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    Economie

    Crédit estudiantin: Une ligne Banque Mondiale en négociation

    Par L'Economiste | Edition N°:48 Le 08/10/1992 | Partager

    Le crédit étudiant existe déjà au sein de certaines banques. Il est néanmoins menacé par le niveau des taux d'intérêt. Les Pouvoirs Publics négocient une ligne de crédit avec la Banque Mondiale.

    Une ligne de crédit destinée au financement d'un programme pilote de prêts aux étudiants est en cours de négociation entre les autorités monétaires et la Banque Mondiale. Elle porte sur un montant de 20 à 25 millions de Dollars. Les pourparlers, entamés en Juin 1992, devraient reprendre incessamment. A cet effet, une mission de la BIRD devrait séjourner au Maroc dans le courant du mois d'Octobre, indique-t-on de source bancaire. D'après les premières négociations, le projet devrait concerner dans sa première phase 4 à 5 banques, notamment celles qui ont acquis une expérience dans le domaine. Les banques commerciales bénéficiaires de cette ligne de crédit devraient présenter un plan de commercialisation du produit prêt-étudiant. Ce plan de commercialisation devra tenir compte, outre les critères d'accès au prêt et de sélection des bénéficiaires (type, lieu et niveau d'études, ciblage, âge..), de l'ingénierie financière du prêt, notamment le montant du prêt, la durée des décaissements et de la période de décaissement, le taux d'intérêt ainsi que la forme et le système de garantie.
    La ligne serait ouverte aux banques commerciales éligibles sur une durée de quatre années. Les crédits consentis aux étudiants devraient concerner un montant variable selon que les études soient effectuées au Maroc ou à l'étranger.

    Libérer des ressources budgétaires

    Sa portée et son expansion seraient étroitement surveillées du fait de son caractère de ligne pilote. Cependant, une fois mise en place, elle permettrait aux étudiants aussi bien du public que du privé de financer la plus grande partie de leurs frais de scolarité et favoriserait l'émergence d'un enseignement privé de qualité, explique-t-on. Le diagnostic du secteur de l'enseignement a permis de déceler que certaines institutions privées d'enseignement supérieur sont peu développées et fonctionnent en-deçà de leur capacité. La raison invoquée est qu'elles sont souvent obligées de ne s'ouvrir que sur des étudiants en mesure de financer leurs études, plutôt que sur ceux qui disposent réellement d'aptitudes intellectuelles confirmées. Par ailleurs, elles ne sont pas en mesure de concurrencer le secteur public qui offre un enseignement gratuit et des bourses à la majorité des étudiants. Pourtant, la qualité et les conditions d'études dans l'enseignement public sont compromises par le niveau pléthorique des effectifs et par le coût globalement élevé du système. Du coup, les diversifications des sources de financement de l'enseignement supérieur et le renforcement des établissements d'enseignement privé pourraient libérer des ressources budgétaires affectées à d'autres tâches. De plus, estime-t-on, cette diversification des financements devrait entraîner une meilleure adaptation des études aux besoins du marché du travail.
    Cependant, devant être encouragée par la mise en place d'un dispositif d'intermédiation financière donnant accès aux étudiants à des prêts bancaires, elle souffre de l'étroitesse du marché. En fait, le recours à l'emprunt pour le financement des études est limité: d'une part les salaires futurs ne peuvent être hypothéqués, d'autre part les banques commerciales ont tendance à privilégier les étudiants bénéficiant de la caution de parents ou de garants solvables. La ligne pilote en cours de négociation a donc pour objectif de remédier aux problèmes identifiés et de limiter les risques des prêteurs, tout en écartant les prêts directs de l'Etat qualifiés d'inefficaces par les initiateurs du projet.

    Approcher le marché des jeunes

    Ce système de financement ne constitue pas réellement une nouveauté. Le prêt étudiant figure depuis environ 4 ans dans la panoplie des produits offerts par les banques. La BMCI et la Banque Centrale Populaire ont été les pionniers dans le domaine. L'objectif de départ était d'approcher le marché des jeunes. En outre, le produit qui n'offre pas de rentabilité particulière doit permettre de fidéliser la clientèle intéressée par ce produit. Toutefois, dans sa conception, il ne présente pas les mêmes caractéristiques selon les deux institutions.

    Pour la BMCI, le produit s'adresse exclusivement aux étudiants issus de 5 écoles privées d'enseignement supérieur, installées à Casablanca, Fès, Marrakech et Rabat, avec lesquelles la banque a signé une convention dans ce domaine. Le produit, tel qu'il est conçu, permet de couvrir jusqu'à 75% des frais de scolarité sur une période de trois à quatre années. Le montant des financements est compris entre 20.000 et 30.000 Dirhams pour chaque année scolaire. La banque se charge d'effectuer directement les paiements au profit de l'école du bénéficiaire afin d'éviter le détournement de l'objet du crédit qui est relativement peu cher. En fait, le taux appliqué est de 10%. Il se situe en-dessous de celui du marché qui s'élève actuellement à près de 16% alors qu'il était de 13% au moment de la naissance du produit.

    Par ailleurs, les autres conditions sont très souples. Les garanties se limitent à une caution personnelle des parents ou du tuteur du bénéficiaire. De plus, le remboursement peu être étalé sur une période de 7 ans avec une année de différé après l'obtention du diplôme. Cependant, le prêt est transformé en crédit normal et le paiement immédiatement exigé en cas d'échec scolaire.

    3ème cycle

    La BMCI a élargi ce système de financement à des études spécialisées de troisième cycle aussi bien au Maroc qu'à l'étranger. Les demandes sont encore timides dans ce créneau. En revanche, le produit connaît un grand succès auprès des écoles privées d'enseignement supérieur, souligne un responsable de la BMCI. Un pourcentage très élevé des dossiers présentés est financé. Cependant, les bénéficiaires sont principalement des étudiants dont les parents disposent de ressources suffisantes. "Nous ne pouvons pas courir le risque de voir les crédits se transformer en créances douteuses", explique-t-il. Malgré le caractère sélectif, les demandes sont persistantes. Mais les responsables de la BMCI n'envisagent pas pour l'instant d'élargir le produit à d'autres écoles.

    Pour sa part, la Banque Populaire annonce avoir financé 750 à 800 dossiers depuis la mise en place de son produit dont le montage diffère sensiblement de celui de la BMCI. Dans cette institution, le prêt étudiant a pour objectif de financer exclusivement les études de troisième cycle au Maroc ou à l'étranger. Seuls les étudiants de HEM en-dessous de ce pallier peuvent prétendre à ce type de financement.

    Caution des parents

    Dans sa pratique, le "Prêt Spécial Etudiant 3ème cycle" s'adresse à un étudiant de moins de 30 ans et titulaire d'un diplôme de moins de deux années d'ancienneté permettant de préparer un doctorat de 3ème cycle, le Doctorat d'Etat en Sciences Exactes et Sciences de Gestion, le Diplôme d'Ingénieur d'Etat, le Certificat des Etudes Supérieures ou tout autre diplôme supérieur de spécialisation. Les étudiants poursuivant des études littéraires ne peuvent bénéficier de ce produit. "Le choix des branches n'est pas délibéré. Il porte sur des spécialisations conformes aux besoins du marché" , explique-t-on.

    Le prêt est accordé pour couvrir quatre années d'études. Les fonds sont débloqués par virements mensuels ou trimestriels sur un compte ouvert par le bénéficiaire à la Banque Populaire. Le financement est limité à 30.000 Dirhams et à 60.000 respectivement pour le boursier et le non-boursier poursuivant leurs études au Maroc. Pour celui qui désire continuer ses études à l'étranger, le plafond est de 90.000 Dirhams s'il ne bénéficie pas de bourse et de 45.000 Dirhams dans le cas échéant. La caution personnelle des parents ou du tuteur du bénéficiaire constitue la seule garantie. Un taux d'intérêt de 8,5% est appliqué dans la phase de déblocage correspondant aux années d'études. Au moment du remboursement, le crédit est consolidé et supporte un taux de 10%. Cette phase peut s'étaler sur sept années après la fin des études en plus d'une année de grâce.
    Pour l'instant, ce stade n'est pas encore atteint. Un bilan est prématuré même si un taux de plus de 20% d'impayés est enregistré dans des pays qui ont déjà adopté le système. Toutefois, le produit est menacé par le niveau très élevé des taux d'intérêt, explique un responsable de la BMCI. "L'effort sur les taux est supporté par la banque", explique M. Ahmed Djohar, chef du département de la clientèle des particuliers à la BCP. Cependant, "nous allons maintenir le produit", affirme-t-il. En fait, la ligne actuellement en négociation pourrait vulgariser et dynamiser ce mode de financement.

    Alié Dior NDOUR

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