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Faut-il avoir peur des pénuries de pétrole?
Par Karuna Raman(*)

Par L'Economiste | Edition N°:2418 Le 08/12/2006 | Partager

Sheikh Yamani, l’ancien ministre saoudien du Pétrole et l’un des fondateurs de l’Opep, a un jour déclaré que l’âge de la pierre n’avait pas pris fin par manque de pierres, et que, de même, l’âge du pétrole ne prendrait pas fin faute de pétrole. C’est en raison de la supériorité du bronze et du fer que les humains ont cessé d’utiliser la pierre. Mais abandonnerons-nous vraiment le pétrole un jour, en faveur d’autres technologies énergétiques capables d’apporter des bénéfices plus grands?De nos jours, le pétrole est le produit le plus important et le plus précieux sur le marché international, et sa signification pour notre civilisation est exacerbée par notre peur chronique d’en manquer. Toutefois, les estimations sont trompeuses. Le rendement moyen d’un gisement est de 20%, tandis que 63% des réserves restent sous terre, même si l’on utilise les technologies les plus avancées. De surcroît, les économistes affirment que la consommation d’énergie par habitant est en baisse, grâce à une utilisation plus efficace. L’efficacité dans le secteur automobile a augmenté de plus de 60% en trente ans, tandis que la quantité de richesse produite par unité d’énergie a doublé. Cependant, si les métaux ont perdu de la valeur, les cours du pétrole battent des records. L’explication est simple: les métaux ont été remplacés par d’autres matières, dont la plupart contiennent des produits pétroliers, et malgré plusieurs décennies en quête d’autres sources d’énergie suffisantes, les résultats sont décevants. Si elles ne parviennent pas aisément à remplacer le pétrole, les sociétés modernes devraient se tourner vers la demande, imputable essentiellement au transport. De fait, elles consomment plus de 80% de leur énergie issue du pétrole -électricité ou carburant- pour les déplacements entre le domicile et le lieu de travail. Est-ce bien nécessaire? Les services représentent aujourd’hui une part croissante du PIB mondial. L’heure est donc venue de réévaluer la nécessité de se déplacer pour aller travailler. Les employés du secteur des services vont travailler tous les jours, dans des locaux où leur présence est inutile du point de vue économique, car ils s’occupent d’échange d’informations bien plus de que de marchandises. Est-il vraiment nécessaire de les réunir en un même endroit, pour peu de bénéfices et un coût aussi élevé?. Trop de transportsIl ne s’agit pas seulement des ressources naturelles, que nous devons préserver et transmettre aux générations futures. L’augmentation du temps passé dans les transports pour aller travailler nuit à la fois à la productivité nationale et à la qualité de vie dans les métropoles modernes. Une enquête effectuée à Mumbay indique que les travailleurs qui prennent le train parcourent quotidiennement en moyenne 22 kilomètres. Or, l’urbanisation rapide en Inde et dans la plupart du monde en développement ne peut qu’accentuer cette tendance. De même, le transport aérien de passagers est dominé par les déplacements professionnels. Pourtant, grâce aux télécommunications et aux technologies de l’information, il est désormais possible de transmettre des données à une telle vitesse que l’on pourrait réduire considérablement les voyages d’affaires. D’un côté, le processus d’externalisation rend les migrations de travailleurs moins nécessaires, de l’autre, les migrations internes peuvent être réduites par le travail à domicile, susceptible de diminuer la pression sur le marché de l’immobilier, les réseaux de transports en commun, les routes et les aéroports. L’humanité devrait s’efforcer de ne se déplacer que pour le tourisme et les loisirs.Nous disposons de l’infrastructure technologique nécessaire pour transmettre aux travailleurs chez eux la plupart des informations professionnelles dont ils ont besoin, et leur permettre de collaborer étroitement. Il faut pour cela une évolution du monde du travail, que les gouvernements devraient commencer à encourager. Ainsi, ce ne serait pas la fin de l’âge du pétrole, mais la fin de nos craintes.


Les prophètes de malheur

La menace de l’épuisement des ressources énergétiques mondiales limitées occupe une place importante dans notre imaginaire collectif depuis les chocs pétroliers des années 70. Et nos craintes ne s’arrêtent pas aux hydrocarbures. Par exemple, Limits to Growth, un best-seller paru en 1972, prévoyait que le monde manquerait d’or en 1981, d’argent et de mercure en 1985, et de zinc en 1990. On sait aujourd’hui à quoi s’en tenir sur ces pénuries annoncées, et pourtant la plupart des débats reposent encore sur la logique de Limits to Growth.Nous ne sommes pas du tout à court de ressources naturelles. L’économiste américain Julian Simon aurait lancé en 1980 un défi à un groupe d’écologistes: la pénurie étant synonyme de hausse des prix, pourquoi ne pas investir dans les métaux? Les écologistes choisirent le chrome, le cuivre, le nickel, l’étain et le tungstène, avec une échéance de dix années. En septembre 1990, tous ces métaux avaient perdu de la valeur: 5% pour le chrome, 74% pour l’étain.Les prophètes de malheur ont donc perdu. Mais surtout, ils n’auraient pas gagné non plus s’ils avaient investi dans le pétrole, le sucre, le café, le coton, la laine, les minéraux ou les phosphates: le prix de toutes ces matières premières avait baissé.--------------------------------------------------------------------(*) Karuna Raman est Indien, il est directeur général adjoint de BSNL, un très grand opérateur public indien de télécommunications; il enseigne aussi dans une université canadienne. Il ne faut pas confondre son nom avec celui d’un groupe Tamoul particulièrement violent.

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