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Politique Internationale

Disc-Jockeys: Les 33 tours du métier

Par L'Economiste | Edition N°:14 Le 30/01/1992 | Partager

D'une simple mode, l'animation musicale au moyen des disques, s'est érigée, depuis quelques années, en un métier qui procure des revenus, relativement importants. Ceux qui l'exercent sont appelés des disc-jokeys, qu'on désigne brièvement par «dj». En l'absence d'une école de formation spécialisée, l'art et la manière d'être un «dj», s'acquièrent avec l'expérience et la maîtrise de l'outillage d'animation. Le prix de ce dernier, reste abordable grâce à la prolifération du secteur informel.


ALEATOIRE pour les «dj» occasionnels et relativement sécu-ritaire pour les «dj», à plein temps, employés dans les boites de nuit, l'activité de l'animation par disques est liée au marché du Hit-Parade. La sortie annuelle d'une série de variétés internationales et la couverture audio-visuelle qui lui est faite, fidélisent la clientèle des magasins d'enregistrement sur cassette stéréo et assurent à l'activité des «dj», une continuité de métier du disc-jokey.
Amateur ou professionnel, le «dj» est sensé maîtriser les techniques du mixage et avoir une bonne culture musicale. H. Malek, disc-jokey adjoint de T. Kamal, au «"Black House» au Hyatt Regency de casablanca, explique: «le dj est avant tout un artiste. Il doit aimer la musique et être au courant de toutes les tendances musicales. Il a également une mission importante, celle d'éduquer le goût des gens qui viennent danser en leur faisant découvrir de nouveaux styles». Avis que partage le «dj» Mouhssine, animateur de soirées privées et responsable d'enregistrement dans un magasin. Il estime qu'un «bon matériel n'implique pas nécessairement qu'il y a un bon animateur».
Un minimum de notions élémentaires en électronique est cependant, exigé. La réussite d'un bon mixage et d'une sonorisation parfaite passe par la maîtrise de l'outillage d'animation. M. Tarik reste un cas représentatif. Il est à la fois étudiant en électronique et «dj».

Physionomiste, il observe le look des clients


Le disc-jokey crée une ambiance sur mesure, qui répond aux goûts des invités d'un anniversaire ou des clients d'une boite. A ce niveau, l'impression dégagée par le «dj», du premier contact né avec les invités, est très importante. Elle lui permet de doser son programme d'animation en fonction du profil des personnes présentes. «On est physionomiste, on observe le look du client, son comportement, et hop! il est classé...» observe H. Malek.`
Cette première impression est vérifiée, par la suite, durant la première partie de la soirée où le rythme de la musique est relativement lent. L. Abdelmoula, «dj» du «Mars-club», à l'hôtel Al Mounia, explique: «Au début, je mets à l'écoute un certain nombre de disques. Cela me permet de classer ensuite les clients présents, cas par cas, suivant la réception auditive qu'ils ont accordée à la musique».
«Les surprises-parties» et les boites de nuit évoquent un monde synthétique, artificiel, voire magique. L'ambiance de fêtes est assurée et entretenue par la magie de l'électronique et la variété du répertoire musical. Ces deux éléments produisent des effets certains sur l'esprit de l'invité ou du client et l'incite à danser sur une piste.

Le rôle du disc-jockey est d'agencer et d'exploiter les possibilités techniques de son matériel et le fond de son répertoire musical pour ajouter aux soirées une touche d'originalité.
Le matériel d'un «dj» se compose au strict minimum, d'une série de disques et de cassettes stéréo, d'un casque d'écoute, de deux platines (2 tourne-disques), d'une table de mixage, d'un deck simple et des amplis, d'une puissance de 80 watts.
Tout en constituant l'essentiel du matériel, cette composition schématique reste limitée.
En effet, un matériel «professionnel» comprend, outre les disques, les cassettes, les deux platines et la table de mixage, un deck à double box, un équalizeur haute fréquence qui filtre le son d'un disque et une chambre d'échos qui, cette fois-ci, filtre le son du «dj». Un matériel «pro» comprend également des gincles donnant des sons harmonieux, un stroboscope des jeux de lumières et des amplis de grande puissance. Un ou plusieurs écrans sont utilisés pour passer des clips en même temps avec la diffusion des chansons.

Les secrets du métier: mixage et animation


Que ce soit dans un domicile, dans un club privé ou dans une boite de nuit, le disc-jockey reste l'homme-clé de la soirée.
Les invités ou les clients ne doivent pas s'ennuyer. Mieux encore, ils doivent oublier leurs ennuis. La musique continue sans arrêt jusqu'à satiété totale. L'ambiance reste «électrique», le long de la soirée, soit la durée de 4 à 5 heures. Le talent d'un «dj» se mesure en sa capacité à bien mixer les disques et à pouvoir animer, au fur et à mesure, que les chansons se succèdent.
Ce mixage reçoit plusieurs définitions. Dans le cas du «dj», il désigne la technique par laquelle on enchaîne entre deux disques sans que l'auditeur qui écoute ou qui danse ne s'en aperçoive. Pour le réaliser, on utilise les deux platines et la table de mixage. Il s'agit d'un art qui s'apprend et qui a ses règles. T. Kamal, le disc-jockeys du «Black House», au Hyatt Regency, explique: «Le domaine du mixage est vaste. Il en existe plusieurs types dont notamment: le mixage par BPM (battements par minute), par enchaînement et par breaks».

La technique qui consiste à mixer, par enchaînement, est utilisée dans le registre de la musique douce. C'est pratiquement le mixage le plus facile à réaliser dans la mesure où la musique slow a, globa-lement, les mêmes caractères. Donc, il n'y a pas de sérieux déphasages entre les chansons.
Par contre, les techniques de mixage par BPM ou par breaks sont beaucoup moins faciles.
Le BPM indique le nombre de battements que contient chaque minute d'un disque.
Pour mixer, le «dj» cherche un autre disque qui a sinon le même BPM du moins un BPM voisin. L'allure des deux disques et leurs caractères sont tellement proches que le second disque tourne déjà dans la deuxième platine alors que le premier n'a pas encore fini sa rotation dans la première platine et ce, sans pour autant déceler le moindre vide mélodique.
Le mixage par breaks est le plus passionnant. A l'opposé du mixage par BPM, le rythme n'est pas considéré. Le «dj» saisit dans le premier disque un cri ou un son bizarre pour «lancer» le second disque qui ne ressemble en rien au premier. L'effet du changement permet de donner un nouveau souffle à l'ambiance et, bien entendu, aux danseurs.

Royal Air Music


L'animation est l'autre secret du métier d'un «dj». Après la première tranche du programme musical réservée à classer les goûts des personnes, le «dj» se présente de façon solennelle aux invités. C'est un moment capital où la notion de communication prend sa véritable dimension. Les termes de présentation sont choisis. Ils peuvent être inspirés des formules d'animation qu'utilisent les animateurs de radio. Le jeune J. Khalid donne un exemple de présentation où on remarquera la force du symbole et de l'image, afin d'enflammer les esprits des invités et les pousser à danser: «Maximum power. Démarrage high énergie. Mesdames et messieurs bonsoir. Et bienvenue sur la piste de A.B, en compagnie du «dj» Khalid, votre pilote ce soir. Bienvenue, à bord de la RAM, royal air music... C'est une nouvelle édition qui démarre aujourd'hui... Alors, prêt pour le décollage, pour le compte à rebours... Five, for, three, two, one». Un son sous forme d'une explosion suivi d'un album house suffit à inciter les plus réticents à la danse.
Le reste de la soirée, le «dj» présente les chanteurs ou les groupes, de façon brève.
L'animation est, comme le mixage, un art. Mais elle n'est pas sensée le remplacer. Le «dj» Mouhssine observe: «Il y a certains «dj» qui, pour cacher leurs erreurs au niveau du mixage abusent dans l'animation pour passer d'un disque à l'autre».

Le disque est un support de communication musicale. Il est devenu, depuis l'apparition de la cassette, un accessoire. Plus pratique et sensiblement moins chère, la cassette «a chassé le disque du marché de la musique» selon l'expression d'un professionnel.
Mais pour les «dj», le disque reste un média nécessaire car il permet de restituer, dans la fidélité, la perspective sonore du chant et de la musique. Il est d'autant plus indispensable pour un «dj» que ni le mixage, ni dans une moindre mesure l'animation, ne pourraient s'effectuer en cas d'absence des disques. Le recours aux cassettes constitue une solution de rechange. A l'inverse de la tendance générale, le «dj» relègue la cassette en second lieu. La priorité est au disque.
Exerçant un métier étroitement lié au «Hit-parade international», le «dj» doit, coûte que coûte, avoir dans son répertoire les derniers albums édités sur disque du Top.
La majorité sinon la totalité des «dj» boudent le marché formel. Ils avancent deux raisons: les prix sont élevés et les quelques rares disquaires à Casablanca, sont en retard par rapport au Top de l'année.
Le secteur informel se déploie au marché aux puces de Derb Ghallef. La plaque tournante du commerce parallèle des disques est le Nord du Maroc. Un «dj» observe: «Il y a certainement des paradoxes dans ce métier de «dj»: Au nord du pays, on trouve les nouveaux disques sans qu'il ait beaucoup de «dj». Au sud du pays, il y a les «dj» mais pas les disques!».
Sur le marché informel, le prix d'un disque 45 tours varie entre 25 et 30 DH. Celui d'un disque 33 tours coûte aux alentours de 130 DH. Le disque laser coûte aux alentours de 150 DH alors qu'au marché formel, il coûte 220 DH.

4.000 DH pour une nuit


Le marché de Derb Ghallef offre, à des prix intéressants, tous les éléments d'une disco mobile.
Une platine professionnelle, avec démarrage rapide, coûte entre 7.500 et 8.000 DH. Le prix d'une platine ordinaire varie entre 1.500 et 2.000 DH. Un deck simple en provenance de Nador, coûte 1.800 DH. Le prix d'un deck, à double box, est aux alentours de 2.200 DH. Une table de mixage coûte entre 700 et 800 DH. Elle est, bien entendu que simple. le prix d'un straboscope, fabriqué à Derb Ghallef ou à garage Allal, varie entre 450 et 600 DH.
Avec un tel matériel, le «dj» anime une soirée à 1.500 DH en moyenne. Pendant le mois de Ramadan et en fin d'année, les prix augmentent. Ils peuvent atteindre 4.000 DH/nuit.
L'activité du «dj» obéit au régime de l'aléas comme l'ensemble des activités informelles sauf pour le cas des «dj», employés dans les boites de nuit liés aux gérants par un contrat de droit commun.
A l'expiration de la durée du contrat, le «dj» risque de se retrouver sans travail.
Seul son talent, son profession-nalisme et sa réputation peuvent l'aider à travailler dans une autre boîte de nuit, généralement située dans une autre ville. Les «dj» ont l'habitude de changer souvent de ville pour pouvoir continuer à produire.
H. Malek observe: «le «dj» a toujours la valise prête!».

Abdelkhalek ZYNE

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