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    Economie

    Crise économique: L'analyse de M Berrada

    Par L'Economiste | Edition N°:48 Le 08/10/1992 | Partager

    Les autorités monétaires ont modifié leur point de vue devant la crise de trésorerie que vivent les entreprises. C'est un acquis net. Mais plutôt que les vieilles recettes de relance, M. Berrada annonce les remises au net, dont il attend plus de fluidité dans les paiements.

    Le poids des besoins du Trésor reste trop fort par rapport aux besoins de croissance des entreprises.
    Pour cette année, et si l'on considère le budget public comme un budget d'entreprise privée, il faudra dire que le gap en fonds de roulement grimpe à 8 milliards de DH, pour un "chiffre d'affaires" (hors emprunt et rééchelonnement) de 52 milliards de DH.
    Depuis la fin de l'année 1991 et jusqu'à ces dernières semaines, le langage dominant chez les autorités monétaires était celui de la sous-capitalisation des entreprises, fauteuses par là de la hausse des taux d'intérêt, de l'envol des crédits... On en passe et des meilleures.
    Au cours de ces dernières semaines, l'approche a évolué.
    Les entretiens du Premier Ministre avec les partenaires sociaux, le sentiment rapporté par la délégation marocaine à Washington que tout le monde était logé à la même enseigne(1), les formes courtoises et fermes mises par les associations professionnelles à expliquer leur situation ont fini par créer un climat plus favorable au dialogue.
    La reprise des dossiers oubliés et la volonté de remettre au net les comptes des administrations ont été perçues comme le désir de trouver une solution à la crise(2) .
    En matière strictement financière, le Ministre des Finances manifeste donc "sa compréhension" des difficultés des entreprises tout en précisant qu'il n'y a pas de miracle à attendre à cause du choc de la sécheresse.
    Dans son entourage, les commentaires sont un peu plus rigides: " Il n'est pas compréhensible que globalement les crédits augmentent, que l'Etat règle mieux ses dettes qu'il y a quelques années et que les entreprises se disent malmenées de cette manière".
    Le Ministre, pour sa part, estime que les marchés vont "certainement se réanimer avec les premières pluies" tout en soulignant que "contrairement à la sécheresse de 1981-1983, le capital agricole n'est pas entamé".
    "L'agriculture est le secteur le plus intégré à l'économie nationale, par ses propres consommations et productions, mais aussi par les choix de consommation des familles rurales", rappelle-t-il pour expliquer la puissance de l'impact d'une variation de conjoncture agricole.

    Pas de relance artificielle

    Questionné sur la politique monétaire et financière, il estime que son impact reste moindre que la conjoncture agricole. Il n'en nie pas les effets mais évite de dire que les difficultés des entreprises sont bonnes pour elles, comme il l'avait fait au printemps dernier(3).
    Il n'est cependant pas question de lâcher les rênes de la politique de crédit: "l'année dernière nous avons eu une augmentation de 43% des crédits à l'économie, ce stock est toujours là, facteur potentiel d'inflation et de désordres". Pour le Ministre, si le taux d'inflation s'est trouvé grosso modo contenu, c'est parce que la vitesse de circulation de la monnaie s'est ralentie et que les entreprises ont stocké.
    La résorption des sur-stocks renforce l'atonie des marchés, analyse M. Berrada qui pense que l'observation vaut aussi pour le commerce extérieur, et il observe que les importations se ralentissent depuis trois mois (données encore provisoires).
    Ainsi, selon le Ministre, l'année 1992 paye l'euphorie de 1991. Il n'emploie pas le terme "gueule de bois" mais certains hauts fonctionnaires, plus facétieux et moins sensibles à la situation de l'entreprise, le font.
    Par contre, le Ministre se montre très attentif lorsqu'on lui rapporte que des entreprises en difficulté de trésorerie ralentissent leurs programmes d'investissement. Il dit comprendre la prudence dont elles font preuve, mais "les invite à voir au delà de la mauvaise passe actuelle". Selon lui, après un premier élan au moment des pluies, il faudra prévoir deux nouvelles phases d'élan au début de l'année puis après le Ramadan: "nous avons à faire pour une bonne part à des comportements d'anticipation psychologique, qui valent pour le repli comme pour la croissance", estime-t-il avant de reprendre le terme de solidarité. "C'est l'esprit de solidarité qui fait que les entreprises s'arrangent pour conserver leurs employés en attendant la reprise".
    Du point de vue macro-économique, le Ministre des Finances en revient aux "équilibres fondamentaux".
    Il insiste sur le fait qu'une "rupture dans la gestion financière serait très dangereuse pour les entreprises elles-mêmes (...) un retour en arrière est la pire des choses à léguer au futur gouvernement".
    MM. Berrada et Hamzaoui annoncent que 1,4 milliard de DH de marchés publics sont mis en règlement cette semaine, à la Trésorerie Générale. Cependant, un calcul rapide fait apparaître qu'au niveau global, ces paiements ne couvrent pas les montants à prélever pour l'acompte d'Octobre. Une relance ordinaire, dans le style des années 70 et début 80, par injection de liquidités est donc à exclure. En réalité, personne ne l'a demandée parmi les associations professionnelles.
    Les autorités monétaires dans leur ensemble se félicitent de ce que, "justement par esprit de solidarité", il n'y ait pas eu de pression trop forte pour remettre en cause les principes de gestion financière.
    En revanche, M. Berrada insiste sur le travail de remise au net qu'a entrepris le gouvernement. Le Ministre ne le présente pas ainsi, mais le mécanisme apparaît clairement: effacer les effets pervers produits les imprécisions dans la conduite budgétaire des administrations, des collectivités locales et des entreprises publiques.
    "On ne peut plus parler d'arriérés des administrations vis-à-vis des entreprises privées" affirme le Ministre. Il est un fait que l'enquête effectuée par L'Economiste auprès des entreprises concernant les difficultés de trésorerie n'a pas relevé de plaintes spécifiques concernant les règlements de marchés publics mais le rapport de la CGEM au Premier Ministre souligne, pour sa part, le maintien de retards.
    M. Hamzaoui, Trésorier Général du Royaume, précise qu'il s'écoule un mois et demi entre le moment où l'émission d'un paiement sort du Trésor et est réglée par la Trésorerie. Il ajoute que ce délai représente un montant global de 4 à 4,8 milliards de DH suivant les périodes de l'année, soit 8,5% de la masse des paiements publics. Il rappelle qu'avant 1989, le ratio était à 18%.
    Reste cependant en suspens la question des mauvais fonctionnements administratifs qui ralentissent l'ordonnancement, puis dans une moindre mesure, les procédures entre l'ordonnancement et les émissions.
    Les délais sont variables d'une administration à l'autre, le pompon rouge restant détenu par les Collectivités Locales et l'Education Nationale suivies de la Santé Publique.
    Toujours dans le domaine des grands équilibres, le Ministre estime pouvoir tenir l'engagement de terminer l'année avec un déficit du Trésor de 1% par rapport au PIB. Il considère que cet objectif reste primordial. En effet, explique-t-il, "ces ratios sont nécessaires pour pouvoir entrer sur les marchés des capitaux et couvrir une partie de nos besoins de financement". Il explique que la détente durable sur le marché de l'argent se produira "le jour où les grandes entreprises, surtout publiques, pourront emprunter sans avoir besoin de la garantie de l'Etat, sur les marchés internationaux".

    La deuxième clef de la détente durable est le marché financier intérieur, toujours dans les limbes. M. Berrada évoque la question de lui-même, mais explique que les retards viennent "des procédures administratives", expression qu'il prononce avec un profond soupir...

    Nadia SALAH

    (1) Dans les couloirs et en salle, lors de l'Assemblée Générale du FMI et de la Banque Mondiale, conversations et discours portaient sur la crise, pimentée de la tempête monétaire. La délégation marocaine en est revenue avec l'impression que les difficultés que connaît l'économie marocaine sont partagées par tout le monde: "ça ne guérit personne mais ça soulage quand même", fait remarquer un membre de la délégation.
    (2) Cf L'Economiste des 24 Septembre et 1er Octobre 1992.
    (3) Colloque de l'Association Marocaine des Trésoriers d'Entreprises; Cf L'Economiste du 25 Juin 1992.

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