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    L’interview du lundi: Méfiez-vous des classements internationaux
    Entretien avec Christian Margaria, président de la Conférence des Grandes Ecoles

    Par L'Economiste | Edition N°:2874 Le 06/10/2008 | Partager

    . Un défi majeur: recruter les meilleurs élèves et les meilleurs enseignants. Il ne peut y avoir de formation d’excellence sans sélectivitéLa Conférence des Grandes Ecoles (CGE) tient son congrès biennal les jeudi 9 et vendredi 10 octobre à Rabat. Cette association regroupe près de deux cents établissements dont la crème de la crème du réseau des grandes écoles françaises qui accueillent plusieurs centaines d’élèves marocains. Deux écoles marocaines, l’EHTP (Hassania) et l’INPT viennent d’y adhérer en tant que membres associés. Christian Margaria, président de la Conférence des Grandes Ecoles explique les raisons de l’attractivité de ces écoles auprès des entreprises. Mais il va falloir affronter des défis: la mobilité des étudiants et des enseignants, l’ouverture des programmes pédagogiques et le développement de la recherche.- L’Economiste: Pourquoi avoir choisi le Maroc pour la tenue de votre congrès? - Christian Margaria: La Conférence des Grandes Ecoles, qui regroupe plus de 200 grandes écoles françaises, organise tous les deux ans un congrès. Dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen, elle a décidé cette année de tenir son congrès dans un pays du Maghreb. Son choix s’est porté sur le Maroc en raison des nombreux liens historiques de ce pays avec la France et de la présence de nombreux réseaux d’anciens élèves structurés et efficaces. Deux établissements marocains viennent par ailleurs d’être admis à la Conférence des Grandes Ecoles: l’Ecole Hassania des travaux publics à Casablanca et l’Institut national des postes et télécommunications à Rabat.- Quels sont les défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les grandes écoles?- Globalement, les grandes écoles s’insèrent dans le contexte mondial des formations supérieures d’excellence. Cela entraîne l’obligation de mobilité de leurs étudiants et enseignants chercheurs, d’ouverture dans leurs programmes pédagogiques et une dimension recherche significative. Tout cela ne peut se faire qu’au travers de financements à la hauteur de leurs ambitions. Or, les institutions françaises sont dans une situation de sous-dotation et dans un facteur souvent de 1 à 10 par rapport aux grands acteurs mondiaux les plus reconnus. Les quatre composantes d’un possible financement sont: un financement direct de l’Etat, les droits de scolarité payés par les étudiants, des contrats industriels et de recherche et des fonds d’entreprises ou de particuliers. Les années qui viennent vont conduire à une modification significative des contributions de ces composantes. Pour les écoles de management notamment, le défi sera de recruter les meilleurs enseignants et de capter les meilleurs étudiants potentiels dans un contexte international.- Vous avez affirmé que l’Europe vous envie ce système pour l’employabilité de ses lauréats alors que ses détracteurs l’accusent d’élitisme. - Il n’existe pas de formation d’excellence sans effort et, donc, sans sélectivité. Les grandes écoles ont choisi de sélectionner à l’entrée et de mener la quasi-totalité de leurs élèves au diplôme et à la réussite professionnelle.D’autres systèmes accueillent un maximum d’étudiants qui, par abandon ou par sélection successive, se retrouvent être très peu diplômés au final. Observée de la fin du cursus, la sélectivité est en fait toujours présente.- On vous sent réservé à l’idée d’un rapprochement entre les grandes écoles et l’université. Est-ce une évolution impensable et pourquoi tant de méfiance?- Une des caractéristiques principales des grandes écoles est leur réactivité et leur capacité d’adaptation, notamment aux évolutions économiques, scientifiques et sociétales. Cela est permis grâce à leur dimension et leur mode de gouvernance. Par ailleurs, les formes de relations multiples avec l’entreprise contribuent à la fois à l’employabilité de leurs diplômés et au pragmatisme indispensable aux enseignements comme à la recherche. Des collaborations sont déjà mises en œuvre dans le cadre de relations bilatérales, de pôles de compétitivité ou encore de pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES). Une évolution n’est pas impensable mais, d’une part, la mise en œuvre de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) dans les universités n’en est qu’à ses débuts et, d’autre part, les grandes écoles ne veulent pas perdre ce qui fait actuellement leur performance et leur renommée sur le plan de la formation, de la recherche et de l’insertion professionnelle.- Concrètement, comment les «grandes écoles» aux ressources différentes déclinent-elles leur internationalisation?- Tout d’abord, il faut rétablir la réalité des chiffres. Suivant les statuts et les tutelles, les ressources annuelles par étudiant dans une grande école varient de 9.000 à 25.000 euros pour s’établir en moyenne à 13.500 euros tandis que la dotation par étudiant inscrit à l’université est voisine de 7.500 euros. En fait, le taux de présence réelle des étudiants inscrits à la fac, le nombre de ceux qui passent effectivement les examens finaux et, enfin, le taux de réussite conduisent à un coût par diplômé de l’université au niveau M2 (master) équivalent, voire supérieur, à celui des étudiants des grandes écoles.

    25 ans d’ouverture à l’international
    Le problème n’est pas dans la comparaison des ressources entre universités et grandes écoles mais entre le dispositif d’enseignement supérieur français et ses concurrents au niveau international. L’internationalisation au niveau des grandes écoles n’est pas récente. Depuis au moins 25 ans, les écoles de management se sont ouvertes à l’international en multipliant accords, échanges d’enseignants, d’étudiants, double diplôme et, plus récemment, des accréditations internationales pour les écoles de management comme AACSB Amba et Equis. Les écoles d’ingénieurs ont, quant à elles, débuté significativement leur internationalisation il y a 15 ans sur des bases comparables à celles des écoles de management. Dans tous les cas de figure, les grandes écoles françaises apparaissent comme des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche au niveau mondial.- Pourtant, les classements internationaux continuent d’être dominés par les établissements anglo-saxons. - Là encore, il convient de compléter l’information et ne pas s’en tenir à une seule communication. Le classement le plus médiatisé, celui de Shanghai, prend uniquement en compte la composante recherche, qui est certes importante, mais qui ne suffit pas à caractériser la qualité globale de la formation d’un établissement. A contrario, le classement du Financial Times classe 4 des écoles de management françaises dans les 10 premières. Le classement de Mines Paristech, basé sur les origines des dirigeants des 500 plus grandes entreprises mondiales, montre également une présence très forte des diplômés des grandes écoles françaises. Tous ces classements sont incomplets et critiquables. Il faut se garder de modifier lourdement la stratégie d’une institution dans le seul but de se positionner dans l’un ou l’autre de ces classements. Ce serait une erreur dramatique. Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne, pour projet de mettre en place un classement multi-critère plus représentatif de la qualité globale des établissements. Nous formulons le vœu que ce travail aboutisse et permette une vision plus large sur les établissements en témoignant de leurs qualités, de leurs spécificités, de leurs différences et de leurs faiblesses.

    Chantre de la parité

    DIRECTEUR général de Telecom & Management Sud Paris, Christian Margaria préside la Conférence des Grandes Ecoles (CGE) depuis juin 2003. Diplômé de Telecom Paris, il a rejoint Telecom & Management Sud Paris (ex- INT) en tant qu’enseignant chercheur en mathématiques. De 1995 à 2004, il a assuré la direction de Telecom INT et a occupé le poste de directeur adjoint de l’Institut. Au sein de l’association, qui regroupe les écoles d’ingénieurs et de commerce, il s’est attelé à trois chantiers principaux: la lutte contre la désaffection des jeunes en général, et plus spécifiquement celle des étudiantes, pour les filières scientifiques, l’ouverture sociale de l’enseignement supérieur français et l’harmonisation européenne de ce dernier. Il est également très engagé en faveur de la parité et de l’égalité des chances, dans le domaine de l’enseignement supérieur scientifique.Christian Margaria a reçu les insignes de chevalier de la Légion d’honneur en 2005 et de l’ordre de chevalier des Palmes académiques en 2002.Il a publié aux Éditions Ellipses, en collaboration avec F. Bayen, trois ouvrages autour des «Problèmes de mathématiques appliquées» et plusieurs publications sur ce même thème, aux Editions INT, destinées aux élèves-ingénieurs et à la formation des cadres de France Télécom.


    Etre une «grande» école
    QUELS sont les attributs d’une grande école? Les «grandes écoles» se distinguent par une très large autonomie et un projet pédagogique propre qui témoignent, au-delà de la diversité des programmes, d’une réelle unité de conception, tranche Christian Margaria. C’est un minimum. Cette base minimale doit être complétée par un certain nombre d’éléments. Le président de la Conférence des Grandes Ecoles en brosse un tableau synthétique: - La reconnaissance par l’Etat de l’établissement et du diplôme. - Des effectifs à taille humaine: de 300 à 400 étudiants par école.- Une sélection qui rend l’univers des grandes écoles très compétitif. Cette sélection peut s’opérer soit par concours, notamment à l’issue des classes préparatoires (50% des admis), soit sur dossier.- Une formation longue, 5 à 6 ans après le baccalauréat, plutôt polyvalente et généraliste, privilégiant les connaissances de base d’une culture pluridisciplinaire solide, ainsi que l’acquisition de méthodes et d’outils de travail. - Une variété et une mobilité suffisantes des personnels enseignants. Le corps d’enseignants permanents composés de spécialistes académiques est complété par des professeurs associés exerçant comme vacataires, des cadres d’entreprises et des praticiens expérimentés.- Une pédagogie souple et évolutive, faisant largement appel, à côté des cours magistraux, au travail en petites classes, à l’usage très large de la méthode des cas, aux projets, aux travaux de groupe, au recours aux méthodes et outils nouveaux (ordinateurs, outils télématiques, banques de données, etc.).- Une cohérence globale du projet garantie par le directeur de l’école.- Une coopération très étroite avec les milieux économiques, se développant à la fois pour la formation des étudiants (définition des besoins, participation aux conseils, organisation des stages, projets de fin d’études) et pour l’innovation et la valorisation de produits nouveaux (grâce à des contrats de recherche et des transferts de technologie).- Une ouverture vers l’international se traduisant par un renforcement très sensible de l’enseignement des langues et des cultures étrangères, la multiplication des séjours et des stages à l’étranger, allant jusqu’à l’inclusion d’une année d’études complète dans le cursus de l’école, voire parfois à des doubles diplômes européens.Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA
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