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    CIMASFI démarre

    Par L'Economiste | Edition N°:21 Le 19/03/1992 | Partager

    Le démarrage d'une cimenterie est un événement en soi, car il n'est pas fréquent. Les implications locales et sectorielles d'une unité de cette industrie lourde sont multiples. Cimasfi est aussi initiée par les ciments français, 2ème groupe mondial, qui, ne voulant plus rester cantonné à Agadir, est venu empiéter sur les grands marchés du Nord, et a suscité des investissements chez ses concurrents.

    Les promoteurs de Cimasfi sont pressés. Il ne peuvent attendre que la cimenterie soit entièrement achevée pour entrer sur les marchés du Centre et du Nord du pays, grands consommateurs. Ils vont commencer à commercialiser le ciment produit par une phase seulement du processus achevée à ce jour. Paradoxalement, ce n'est pas la première, mais la dernière phase du processus qui va démarrer. C'est ce que les ingénieurs de Cimasfi appellent dans leur jargon le "tiers marchand", car il est le plus proche du marché. Le processus de fabrication du ciment peut être schématisé en deux phases: l'avant clinker et l'après clinker.

    Un cylindre de 120 tonnes

    1) La première phase commence aux carrières d'argile et de calcaire. Ces matières premières, bases du ciment entrent dans des "stocks de préhomogénéisation" pour un "mélange bas titre", qui recevra des ajouts (fer, sable) avant de devenir "haut titre". Interviennent alors les opérations de broyage, de cuisson qui aboutissent au clinker, qui peut être stocké en l'état.
    2) Dans la deuxième phase, le clinker est repris, mélangé au gypse et à la pouzzolane avant de subir le broyage. Le ciment ainsi obtenu peut être stocké dans des silos, prêt à l'ensachage et à la livraison.
    Cimasfi, en attendant la réalisation de la première phase, "importera" du clinker d'autres cimenteries et lui fera subir les opérations de la deuxième phase, broyage et ensachage.
    Le broyeur, dont les essais, seront lancés les prochains jours avant la mise en service, et son inauguration officielle en Juillet, est donc au coeur du processus. C'est un gros cylindre de métal de 4m de diamètre, de 14m de long et qui pèse 120 tonnes. Lorsqu'il tourne, les boulets métalliques qu'il contient retombent et écrasent le clinker, procédé simple et classique. L'innovation est dans son mouvement: posé sur patins, un film d'huile sous haute pression le soulève de quelques microns. La rotation a lieu sans usure et sans frottement. D'où un gain d'énergie pour une activité réputée vorace.
    L'autre innovation introduite réside dans le "séparateur dynamique" dit de 3ème génération. Quand le ciment est broyé, il est aspiré et envoyé dans un séparateur qui trie les produits fins (produits finis) et moins fins (recyclés, qui reviennent au broyeur). La particularité de séparateur dynamique de Cimasfi est que la vitesse est réglable, en fonction de la finesse souhaitée à la sortie.
    Autre spécificité, le pilotage par automates. L'ensemble de l'usine, qui produira 660.000 tonnes dont les essais démarreront en Octobre, et qui sera inaugurée en Mars 1993, sera pilotée par un ensemble d'automates programmables, supervisés par Industar et gérés par un système expert. A ce jour, seule la cimenterie d'Agadir possède ce système au Maroc.

    Gains sur les coûts de l'étude

    Sera également introduit, pour la première fois au Maroc, un curieux système de stockage pour le clinker. Inspiré peut être à son inventeur par une tente caïdale, c'est un silo-dôme de stockage. Une membrane de tissu enduit, de 48m de diamètre repose sur le sol comme la toile d'une vulgaire tente. Puis cette membrane est gonflée pour atteindre 24 mètres de hauteur. Bien sûr, elle bénéficie de quelques renforcements et repose à la base sur une fondation circulaire en béton. De la mousse polyuthérane est projetée sur la face intérieure de la membrane. Enfin des armatures sont fixées sur les cintres ancrés dans la mousse et du béton à haute résistance est projeté à l'intérieur de la structure.
    Toutes ces innovations n'ont pas été installés par un constructeur spécialisé.
    La solution clé en mains, généralement adoptée pour les unités d'industrie lourde, a été délaissée au profit d'une équipe interne qui réalise les études et coordonne la réalisation.
    Les dirigeants de CIMASFI affirment avoir réalisé ainsi des gains importants sur les coûts de l'étude, mais aussi les marges qui auraient été réalisées par un ensemblier. Ils reconnaissent néanmoins l'assistance et le conseil du groupe des Ciments Français, sur le process et le flow-sheet général.
    L'apport du groupe a été déterminant sur le plan technique mais aussi sur le plan financier. Son renom a joué pour obtenir les financements internationaux, particulièrement importants pour l'industrie lourde. Car les Ciments Français détiennent d'ailleurs 60% du capital social de CIMASFI. La BNDE et la SNI détiennent le reste. Au total, l'apport en capitaux propres est de 340 millions de DH, qu'il a fallu compléter par des emprunts à long et moyen terme pour financer des investissements.
    Il fallait 50 millions de Dirhams pour la seule infrastructure. Les routes reliant l'usine à Safi (35km), à Oualidia (18km) et à la RP8 (37km) ont été prises en charge à 60%, l'administration financant les 40% restant. Il fallait également réaliser des forages pour l'eau, la liaison avec le réseau national par faisceaux hertzien.
    Quant à l'investissement technique, il nécessitait 850 millions. La BNDE apporte le premier complément de financement par un prêt à long terme de 230 millions de Dirhams, à 12 ans dont la mise en place du contrat fut rapide. Quant à la SFI, elle a avancé 180 millions de Dirhams à 12 ans, en syndication avec la BNP pour 30 millions, à un taux d'intérêt plus bas que celui du marché interne, mais néanmoins porteur du risque de change. Enfin, un consortium de banques commerciales marocaines a octroyé 100 millions de crédits, à 7 ans.
    Beaucoup de fonds, et des sources variées, réunis semble-t-il sans grande difficulté, les promoteurs, Ciments Français, BNDE et SNI ayant l'habitude de travailler ensemble autour du conseil d'administration des ciments d'Agadir. Le groupe français confirmait par ce projet sa stratégie d'implantation sur le marché marocain après sa prise de participation majoritaire aux Ciments d'Agadir, puis par l'intégration en aval avec TECICO, SAGRAM et BETOMAR et ses participations dans ASMENT (Témara) à hauteur de 10% et ASMAR (Marrakech) à hauteur de 20%.
    Un retour en force qui, additionné à une demande en croissance régulière de 8-9% l'an, avec une pointe de 17% en 1990, a incité des extensions et des augmentations de capacités chez les concurrents.

    Ciments: Surcapacité attendue dans deux ans

    Interview de M. Mohamed Chaïbi, Administrateur Directeur Général de Cimasfi et les Ciments d'Agadir

    Amateur de golf, M. Chaïbi se plaît à rappeler qu'aux USA, les agents de la commission de la concurrence, qui font la chasse aux cartels et aux ententes surveillent les greens, notent les départs. Au Maroc, les secteur du ciment, concurrentiel, mais déjà bien organisé, pourrait être amené à une certaine co-ordination surtout que les investissements engagés par les différentes entreprises, 3 milliards de Dirhams, aboutiront à une surcapacité dans deux ans.

    L'Economiste: Vous semblez avoir beaucoup d'ambition sur le marché. En l'espace de deux ans, le groupe des Ciments Français au Maroc termine l'usine d'Agadir, et annonce le démarrage de celle de Safi. Est-ce qu'une extension d'Agadir n'aurait pas suffi?
    M. Chaïbi: Notre groupe voulant jouer un rôle prépondérant au Maroc, a constaté que la cimenterie d'Agadir était marginalisée géographiquement par rapport au grand marché consommateur, le quadrilatère Marrakech, El Jadida Casablanca, Fes, Tanger qui s'urbanise et s'industrialise le plus.
    Agadir, avec 3 millions d'habitants au Sud, même à 300kg/habitant, ne représente que 900.000 tonnes/an. La Cimenterie d'Agadir, a déjà réalisé les extensions qui lui permettent aujourd'hui de produire 1,1 million de tonnes. Il n'y avait plus besoin, pour sa pérennité que de l'intégrer à son environnement urbain.
    - Vous avez circonscrit sa capacité.
    - Oui et nous avons décidé de nous rapprocher des grands centres consommateurs avec implantation d'un terminal d'ensachage à Jorf Lasfar, et une usine à Safi.
    - Est-ce que le ciment est condamné à être régionalisé?
    - Les prix du transport grève la marge. Au delà de 200 km, le transport devient prohibitif. D'où le nécessité de rapprocher les centres de production des centres de consommation.
    - Donc la mobilité du produit, condition de la concurrence réelle est exclue. Alors où se trouve la concurrence?
    - En nous rapprochant, par Safi, avec une unité de 600.000 tonnes, les confrères ne nous ont pas accueilli à bras ouverts. Ils se sont lancés eux-mêmes dans des programmes d'extension. Cela dénote des volontés de garder les parts de marché.
    - Cimasfi aurait suscité cette augmentation de potentiel.
    - Pas seule. L'augmentation de la demande et Cimasfi, à qui il ne fallait pas laisser l'extension du marché, a suscité ces augmentations de capacité.

    Surcapacié, deux millions de tonnes

    - C'est dangereux. Surtout qu'une cimenterie n'augmente sa capacité que par paliers, de plus de 400.000 tonnes. Le secteur va se retrouver en surcapacité.
    - Le risque à court terme, dans un an ou deux existe. Outre les extensions de Cinouca et d'Asmar, l'arrivée de Cimasfi avec ses 600.000 tonnes, la CIOR construit une unité de 400.000 tonnes à Fes. Cadem aussi a un projet pour passer à 1,3 million de tonnes.
    En 94/95, après les essais et les démarrages il y aura une capacité potentielle de 9 millions de tonnes. Pour la demande, si on prend un taux moyen de 6% d'évolution, réaliste, car la crise mondiale et là, et le tassement de l'immobilier est annoncé, la demande de 1991 étant de 5,8 millions de tonnes, on peut s'attendre à une demande de 7 millions de tonnes environ.
    - Il y aura deux millions de tonnes de surcapacité. Et quelle sera la réaction des cimentiers?
    - Il y a plusieurs scénarios. Le plus irresponsable, risque de mettre en péril les 3 milliards d'investissement, c'est la concurrence pure et dure par les prix. Les marges seront laminées. Des pans entiers du secteur seront en difficulté. S'il y a volonté de surmonter cet excédent provisoire, car la demande va continuer d'augmenter, on peut s'organiser pour exporter ces excédents, surtout la cimenterie d'Agadir, proche du port, et la CIOR proche de l'Algérie.
    Les cimentiers, peuvent à l'instar de ce qui se pratique en Espagne, créer entre eux, une caisse commune pour aider ceux qui exportent, l'exportation n'étant pas génératrice de bénéfices. Une péréquation entre ceux qui exportent et ceux qui n'exportent pas.
    - Y a-t-il risque d'entente, de voir naître un cartel de cimentiers?
    - Si cartel il devait y avoir, il aurait eu lieu avant l'investissement.
    - A moins que la concurrence se porte sur la variété et la qualité.
    - C'est là où le secteur a encore des possibilités de concurrence. Le ciment marocain respecte les normes les plus rigoureuses, les contrôles du LPEE et des laboratoires français sont réguliers. L'effort peut avoir lieu sur de nouveaux produits, sur l'emballage, sur les services à la clientèle, dans le technico commercial l'assistance à l'utilisation du produit.
    De nouvelles utilisations notamment pour la construction de routes, peuvent être développées. L'intégration en aval doit être développée par le béton prêt à l'emploi.
    Nous l'avons commencé à Agadir qui n'est pas la ville où on pourrait espérer la réussite du béton prêt à l'emploi. Nous voulions relever le défi à Agadir et nous avons réussi. Et nous avons lancé d'autres centrales, à Casablanca, Marrakech, Temara,... 7 en fonctionnement et 3 en projet car la demande augmente. L'utilisation du ciment peut être rationalisée. Le problème de la qualité n'est plus reporté sur le producteur mais aussi partagé par l'utilisateur.
    L'utilisation du ciment est aussi une question de granulats. Là aussi, notre dispositif comprend 3 carrières en fonctionnement et deux autres en projet.
    - Finalement, est-ce que votre secteur est organisé?
    - Organisé, par rapport au secteur informel, oui. L'organisation au sens de responsabilisation, oui. Dans notre secteur, les enjeux financiers, les investissements sont tellement capitalistiques et lourds qu'on ne peut pas faire n'importe quoi.

    Prix: liberté surveillée

    - Est ce qu'il n'y a pas d'aventure?
    - Il est souhaitable qu'il n'y ait pas d'aventure. Nous avons déjà le risque de fluctuations des marchés, ceux des taux de changes pour les financements extérieurs, ceux des taux d'intérêt pour les financements internes et le risque de maîtrise technologique de l'outil. Ces risques sont suffisamment importants pour que le secteur ne soit pas géré d'une manière irresponsable. Une certaine concertation est nécessaire, mais qui ne doit pas se faire au détriment de la qualité, et du service au consommateur.
    A travers nous, cimentiers, nous espérons une organisation de tous le secteur des matériaux de construction. Nous avons une association, un lieu de rencontre pour discuter des problèmes communs. La profession est autodisciplinée.
    - Même sur les prix, désormais libres?
    - Les prix sont libres sous surveillance, avec une formule de modération dans les hausses. La pratique est que chaque cimentier informe aministration de tutelle. Passé un délai, en l'absence de réaction, il applique la hausse.
    - Et qu'apportent des unités au Maroc à un grand groupe français?
    - Pour le groupe, nous nous inscrivons dans une stratégie internationale. Il y a partage de ressources, de synergie dans une stratégie d'ouverture internationale. La recherche développement est coûteuse et doit être amortie sur plusieurs unités. Puis il y a le contrôle des marchés, c'est une présence, une base, en cas d'attaque sur son marché.
    Le groupe sait qu'il a une capacité d'expédition. Le Maroc, cette année est un des rares pays où il y a croissance du marché. Etre dans un pays en développement est un plus, alors qu'aux USA le marché est cyclique, et la consommation stagne actuellement.
    - Il n'y a pas de délocalisation en matières de ciment?
    - Non, le coût du transport est tel que ça ne présente aucun intérêt. Le marché de chaque groupe est une addition de marchés régionaux.
    - Reste la privatisation. Quelles est votre attitude vis-à-vis de la CIOR?
    - M. Ricard, D.G.A du groupe, en France, vous l'a confirmé. Nous n'avons pas l'intention de prendre la majorité dans la CIOR, de la gérer, mais continuer à en rester le partenaire technique.
    Si pour continuer à jouer ce rôle là nous devons faire partie d'un tour de table marocain, nous sommes prêts.
    Il ne nous paraît pas opportun d'ajouter le contrôle de la CIOR, qui est important sur le marché, à nos deux cimenteries et à nos deux participations minoritaire dans Asmar et Asment.
    - Est-ce que vous voulez éviter une position dominante?
    - Il ne nous paraît pas raisonnable qu'un groupe international arrive à la quasi-monopolisation du marché. Si un nouveau cimentier international arrive par le biais de la privatisation ce serait peu pour lui, et le marché serait étroit pour 3 cimentiers internationaux.

    Propos recueillis par
    Khalid BELYAZID

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