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    Economie

    Industrie pharmaceutique: Le marché stagne, mais les nouveaux produits se multiplient

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    L'industrie pharmaceutique est pleine de paradoxes. La consommation est faible, mais les laboratoires et les nouveaux produits se multiplient. Les 4èmes journées de l'industrie pharmaceutique étaient l'occasion pour confronter quelques tendances de cette consommation particulière.

    "Si la consommation des produits pharmaceutiques et plus particulièrement de médicaments est un phénomène relativement récent au Maroc, la couverture de cette branche par une assurance privée est encore plus récente”, souligne Mme Naïma Bennani Smires, Administrateur Délégué de Gras Savoye Maroc, lors de la quatrième journée de l'industrie pharmaceutique, organisée par le C.O.P.F.E.R, samedi 12 Décembre sous le thème: “La consommation pharmaceutique au Maroc”. Elle ajoute que l'assurance appliquée aux produits pharmaceutiques et au remboursement de la dépense correspondante demeure “ une branche faible ”, à l'image même de la consommation des médicaments. Le directeur médical de Cooper Maroc précise, pour sa part, que chaque habitant marocain consomme cinq boîtes de médicaments par an, pour une valeur de 100 DH alors qu'un Français consomme 97 boîtes pour une valeur de 1.700 FF, soit l'équivalent de 2.800 DH. “ Si l'abus de consommation peut être caractéristique en France, il n'en demeure pas moins qu'au Maroc, la consommation des médicaments reste notoirement faible”, commente-t-il.

    L'assurance baisse la consommation

    Face à cette faiblesse, l'hypothèse selon laquelle la généralisation et l'obligation de l'assurance-maladie va inciter les futurs assurés à consommer davantage le médicament est fortement présente dans les esprits. La communication de Mme Bennani Smires apporte quelques élément qui nuancent cette hypothèse. L'intervenante dresse un constat préalable: “ L'assurance de personnes est une branche peu développée, et dans cette branche, la couverture de la dépense pharmaceutique est peu importante ”. Elle précise que la couverture de la dépense pharmaceutique est intégrée dans le produit Assurance Maladie - Maternité. De la sorte, pour l'évaluer, il faut retrancher le montant remboursé des médicaments du montant global déboursé par l'assureur. “ De ce point de vue, la dépense assurée en tant que dépense pharmaceutique s'élève à environ 140,71 MDH et à 167,73 pour 1991, soit entre 35% et 38% de la dépense médicale” , estime-t-elle. Elle précise que ces chiffres sont établis sur la base de sondage et de déduction faite à partir des chiffres des compagnies d'assurances. En dehors de l'assurance maladie - maternité, l'assureur couvre dans deux autres situations, la dépense pharmaceutique. C'est le cas en matière d'accident de circulation et de travail. Sur ce plan, la dépense pharmaceutique est difficilement identifiable, du fait qu'elle ne bénéficie pas chez les assureurs d'un poste déterminé. La dépense pharmaceutique engagée dans le cadre de l'assurance maladie - maternité et celle engagée en matière d'accidents du travail peuvent être évaluées à 299 MDH en 1990 et à 344 MDH en 1991, déduction faite de la dépense remboursée en matière d'accident de circulation, “laquelle n'est pas du tout identifiable”. Analysant ces données. Mme Bennani Smires relève un paradoxe: "On a tendance à penser que l'assurance inciterait, expliquerait ou justifierait une dépense plus importante de l'assuré et un recours plus facile à l'achat des médicaments. En fait, aussi surprenant que cela puisse paraître, la réalité est plus complexe". Elle explique que l'assuré achète rarement sans consulter au préalable un médecin, alors que dans le cas contraire, il “essayera divers produits dans le but d'économiser la consultation médicale” observe l'intervenante. Elle indique que la dépense pharmaceutique représente 60% des frais de santé, selon les statistiques de la Santé Publique alors qu'elle ne représente que 40% pour les mêmes frais de santé chez les compagnies d'assurances. Elle en conclut que la part de la consommation de médicaments dans les dépenses de santé baisse avec l'assurance.

    Un marché stagnant

    Le marché pharmaceutique privé reste faible en valeur comme en volume, quoique entre 1981 et 1991, il a réalisé une progression de +271% en valeur et +62% en volume, selon M. Laurant Schockmel, Directeur I.M. S. pour l'Afrique et l'Outremer. Analysant la consommation pharmaceutique, M. Mohamed Belghazi, Président du C.O.P.F.R, rappelle que le médicament est consommé non seulement par le malade mais aussi par “le médecin et le pharmacien”. Il rappelle aussi que, contrairement à d'autres produits de consommation, le médicament obéit à une motivation et une psychologie complexes. “Consommer un médicament n'est pas un acte libre. Ce n 'est en principe pas le malade qui le choisit” précise-t-il. Partant de ce constat, M. Belghazi analyse le marché pharmaceutique. Il rappelle que c'est un marché où plusieurs acteurs interviennent : laboratoires, Ministère de la Santé, Grossistes, Médecins, Pharmaciens, Consommateurs et Assurances.

    Maniant humour et doigté, il donne quelques coups de griffe aux principaux acteurs. Ce qui n'a pas manqué de secouer, à plusieurs reprises, le prétoire.

    Au niveau des Labos, M. Belghazi observe que "certes, il ne pleut pas. Mais il pleut de nouveaux produits pharmaceutiques ". Sa remarque sera réaffirmée, chiffre à l'appui, par la suite lors de la communication conjointe faite par Dr Ridha Hajoui et Mme Yasmine Benjelloun, Directeur Marketing à R.P.R. Mme Benjelloun précisera qu'entre Janvier et Septembre 92, 168 produits ont été lancés sur le marché pharmaceutique dont 50% sont des génériques. Les classes visées sont les Antibiotiques, les Anti-inflammatoires et les anti-ulcéreux. M. Belghazi rappelle, également qu'il existe actuellement 24 laboratoires. Mais révèle qu'une dizaine de créations de laboratoires sont en projet. Or, estime-t-il, le marché est stagnant. “Chaque laboratoire sera obligé de mordre sur les autres”.

    Foisonnement de copies

    A l'encontre du Ministère de la Santé, investi du pouvoir d'agrément des produits pharmaceutiques, il lui fait remarquer qu'il existe sur le marché, “ un foisonnement des copies d'un même produit ”.

    Sur le même ton, M. Belghazi reproche aux distributeurs de ne pas assurer un approvisionnement correct des officines. Il parle de “ mauvaises habitudes qui se sont installées ” et appelle à une “ morale commerciale de la profession ”. Analysant le comportement du consommateur, le Président du Conseil souligne : “ C'est paradoxalement lui qui retient le moins notre attention”. Conséquence : un cliché fortement répandu dans l'opinion publique selon lequel : le médicament marocain est cher, inefficace, par rapport aux médicaments étrangers. Tout en réfutant le cliché, le Président du Conseil ne manque pas de le rappeler aux assistants. D'ailleurs, l'une des recommandations appelle à l'information du grand public sur la bonne utilisation du médicament.

    Abdelkhalek ZYNE

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