que nous avons fixé au festival à son lancement était de réunir 2 millions de spectateurs pour la 2e édition et 3 pour la troisième. Mais le seuil de 3 millions a d’ores et déjà été dépassé cette année. Donc, l’on peut dire que ma mission a été largement accomplie: le bébé est là, il est en bonne santé et il ne demande qu’à grandir et à continuer à se développer.De plus, après la 1e édition qui a déjà été un immense succès populaire, je tenais, en faisant la seconde, à prouver que ce n’était pas un accident, n’en déplaise à certains esprits chagrins.Sinon, sur un plan plus personnel, j’avoue que je suis une femme de challenge et celui du festival a été bien réussi, les résultats sont là pour le prouver. Aussi, d’autres défis vont certainement se présenter et j’aimerais, à ce moment-là, avoir le temps et la latitude d’y répondre.Par ailleurs, il est important pour moi de respecter mes priorités. Le festival en faisait partie mais actuellement qu’il est sur pied, je dois me concentrer, entre autres, sur le développement des affaires du groupe. Celles-ci sont en expansion, et les très importants investissements du groupe nécessitent toutes les énergies. . Ce n’est donc pas la pression subie par votre équipe et vous qui motive votre départ?- On avait demandé au président Jacques Chirac sa réaction par rapport à la pression et il a répondu «pschitt». C’est-à-dire que cela se dégonfle comme une baudruche. Il en est, modestement, de même pour moi. Je crois qu’il n’y pas lieu de parler de pressions extérieures. La seule pression qui existait c’était l’obligation de résultat. Le succès phénoménal du festival fait que cette pression n’existe plus. Et si les tensions qui se sont créées autour du festival l’ont empêché, durant des années, d’exister, cela n’a pas été le cas quand mon équipe, mes partenaires publics (autorités et élus) et privés- que je remercie d’ailleurs au passage très chaleureusement pour leur soutien inlassable- et moi l’avons pris en main.. Comptez-vous vous retirer de l’organisation également? - A aucun moment je n’ai eu l’intention de renier ce bébé. Malheureusement le temps me manque et j’espère que le relais sera assuré rapidement et comme il se doit. Mais il ne faut jamais oublier que le vrai soutien vient du public et c’est là où il faut le chercher. . Le festival est subventionné à 50% par le secteur privé et vous avez joué un grand rôle dans la mobilisation des sponsors pour cette édition. Ne pensez-vous pas que votre départ menacera l’équilibre financier du festival?- Non. Je subventionne moi-même le festival et je sais que les sponsors n’hésitent pas à s’allier à des manifestations réussies. Le festival de Casablanca a un grand public et attire toutes formes de partenariats. Je souhaite que mon départ n’ait pas d’impact sur ce volet.En revanche, il faut veiller, pour les prochaines éditions, à l’aménagement d’«espaces d’expression» additionnels. Cette année, malgré les 21 sites à notre disposition, nous n’avons pas pu satisfaire toutes les demandes. . L’année prochaine est une année électorale. Pensez-vous que les enjeux d’une telle période rendront la tâche plus dure à l’équipe de l’organisation? - C’est une équipe de battants et surtout de professionnels. Donc année électorale ou pas, elle restera fidèle à sa mission de base. J’en suis sûre. D’ailleurs cette même équipe ira voter pour le bien de son pays et de sa ville tout en travaillant sur le festival (rires). Les enjeux électoraux sont inéluctables, mais quand aucun des membres de l’équipe n’a d’engagement partisan, les choses se passent de manière très sereine. . Pensez-vous que la relève est assurée?- Oui certainement. Vous savez, le succès connu cette année n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une bonne programmation, de beaucoup de professionnalisme, d’un budget bien ficelé, de bons partenaires… Les clés du succès sont là et le festival continuera à «rouler». . Justement quels sont les autres ingrédients nécessaires à la pérennité du festival?- La qualité du festival passe principalement par sa ligne artistique et éditoriale. Celui de Casablanca à une âme et il ne faut pas qu’il la perde. C’est ma recommandation à l’équipe: préserver l’intégrité artistique du festival. La technique, la logistique, le budget… ne sont que des moyens. Pensez-vous à quelqu’un en particulier pour vous succéder à la présidence?- Oui certainement. Je ne peux pas ne pas penser à une personne de mon équipe, mais je ne citerai pas son nom. La décision sera prise au niveau de l’association, elle ne m’appartient plus. Je ne suis dorénavant plus qu’une spectatrice impatiente d’assister à la 3e édition de la plus grande fête populaire du Royaume.


Gérer le festival comme une entreprise

Meriem Bensalah Chekroun a défrayé la chronique en transposant un mode de gestion propre au monde des affaires sur une manifestation culturelle. Du jamais vu au Maroc. Pour commencer, il fallait traiter une situation de crise et relancer un projet arrivé au point mort à cause d’un budget qui n’arrivait pas. Aussi, l’ex-présidente, a opté pour «une méthode managériale typique», comme elle-même l’indique, allant ainsi à l’encontre d’une vision conservatrice qui veut éloigner la culture de toute approche «pragmatique».Business plan, évaluation du coût, comptes détaillés ont donc fait leur entrée dans l’univers artistique. Finalement c’est la vision claire et la ligne budgétaire bien ficelée qui ont convaincu, d’un côté les opérateurs privés de «risquer» leur argent dans un festival qui fait ses premiers pas et d’un autre, les autorités et élus à investir dans la culture sans se voir accusés de «dilapider le contribuable».Pour finir de rassurer les bailleurs de fonds, la femme d’affaires est allée jusqu’à faire suivre le festival par deux commissaires aux comptes, et pas n’importe lesquels: PriceWaterhouse et Ernest&Young. Ce qui est également une première. Et allant jusqu’au bout de son approche conditionnée par «une obligation de résultat», l’équipe du festival a, chaque jour, communiqué les chiffres de fréquentation des différents sites.De quoi prouver que management et culture vont bien ensemble. Il suffit, précise Neïla Tazi, directrice déléguée du festival, que l’organisation se fasse discrète sur le terrain pour ne pas gêner le public.Propos recueillis par Ichrak MOUBSIT

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