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    Economie

    Convertibilité du Dirhams : Un facteur de modernisation

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    Avec les effets d'annonces sur la convertibilité du Dirhams, les questions se pressent: faudra-t-il laisser tomber le prix du Dirhams? Comment les banques et les entreprises peuvent-elles opérer sur un marché des changes à naître? Quel est le nouveau rôle de la Banque Centrale?...

    Pour sa part M. Mohamed Benjelloun, Conseiller à la BCM, ancien Directeur de l'Office des Changes (1970-1978), ancien Directeur Central à Bank AI Maghrib, développe un point de vue nouveau. Il explique que la convertibilité et les règles qui y sont attachées seront un puissant moteur de modernisation des entreprises. Déjà, remarque-t-il, les prix intérieurs se sont rapprochés des prix internationaux, ce qui est un bon point en faveur de l'ouverture.

    De son côté, la Citibank-Maghreb vient d'organiser un "Bourse Game" à l'intention de "candidats cambistes" et à cette occasion L'Economiste a rencontré M. Ramz Hamzaoui, Trésorier de Citibank-Tunis chez qui fonctionne un petit marché monétaire en devises, à la suite des déréglementations des changes. Il décrit les étapes de la création de ce marché dans son pays.

    - L'Economiste : A quelle sorte de convertibilité pouvons-nous nous attendre?

    - M. Mohmmed Benjelloun : En nous conformant scrupuleusement aux règlements du FMI, nous adoptons en faveur des résidents une convertibilité liée aux opérations courantes et pour les non-résidents, une convertibilité élargie englobant les opérations en capital. Comme vous le savez, nous avons déjà supprimé les formalités administratives et toutes les autorisations de l'Office des Changes pour l'ensemble des opérations courantes, à savoir, les échanges commerciaux, tous les services (transports, assurance, étude, assistance technique, voyage...etc) ainsi que les règlements des intérêts au titre des prêts et les transferts des revenus des investissements. Pour les règlements de toutes ces opérations, ce sont désormais les opérateurs résidents eux-mêmes qui prennent l'initiative d'ordonner les prélèvements sur nos réserves de changes. Il n'y a plus en règle générale d'autorisations préalables pour l'attribution des moyens de paiement sur l'étranger. En ce qui concerne les opérations en capital, vu l'insuffisance de notre épargne face à nos besoins de financement, nous avons adopté une stratégie asymétrique. Les étrangers, résidents et non-résidents, peuvent investir librement par apport de devises ou de fonds assimilés. Ils bénéficient alors de la garantie automatique de retransfert. Les RME détiennent des avantages similaires pour les investissements en devises. En revanche, pour les retransferts de capitaux dans le sens Maroc-étranger, il y a encore une réglementation. Il convient de songer bientôt à libérer partiellement la constitution d'actifs marocains à l'étranger afin de mieux nous implanter sur les marchés internationaux. Le FMI demande également à l'occasion de la libéralisation des transactions courantes et de celles portant intégralement ou partiellement sur les opérations en capital, l'application d'un taux de changes adéquat et réaliste de la monnaie nationale contre les principales devises convertibles. Il convient de préciser que le FMI n'impose pas, à l'occasion de l'accession d'une monnaie à la convertibilité limitée ou intégrale, que le taux de change soit mesuré sur un marché de changes ; pourvu que l'organisme habilité dans le pays d'émission à fixer le taux de changes puisse respecter cette condition "adéquate et réaliste". Par exemple, il ne faut pas que le Dirhams soit surévalué parce qu'il y a, dans ce cas, risque d'envahissement du marché national par des produits et des services étrangers. En plus, les exportations seront défavorisées, les apports de fonds et les investissements en provenance de l'étranger seront moins attirés et la balance des paiements sera détériorée. Inversement, si le taux des changes est trop dévalué et contrairement à l'attente de l'opinion publique, ceci va provoquer une infinité d'effets nocifs: renchérissement des approvisionnements en biens d'équipement, matières premières, énergie et transfert de technologie. Et en conséquence, la modernisation de notre appareil de production sera contrariée, voire retardée à un moment où la réussite de notre convertibilité dépend largement des gains de productivité de nos entreprises nationales.

    - Que signifie un taux adéquat et réaliste?

    - Je veux dire un taux d'équilibre entre les prix intérieurs et les prix internationaux de manière à assurer la viabilité de la balance des paiements. Je peux ajouter que les prix intérieurs de notre pays ont été suffisamment rapprochés des prix internationaux grâce à la réussite de la politique d'ajustement et à la poursuite d'une politique monétaire orthodoxe, c'est-à-dire anti-inflationniste.

    - Comment doit-on observer les prix? Avec ou sans les droits de douane?

    - Il va de soi que lorsqu'on s'engage dans le cadre de la convertibilité, on s'engage également à démanteler la protection par le biais des droits de douane. Il y a trois ans, il était encore nécessaire de nous protéger par ce biais d'une manière marquée.

    - L'année prochaine, il restera tout de même 40 à 35 % de droits de douane en plus de 12,5 % de PFI?

    - Une libre concurrence avec les économies étrangères, essentiellement les pays industrialisés, nous incite à nous protéger par des mesures spécifiques, les droits de douane adéquats plutôt que par les taux de changes.

    Le grand inconvénient d'une protection par les taux de changes, c'est de provoquer des répercussions généralisées alors qu'il est possible de cibler par d'autres mesures n'engendrant pas ce genre de répercussions.

    - Quelle relation y a-t-il entre la valeur du Dirham et le comportement de la balance commerciale dans le système actuel des changes et de calcul du Dirham ?

    - Lorsqu'il a fallu définir le Dirham en Avril 1973, il a été tenu compte de la structure de base de notre balance des paiements dans le choix des monnaies constituant l'ossature du panier, à savoir les monnaies des principaux pays partenaires ainsi que les monnaies qui assurent l'essentiel de nos règlements avec l'étranger.

    Egalement, l'établissement d'un taux de pondération des monnaies choisies prend largement en compte la répartition géographique de nos échanges avec l'extérieur. Lors de chaque réaménagement de ca panier, les changements intervenus dans la structure de nos échanges ont été pris en considération ainsi que le souci d'atténuer les amplitudes des fluctuations sur les marchés des changes internationaux.

    Il faut reconnaître que, structurellement, le panier découle de la configuration de nos échanges avec l'extérieur. Mais conjoncturellement, il ne peut nullement traduire l'évolution favorable ou défavorable de l'économie ni les variations de notre balance des paiements. Le panier amortit le flottement des monnaies qui le constituent ainsi que celui du Dirham qui en découle.

    Mais ces taux aussi inexpressifs soient-ils peuvent toujours remplir leur fonction tant qu'il n'est pas constaté un écart avec les taux effectifs et réels du Dirham tels qu'ils sont calculés par Bank Al Maghrib à partir d'une date de référence et en fonction de l'évolution des prix aussi bien au Maroc que dans les pays concernés.

    Dans tous les pays, un certain nombre d'organismes calculent ce taux effectif et réel pour certains produits spécifiques, mais souvent sans les publier.

    - Dans le système de convertibilité auquel on s'attend, que deviendrait cette relation?

    - Seules les autorités monétaires pourraient donner une réponse plus appropriée à cette question . Quoi qu'il en soit, je ne pense pas qu'un marché des changes convienne pour bien mesurer la valeur externe du Dirham. En effet, pour qu'une monnaie soit acceptée et cotée sur le marché des changes, il faut qu'elle soit utilisée à grande échelle comme monnaie de règlement.

    - Monnaie de règlement ou de réserve?

    - Monnaie de règlement. S'il n'en est pas ainsi, ces cotations deviendraient erratiques. Or, si nous nous penchons sur notre situation actuelle, on voit que nous venons à peine de lever les restrictions de changes. Donc, il faut attendre que cette levée puisse entraîner la réforme des structures (modernisation et compétitivité des entreprises, projets mieux ciblés, marché monétaire plus élargi et un marché financier réorganisé).

    Egalement, il faut qu'il y ait suffisamment de temps pour qu'une monnaie soit familiarisée et acceptée des opérateurs étrangers.

    Lorsqu'on s'engage dans la convertibilité, l'essentiel c'est de maintenir un taux de la monnaie nationale à un niveau adéquat et réaliste. C'est-à-dire qu'il n'y ait ni surévaluation ni trop de dévaluation de la monnaie en cause.

    - Est-ce que le taux du Dirham peut être maintenu à son niveau actuel?

    - Pour le moment, en cette fin de l'année 1992, il y aura un excédent de la balance des paiements de l'ordre de 1,5 milliard de Dirhams.

    Les déficits commerciaux et autres sont largement compensés par les transferts des RME, les recettes de tourisme et les investissements étrangers.

    Aujourd'hui, c'est également l'année 1993 qui s'annonce sous de bons auspices. La valeur actuelle du Dirham me paraît correcte sauf s'il apparaît effectivement un décalage, un écart appréciable et persistant avec le taux effectif et réel. Mais appremment il n'en est rien.

    A ma connaissance, il n'a jamais été question de nous engager sans transition vers la convertibilité intégrale. Dès le départ il a été annoncé une convertibilité liée aux opérations courantes.

    Les non-résidents bénéficient en plus d'une libéralisation des opérations en capital.

    - Vous distinguez toujours résidents et non-résidents, pourquoi ?

    - Même pour les pays à monnaie intégralement convertible, cette distinction est toujours en vigueur pour la bonne raison que les transactions internationales sont censées être réalisées entre les non-résidents et les résidents. C'est le cas d'un pays comme la France qui a une monnaie intégralement convertible et où les non-résidents ont encore un accès réglementé à la monnaie nationale.

    - Les non-résidents marocains ont-ils un accès non réglementé à la monnaie nationale ?

    - Pour les Marocains résidant à l'étranger, nous avons été amenés à forger un autre concept. Ils ne sont considérés ni comme résidents, ni comme non-résidents.

    Ils bénéficient des avantages des résidents: détenir librement des Dirhams, en user comme ils veulent, les prêter, les emprunter, modifier la consistance de leur patrimoine etc... et en même temps, ils bénéficient d'un certain nombre d'avantages, et non des moindres, accordés aux non-résidents, en particulier la possibilité d'investir en devises avec la garantie de retransfert même concernant les dividendes.

    - Est-ce qu'un simple agent économique peut aller demander des devises et en user comme il veut?

    - Je voudrais élargir le concept en la matière qui découle d'une conception libérale et se trouve lié aux droit de l'homme. C'est à dire qu'on estime qu'un individu doit avoir le droit d'obtenir toute sorte de moyens de paiement pourvu que cela soit lié avec son activité professionnelle ou en vue de l'accomplissement de sa personne. C'est pour cela que notre réglementation prévoit à l'heure actuelle toutes les possibilités pour commercer, voyager à l'étranger, en particulier pour financer les études ou la formation, quel que soit son coût.

    En tant que pays en voie de développement, nous ne pouvons pas ouvrir la porte à toutes les opérations qui peuvent s'assimiler à des transferts de capitaux pour la bonne raison qu'il est du devoir de l'Etat, même en respectant les libertés individuelles, de défendre l'intérêt général, à savoir cette protection de l'épargne nationale et son utilisation à bon escient. Pour le moment, deux éléments nous empêchent de libérer les opérations en capital :

    - la modicité relative de notre épargne ;

    - le fait que nous ne sommes pas encore en mesure de concurrencer et de rivaliser avec les pays industrialisés de notre environnement en ce qui concerne la rentabilité et la productivité du capital ainsi que la diversité des produits offerts pour le placement de l'épargne...etc.

    Donc, il ne faut pas brûler les étapes. Il faut une période de transition pendant laquelle nous allons intégralement libérer les opérations courantes. Mais, comme je l'ai dit il faut penser à libérer graduellement les opérations en capital en commençant peut-être par les investissements marocains à l'étranger qui sont liés à une meilleure implantation sur les marchés internationaux.

    - Peut-on toujours arbitrer dans le cadre envisagé ?

    - Il est difficile de réaliser des gains appréciables en faisant des arbitrages au niveau des opérations courantes. Ce gain ne peut être vraiment valable et recherché que lorsqu'il est permis de jouer sur les mouvements de capitaux. Les résidents d'un pays ainsi que les non-résidents cherchent par apport à la monnaie du pays en cause à se protéger ou éventuellement à réaliser des gains de changes.

    - Est-ce légitime?

    - Je n'en donne aucune signification péjorative. La spéculation est une opération qui consiste à se protéger contre les risques de changes ou en tirer profit. Mais pour le moment, nous n'en sommes pas encore là.

    Propos recueillis par

    Alié Dior NDOUR

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