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Société

Don d’organes
Encore trop de résistances sociales

Par L'Economiste | Edition N°:2312 Le 05/07/2006 | Partager

Dans quel contexte la loi n°16-98 relative au don, au prélèvement et à la transplantation d’organes et de tissus humais est-elle appliquée? L’Economiste tente d’apporter des éléments de réponse en abordant avec le professeur Younes Ramdani, universitaire et chef du service néphrologie au CHU Ibn Rochd de Casablanca, plusieurs sujets. Parmi ces derniers, les hôpitaux habilités à opérer des greffes, les obstacles techniques et le trafic d’organes. - L’Economiste: Seuls quatre hôpitaux publics sont habilités à effectuer des prélèvements et transplantations d’organes, pourquoi? - Professeur Younes Ramdani : Le législateur a réservé ce droit à quatre hôpitaux. A Casablanca, seul le centre hospitalier universitaire (CHU) d’Ibn Rochd est agréé. A Rabat, il y a l’hôpital militaire et celui de Cheikh Zayed, mais aussi le CHU Ibn Sina. Toutefois, la loi permet aux structures privées de faire des prélèvements de cornée et de tissus renouvelables comme la peau. A noter aussi que les CHU de Fès et de Marrakech sont habilités à faire des prélèvements mais pas de transplantations. Pour ces derniers, il n’y a pas pour le moment d’équipe étoffée. Cette limitation se justifie d’abord par la nécessité de mieux contrôler mais aussi par le besoin de posséder une expertise. C’est ce que l’on appelle les effets centres: plus on réalise des greffes et plus on devient performant. Pour capitaliser ce savoir-faire, on se limite donc aux CHU. D’autant plus que les greffes d’organes exigent des équipes multidisciplinaires. Pour une greffe de rein par exemple, on a besoin d’urologues, de réanimateurs, d’anesthésistes… Une opération de ce genre exige des moyens techniques et matériels colossaux. . Certes la loi existe, mais n’y a-t-il pas d’obstacles techniques quant à son application? - C’est vrai. Il est difficile de réaliser une greffe sans matériels ni infrastructures adéquates. Les blocs opératoires doivent être aseptisés selon des normes très strictes. En plus, le receveur et le donneur devraient êtres l’un à côté de l’autre. Cela suppose des salles contiguës et séparées. La difficulté de se procurer des médicaments posait aussi un problème. On les importe de l’étranger. Il faut donc des autorisations de vente sur le marché marocain (AMM). Ce n’est pratiquement plus le cas, sauf pour un ou deux médicaments notamment le Prographe. Il est administré aux patients greffés du foie et du cœur. Mais le véritable problème, ce sont les résistances psychosociales. Les gens développent des psychoses du genre: «donner un organe rend impuissant»... L’information ne circule pas. Des campagnes de sensibilisation doivent êtres faites dans ce sens. C’est là la véritable lacune à laquelle il faut remédier. . Qu’en est-il de la couverture sociale? - La Cnops prend pratiquement en charge la totalité des frais. Elle accorde à peu près 250.000 DH par greffe. Pour l’AMO, les discussions sur le pourcentage de couverture sont toujours en cours. . En tant que professionnel ne craignez-vous pas le trafic d’organes, comme c’est le cas en Egypte notamment ? - Je pense que notre législation permet d’éviter ce genre de dérapage. C’est un point positif. Elle détermine les responsabilités de l’ensemble des intervenants: le donneur, receveur, le ministère de la Justice, les médecins... Toutefois, il nous arrive de recueillir des malades qui se sont fait greffer en Inde, au Pakistan et en Egypte. Des pays où le trafic d’organes est monnaie courante. Ces patients sont souvent dans un état de santé lamentable. Pourquoi vont-ils là-bas? Parce qu’ils ne trouvent pas de donneur vivant. Leur seule alternative est d’acheter des organes. Une pratique qui est interdite par la loi marocaine. Ce sont des personnes qui souffrent psychologiquement et physiquement. Sans compter aussi la charge financière quotidienne des soins. Elles préfèrent donc tout investir d’un seul coup plutôt que d’être éternellement sous traitement. Elles se disent qu’un achat d’organe va surseoir à leur souffrance. Et croyez-moi, il y a tout un monde entre les deux. Une femme ayant subi une greffe de rein, par exemple, peut avoir des enfants, voyager… Ce qui n’est pas le cas pour celle qui est dialysée. C’est finalement une question de survie. . Le nombre de patients marocains qui achètent des organes à l’étranger est-il important? - Je n’ai pas de chiffres exacts. Au CHU de Casablanca, on accueille en moyenne 6 à 10 personnes par an. Ils se font greffer principalement en Egypte. Depuis quelques années, les chiffres sont à la hausse. Comment y remédier? Il faut développer un programme national de greffe basé sur des donneurs vivants et apparentés. Il faut aussi encourager la transplantation à partir de cadavre. C’est une solution à exploiter pour éviter à nos concitoyens de se procurer des organes à l’étranger. L’enjeu est de taille car il s’agit de santé publique.Propos recueilli par Faiçal FAQUIHI

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